Kathie Werquin-Wattebled, directrice Auvergne-Rhône-Alpes de la Banque de France, est l'invitée de 6 minutes chrono/ Lyon Capitale.
L'économie en Auvergne-Rhône-Alpes traverse une période contrastée, selon Kathie Werquin-Wattebled, directrice Auvergne-Rhône-Alpes de la Banque de France. Une enquête menée par la l'institution auprès de 4 350 entreprises auralpines révèle une croissance d'environ 1 % en 2025, avec des disparités sectorielles marquées : les services marchands restent dynamiques, l'industrie stagne et la construction recule. "On a une année 2025 qui est un petit peu terne", reconnaît-elle.
Le principal signal d'alerte concerne l'investissement, en chute de près de 20 % dans l'industrie, un secteur pourtant stratégique, qui investit six fois plus que la construction. L'instabilité géopolitique et l'incertitude politique, notamment l'élection de Donald Trump et la menace de nouvelles taxes douanières, ont poussé les dirigeants à la prudence. Beaucoup gèrent leur activité au jour le jour, sans oser se projeter.
"En 2025, on a eu une chute d’environ 20 % de l’investissement dans l’industrie. »
Pourtant, les perspectives pour 2026 sont légèrement plus optimistes. Ce sont les chefs d'entreprise eux-mêmes qui l'affirment dans leurs prévisions de début d'année, anticipant une reprise dans l'industrie et les services. "Je pense que les chefs d'entreprise sont désormais concentrés sur leur métier et se disent qu'il faut s'occuper d'eux avant de regarder ce qui se passe ailleurs. Il faut y croire", souligne Kathie Werquin-Wattebled. La France s'appuie sur une économie diversifiée, des entreprises plutôt bien capitalisées et un système bancaire solide, prêt à financer les projets viables.
Autre signal encourageant : 26 % des entreprises de la région utilisent déjà l'intelligence artificielle. Si les gains de productivité ne sont pas encore visibles dans les statistiques, l'IA représente une opportunité majeure, notamment dans les métiers tertiaires. Reste aux entreprises à s'approprier pleinement ces outils pour en tirer une réelle valeur ajoutée. Le message de ce début d'année : malgré les vents parfois contraires, il faut y croire.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Kathie Werquin-Wattebled
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Kathie Werquin. Bonjour. Kathie Werquin, vous êtes directrice régionale Auvergne-Rhône-Alpes de la Banque de France. Alors, trésorerie difficile pour une entreprise sur deux en Auvergne-Rhône-Alpes : concrètement, cela veut dire quoi ? Est-ce que c’est la fin de mois compliquée, les fournisseurs qu’on paie en retard, les salaires qu’on angoisse de verser ? C’est quoi, au final ?
Oui. Je pense que cette thématique de la trésorerie est peut-être un peu un abus de langage, parce qu’aujourd’hui les entreprises ne vont pas si mal que ça. C’est ce qu’on voit d’ailleurs dans notre étude menée en début d’année. On a interrogé 4 350 entreprises qui nous ont répondu et l’activité ne va pas si mal que ça, même s’il ne faut pas se réjouir. On a une croissance proche de 1 % sur l’année 2025 et en prévision sur 2026. Mais il ne faut pas se satisfaire de cette petite croissance. Et c’est ce qu’on voit dans les entreprises en Auvergne-Rhône-Alpes où on a quand même une année 2025 qui est un petit peu terne.
Une année un petit peu terne, mais il faut garder à l’esprit qu’une entreprise sur deux, ce n’est pas évident. Mais il faut être optimiste aussi : ça ne va pas si mal que ça.
Oui, voilà, c’est ça. C’est un peu le risque : dire que ça ne va pas si mal que ça. Quand je regarde les entreprises qui nous ont répondu pour l’Auvergne-Rhône-Alpes en 2025, on a l’industrie qui est à plat, on a les services marchands qui sont toujours en progression, c’est le secteur qui est toujours un peu plus dynamique, et par contre on a une baisse dans la construction. Donc, globalement, en moyenne, cela nous fait un petit 1 % de croissance sur 2025 et on a des prévisions sur 2026 autour de 1 %. Les prévisions pour 2026 sont d’ailleurs un petit peu plus optimistes, cela a été une bonne surprise en ce début d’année, mais on reste quand même toujours sur quelque chose d’assez intermédiaire.
Il y a quand même quelque chose qui interpellait dans cette étude : l’activité tient à peu près, les effectifs sont stables, mais il n’y a plus grand monde qui investit. C’est comme si on gérait un peu l’activité au jour le jour, comme si on n’osait pas se projeter. C’est le vrai danger aujourd’hui, en fait.
Oui. C’est très intéressant de venir sur cette thématique de l’investissement parce que c’est vraiment la variable qui traduit la confiance des chefs d’entreprise. C’est vrai qu’on a eu une mauvaise surprise sur 2025, notamment dans l’industrie. L’investissement a beaucoup baissé. On est quasiment à 20 % de baisse d’investissement, sachant que l’industrie est le secteur où il y a le plus d’investissements.
À la Banque de France, on donne toujours beaucoup de chiffres, je vais essayer d’être synthétique : l’investissement dans l’industrie, c’est six fois l’investissement dans la construction et c’est entre deux et trois fois le volume dans les services marchands. Donc c’est vraiment stratégique. L’industrie est capitalistique et investit beaucoup.
Et sur 2025, clairement, on a vu le contexte : l’élection de Trump, pas mal de risques géopolitiques. La première variable sur laquelle on freine quand on est inquiet en tant que chef d’entreprise, ce sont les investissements. On ne prend pas de risques, on ne prend pas le risque de s’endetter davantage. Donc sur 2025, cela a été la mauvaise surprise : la baisse de l’investissement dans l’industrie.
Malgré tout ça, vous disiez tout à l’heure que vous anticipez quand même une reprise en 2026. Vous vous appuyez sur quoi ? Parce qu’on est dans une instabilité politique, Trump revient avec ses taxes, on se demande d’où va venir la bonne nouvelle.
La bonne nouvelle, ce sont les chefs d’entreprise qui nous la donnent. À la Banque de France, nous n’inventons rien. On les a interrogés fin d’année et début d’année. Ils nous ont donné les résultats 2025 et leur business plan pour 2026.
Quand on fait la synthèse, on a plutôt des prévisions de hausse dans l’industrie, dans les services marchands et un peu moins dans le bâtiment.
D’où va venir la bonne nouvelle ? J’ai l’impression qu’aujourd’hui ce qui tient, c’est l’entreprise. C’est vraiment le maillon fort. Et puis je pense aussi que les entreprises s’habituent. En début d’année, on pensait qu’on allait avoir une récession, que les taxes américaines allaient avoir un impact très fort. Finalement, on est là, avec des chiffres qui tiennent la route.
Je pense que les chefs d’entreprise sont désormais concentrés sur leur métier et se disent qu’il faut s’occuper d’eux avant de regarder ce qui se passe ailleurs. Il faut y croire. C’est vraiment le message de ce début d’année.
Cela veut dire qu’au niveau France, que ce soit les petites entreprises, les PME, les ETI, quel que soit le secteur, on a quand même une base solide.
Oui, tout à fait. On a une base solide, une économie extrêmement diversifiée. C’est aussi le cas en Auvergne-Rhône-Alpes. Je dis souvent que c’est une petite France : on a tous les secteurs d’activité, beaucoup d’innovation, des pépites.
On a des entreprises assez solides, plutôt bien capitalisées, même si on peut encore progresser sur les fonds propres. Et on a un système bancaire solide. Aujourd’hui, quand un projet est solide, les banques sont là pour prêter.
Une dernière question : 26 % des entreprises utilisent déjà l’intelligence artificielle. On parle de quoi ? De robots dans les usines ? D’outils type ChatGPT pour les mails ? Est-ce que ça change la donne pour les PME ?
Cette question est assez large. Cela peut couvrir tout le spectre d’utilisation de l’IA. Aujourd’hui, de manière macro, l’IA est une chance pour gagner en productivité, notamment dans les services, sur les emplois tertiaires. Avant, la productivité se gagnait surtout dans l’industrie.
C’est une vraie révolution. Maintenant, il faut se l’approprier et que cela se traduise dans les chiffres. Aujourd’hui, les études ne montrent pas encore de gains de productivité massifs liés à l’IA, peut-être parce que son développement est encore récent.
Il faut que les entreprises s’approprient ces outils et identifient où elles peuvent créer de la valeur ajoutée. Il faut y croire pour gagner en productivité, à la fois sur l’utilisation de la main-d’œuvre et sur l’investissement en capital.
Ce sera le dernier mot de cette émission. Merci beaucoup. C’est toujours très clair, parce que les communiqués de la Banque de France peuvent parfois être denses. Merci beaucoup pour ces explications très claires.

A son niveau de salaire, pas de problème sur plusieurs années !