L’autrice et illustratrice lyonnaise qui, à 35 ans, a engagé son travail dans une veine autobiographique continue l’exploration acidulée de sa vie en sortant un nouvel album Jeune et Fauchée tout en renouant également avec la fiction grâce à la parution des Moribonds.

Armée d’un trait de dessin enfantin, Florence Dupré la Tour s’est embarquée ces dernières années dans un cycle autobiographique avec sa trilogie Cruelle, Pucelle (Débutante, Confirmée) et Jumelle (Inséparables, Dépareillées).
Revisitant le monde de l’enfance et de l’adolescence ainsi que sa relation fusionnelle avec sa sœur jumelle, ses titres laissent déjà présager du ton caustique et acidulé qui caractérise son œuvre.
“J’ai attendu d’avoir du recul sur mon histoire personnelle et un savoir-faire en termes d’écriture et de narration. On ne raconte qu’une seule fois sa vie”, partage l’autrice et illustratrice de BD lyonnaise, précisant qu’il s’agit “d’une démarche artistique et non pas psychanalytique”.
Abordant une même période de sa vie mais à travers des thématiques différentes, l’autrice use largement du contraste entre un dessin faussement naïf et des textes percutants, souvent narrés en voix off, créant de réjouissants effets
tragi-comiques. “Le travail d’écriture est très important. Je réécris beaucoup le storyboard pour trouver la justesse de ton”, explique Florence Dupré la Tour.
Sans concession envers elle-même et ses proches – elle a grandi dans une famille catholique, bourgeoise, expatriée en Argentine et en Guadeloupe – aucun tabou ou non-dit sur la puberté, la religion, la figure du père à la fois autoritaire et absent ou de la mère résignée n’est épargné, même si en filigrane transpercent aussi les tendres moments de l’enfance.

Deux nouveaux albums en 2026
Son dernier album Jeune et Fauchée est une continuité de cette trilogie, où l’autrice explore son entrée dans la vie active, sa vie de mère célibataire et autrice précaire de bandes dessinées à travers les thèmes de l’argent, de la famille, du déclassement social…

Les classes sociales sont d’ailleurs largement explorées dans son autre bande dessinée, de fiction cette fois, qu’elle publie concomitamment en ce début d’année. Le lecteur y suit les tribulations d’un vampire dandy, figure classique de la littérature, qui représente ici le bourgeois et suce le sang des prolétaires.
Mais une épidémie de morts-vivants l’amène, pour sa survie, à devoir s’occuper d’un groupe d’humains très fragiles. Il doit se mettre au travail alors que petit à petit les humains se rebellent. “Les Moribonds parlent d’une forme de déchéance sociale mais aussi de hiérarchie, de domination et de révolte sous la forme d’une comédie, très drôle”, confie Florence Dupré la Tour.
Sous le côté ludique, le lecteur retrouve le ton mordant qui caractérise l’autrice, admiratrice de Claire Bretécher. Une fiction de genre qui, tout en dépoussiérant sous une drôlerie caustique la notion de lutte des classes, permet à Florence Dupré la Tour d’explorer une dimension plus sociale et politique.
Jeune et fauchée, paru aux éditions Charivari et Dargaud
Les Moribonds, paru aux éditions Casterman
