Benjamin Brière a passé 1 079 jours dans les geôles de la République islamique d’Iran. Il est aujourd'hui installé à Lyon sur les pentes de la Croix-Rousse.
Derrière ses sourcils broussailleux, ses yeux perçants de shahbaz – le faucon de la mythologie iranienne–, Benjamin Brière a “le sourire et la joie tristes, la gaieté fragile”, comme 85 millions d’Iraniens, premières victimes du régime des mollahs. Condamné pour espionnage, ce “touriste en tongs”, selon l’expression de sa sœur Blandine, son inlassable soutien dont le combat a permis sa libération, a passé 1 079 jours dans les geôles de la République islamique d’Iran. Il avait 35 ans. Depuis son retour en France, à Lyon, au printemps 2023, il tente de se reconstruire. Il vient de publier Azadi (Robert Laffont), “liberté” en persan.
Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Benjamin Brière : Disons que je n’ai pas la langue dans ma poche. Je ne suis pas quelqu’un qui attaque, mais qui va se défendre férocement. En particulier sur l’injustice. Et là, avec ce qui m’est arrivé, c’est monté d’un cran.
À propos de vos 1 079 jours dans les prisons de Mashhad et Ghoutchan, dans le nord de l’Iran, vous dites justement qu’il faut “se fixer des limites claires, quitte à hausser le ton” pour ne pas “se faire bouffer”…
Dans l’univers carcéral, tout n’est que violence et insultes. Je les ai subies. Je ne faisais pas le malin, j’étais terrorisé. Mais le fait d’avoir tenu tête pendant trois ans à mes geôliers, à mes tortionnaires, aux “juges” – des pantins au service des mollahs (certains juges sont des mollahs, notamment le premier qui m’a cogné) –, au régime finalement, tout en politesse, les a déstabilisés. Je leur ai mis le nez dans leurs aberrations. Par exemple, pendant les séances d’interrogatoire, on me présentait des mensonges, on n’arrêtait pas avec la manipulation. Je demandais alors : “Dans le Coran, est-ce que le mensonge est un péché ?” “Oui”, me rétorquaient les tortionnaires. Et moi de répondre : “Je n’ai pas d’autre question.”
“Rire de ma propre situation m’a, en partie, permis de ne pas sombrer dans la folie”
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"En République islamique d’Iran le lavage de cerveau fonctionne à merveille"