Tennessee Garcia, coordinateur chez la Confédération syndicale des familles, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Le constat dressé par Tennessee Garcia est sans appel : les locataires du parc social font face à une explosion sans précédent de leurs charges, notamment liées à l'énergie. Cette situation est aggravée par des régularisations tardives, intervenant parfois deux à trois ans après les faits, plongeant de nombreuses familles dans l'incertitude financière. Selon le coordinateur de la CSF, il s'agit d'une "double peine" car les résidents paient "très cher des tarifs de chauffage dans des résidences qui restent mal isolées ou mal entretenues". Pour répondre à cette urgence, l'association réclame le rétablissement d'un tarif social de l'énergie et une accélération massive des chantiers de réhabilitation thermique.
L’encadrement des loyers : un rempart nécessaire face aux abus
Au cœur des débats électoraux lyonnais, l'encadrement des loyers est vigoureusement défendu par la CSF face aux velléités de "désencadrement" portées par certains candidats. Pour Tennessee Garcia, cette régulation est indispensable dans un marché où la demande reste "extra forte" et où les abus de certains propriétaires, via des compléments de loyer injustifiés, persistent. Il rejette l'idée que cette mesure raréfie l'offre, affirmant qu’au contraire, "il n’y a pas de logements qui disparaissent à cause de l’encadrement des loyers". Pour le syndicat, la priorité reste de protéger le pouvoir d'achat des locataires, qui représentent deux tiers des habitants de la métropole, car "l'enjeu du coût du logement (...) est la priorité numéro 1 des familles".
Plus de détails dans la vidéo :
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La retranscription complète de l'émission avec Tennessee Garcia :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler de logement. Nous recevons Tennessee Garcia, qui est coordinateur chez la Confédération syndicale des familles. Bonjour Tennessee Garcia.
Bonjour Eloi Thiboud.
Alors je le rappelle, la Confédération syndicale des familles est la première association de locataires dans le Rhône. C'est une organisation nationale française qui a pour mission de défendre les intérêts des familles dans tous les domaines de leur vie, dont le logement, et c'est ce dont on va parler. On va commencer par un petit point d'actualité : les charges des locataires du parc social augmentent d'année en année et il y a des problèmes sur les régularisations. Quel est le problème, vous qui avez travaillé sur le sujet à la Confédération syndicale des familles ?
Oui, les charges des locataires explosent, en particulier les charges d'énergie avec un niveau de spéculation record sur les tarifs du gaz. Les locataires du parc social ont été particulièrement victimes de ces explosions de charges avec des régularisations qui peuvent aller jusqu'à plusieurs milliers d'euros, malgré des provisions mensuelles qui avaient déjà été augmentées. Très souvent, c'est aussi une "double peine" parce qu'il s'agit de payer très cher des tarifs de chauffage dans des résidences qui restent mal isolées ou mal entretenues. C'est un sujet depuis trois ans et ça l'est aujourd'hui encore avec d'énormes régularisations envoyées pour des dizaines de milliers de locataires d'Aliade Habitat.
Cela ne concerne pas tous les bailleurs ?
Cela concerne tous les bailleurs sociaux. Certains ont plus de retard que d'autres pour envoyer les régularisations de charges, d'où le fait que cela s'étale. On a deux difficultés : la première est qu'on avait un tarif social de l'énergie pour les logements sociaux et que le gouvernement l'a supprimé sur demande de l'Union européenne, d'où cette spéculation avec des explosions de tarifs, notamment de gaz. Et puis, on a aussi ce sujet de l'entretien des logements et de la réhabilitation des résidences qui sont attendues. Tant qu'elles n'arrivent pas, c'est cette double peine où l'on paye cher pour un chauffage et un confort qui font défaut.
Vous parlez de retard. Cela peut être un retard de combien de temps dans la régularisation ?
Normalement, le bailleur doit envoyer sa régularisation l'année suivante, mais très souvent il a plus de retard que cela. Là, on est presque à deux ou trois ans de retard pour certains bailleurs, ce qui met les locataires en difficulté. Par exemple, on est en train de régulariser l'année 2023 seulement maintenant chez Aliade Habitat. C'est difficile de pointer cela tellement de temps après, mais c'est le combat de la CSF : à la fois contrôler les charges, s'organiser au niveau des résidences, aller contrôler les factures et porter ces deux exigences que sont le retour d'un tarif social de l'énergie pour protéger les locataires et la réhabilitation plus massive des résidences.
D'autant que 2023 était, je crois, une année noire pour les coûts de l'énergie qui avaient explosé. On se rappelle qu'il y avait... on ne va pas forcément rentrer dans ce niveau de détails, mais le message est passé. J'aimerais bien qu'on parle aussi d'une autre mesure qui fait débat dans la campagne des municipales et des métropolitaines : l'encadrement des loyers, mis en place par la majorité écologiste actuelle en 2021 à Lyon et Villeurbanne. Jean-Michel Aulas et sa candidate Véronique Sarselli — lui est à la Ville et elle à la Métropole de Lyon, ils sont tous deux candidats pour "Grand Cœur Lyonnais" — proposent, ou plutôt Jean-Michel Aulas propose, même si ce n'est pas une compétence de la Ville, de le "désencadrer". La majorité écologiste, a contrario, souhaite l'étendre aux communes de la première couronne de Lyon-Est, donc pas seulement Lyon et Villeurbanne. Pour la Confédération syndicale des familles, est-ce que l'encadrement des loyers mis en place en 2021 fonctionne ? On a cinq ans de recul maintenant.
Oui, évidemment. L'objet de l'encadrement n'est pas forcément de faire diminuer les loyers ; le propriétaire a toujours la possibilité d'augmenter annuellement son loyer selon l'indice de révision. Par contre, on avait constaté avant 2021 des explosions de loyers sur Lyon et Villeurbanne, mais aussi sur d'autres communes de la métropole.
Sur les petites surfaces surtout.
Sur les petites surfaces et sur les colocations qui, pour le coup, peuvent être de grandes surfaces. L'enjeu était donc de protéger les locataires de ces abus sur les loyers, faute de quoi on va se retrouver avec des locataires qui ne pourront plus vivre à Lyon ou à Villeurbanne. On le voit aussi maintenant dans d'autres communes où les loyers flambent parce qu'on n'a justement pas l'encadrement des loyers. La CSF soutient l'encadrement. Elle accompagne beaucoup de locataires, y compris en justice. Nous avons toujours gagné au tribunal pour justement faire respecter l'encadrement des loyers.
Parce que les bailleurs dépassaient le niveau de loyer autorisé ?
Parce qu'ils continuent, de moins en moins mais toujours beaucoup, de contourner le plafond, éventuellement en appliquant à tort ou sans bonne justification des compléments de loyer qui permettent d'aller au-delà du plafond. Il y a donc toujours un enjeu pour les locataires à contester. On voit au contraire qu'il est possible, lorsqu'on conteste, de faire baisser son loyer de plusieurs centaines d'euros ou de récupérer des milliers d'euros. C'est donc une mesure importante pour les locataires.
Est-ce que cela ne participe pas tout de même à augmenter la tension sur le marché locatif ? On le sait, à Lyon, il est très difficile de trouver une location, il y a beaucoup de candidats et peu d'offres. Est-ce que l'encadrement des loyers... c'est pour cela qu'une partie du champ politique attaque cette mesure en disant : "En fait, vous accentuez la pression sur un marché qui n'a déjà que peu d'offres face à la demande" ?
C'est une évidence que le marché à Lyon est très tendu ; il l'a toujours été et il le sera toujours, y compris avant l'encadrement des loyers. Cela montre au contraire qu'on a besoin de régulation car, sans elle, on a trop d'abus sur les loyers. C'est une mesure qui concerne l'ensemble des locataires, et les locataires sont majoritaires : près des deux tiers des habitants de notre métropole sont des locataires. Je trouve que ce chiffre est important. S'ils sont si nombreux, c'est parce qu'il est toujours très rentable sur Lyon, Villeurbanne et la métropole de louer son logement plutôt que de l'occuper. Contrairement à ce qui est dit, nous avons besoin de régulation car il n'y a pas de difficulté à louer des logements sur Lyon. Il n'y a pas de logements qui disparaissent à cause de l'encadrement des loyers. Les régies immobilières et les demandeurs de logements confirment bien que pour chaque logement mis en location, on trouve tout de suite preneur avec 80 ou 200 candidatures.
La demande est extrêmement forte. Nous sommes déjà à la fin de l'émission, on va dépasser un petit peu, mais il y a quand même une proposition qui est mise sur la table : créer une charte déontologique pour les propriétaires bailleurs, qui serait libre d'application, pour réguler les relations locataires-propriétaires. C'est aussi une proposition de Jean-Michel Aulas. Qu'en pensez-vous à la Confédération syndicale des familles ?
Nous avons interpellé Jean-Michel Aulas avant qu'il ne s'exprime sur la question des loyers. Si l'engagement est de défendre les Lyonnais et les habitants de la métropole qui, en immense majorité, sont des locataires souffrant déjà de loyers trop chers, alors il faut soutenir l'encadrement des loyers. Il y a eu d'abord cette position très difficile consistant à dire "on va désencadrer", ce qui revient à dire "on va augmenter les loyers", ce qui va contre les intérêts des locataires. Puis d'autres échos ont suggéré une charte pour avoir des mesures de contrôle et des données avec des loyers plafonds fixés par la préfecture. Mais quand j'additionne tout cela, cela me semble être l'encadrement des loyers tel qu'il existe aujourd'hui. Il y a peut-être besoin d'encore plus de clarté pour les locataires parce que ce sont eux qui votent, et l'enjeu du coût du logement (loyer et charges) est essentiel. C'est la priorité numéro un des familles.
Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup Tennessee Garcia d'être venu sur notre plateau. Quant à vous, merci d'avoir suivi cette émission. Plus de détails sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.
