Antoine Nanterme
Antoine Nanterme

"La rue Grenette reste malgré tout un axe stratégique", pointe Antoine Nanterme (ADPL)

Antoine Nanterme, cofondateur de l'Association pour le Développement de la Presqu'île de Lyon (ADPL) est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Le devenir de la rue Grenette et sa possible réouverture aux voitures continue d'être le sujet principal des débuts de mandat de Grégory Doucet et de Véronique Sarselli. Alors que l'arbitrage de la présidente Grand Coeur lyonnais de la Métropole de Lyon doit être rendu "avant l'été", la Ville de Lyon a communiqué ce lundi les résultats de la concertation lancée par la municipalité. Et le verdict est sans appel : 72% des Lyonnais qui se sont exprimés souhaitent que la rue Grenette reste fermée aux voitures. "Entre une réouverture totale et une fermeture totale, nous pensons qu'il existe une autre voie. Il y a sans doute quelque chose de plus consensuel à construire autour de cette zone. La rue Grenette présente des intérêts lorsqu'elle est moins circulée", pointe Antoine Nanterme, cofondateur de l'Association pour le Développement de la Presqu'île de Lyon (ADPL).

Avec son association, il a présenté à la Métropole de Lyon un scénario permettant une réouverture partielle aux voitures de la rue Grenette tout en conservant certains des aménagements des écologistes au nord des Cordeliers : "Lyon est traversée par deux fleuves, ce qui contraint déjà fortement les déplacements. Aujourd'hui, les alternatives proposées sont principalement le tunnel de la Croix-Rousse ou le secteur de Bellecour. Le tunnel peut constituer une solution, mais Bellecour est déjà très encombré. En matière de fluidité et de report de circulation, nous avons peut-être résolu une partie du problème au centre, mais nous avons surtout déplacé les flux ailleurs. Pour les habitants, les commerçants et les professionnels, la rue Grenette reste malgré tout un axe stratégique".

Lire ausi : Concertation sur la rue Grenette à Lyon : une association dénonce des résultats "biaisés"


La retranscription intégrale de l'entretien avec Antoine Nanterme

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, nous sommes avec Antoine Nanterme. Vous êtes cofondateur de l'ADPL, l'Association pour le développement de la Presqu'île de Lyon, une association qui s'est beaucoup exprimée il y a un an, et même un peu plus, autour de l'instauration de la zone à trafic limité, la ZTL de Lyon. Celle-ci a notamment eu pour conséquence la fermeture à la circulation automobile de la rue Grenette, une rue qui est aujourd'hui au cœur de nombreux débats dans la métropole de Lyon, notamment depuis que la Ville de Lyon a présenté les résultats de sa concertation publique sur son devenir. Selon cette consultation, 72 % des habitants de Lyon seraient favorables à ce qu'elle reste en l'état, c'est-à-dire fermée à la circulation automobile. Êtes-vous surpris par les résultats de cette enquête ?

Nous ne sommes pas surpris par les résultats. La question est plutôt de savoir s'il s'agit réellement de 72 % des habitants ou de 72 % des personnes ayant répondu au questionnaire. Ce que cela montre, en tout cas, c'est ce que nous disons depuis le début : le débat n'est probablement pas aussi tranché que certains veulent le présenter. Entre une réouverture totale et une fermeture totale, nous pensons qu'il existe une autre voie. Il y a sans doute quelque chose de plus consensuel à construire autour de cette zone. La rue Grenette présente des intérêts lorsqu'elle est moins circulée.

Nous reviendrons sur votre projet dans un instant.

C'est vraiment l'esprit de notre démarche. Lors des consultations qui avaient précédé la mise en place de la ZTL, nous avions observé un grand nombre d'oppositions. La question est aussi de savoir si ces avis ont réellement été pris en compte. Des pétitions avaient notamment recueilli plus d'une dizaine de milliers de signatures. Nous avons le sentiment que cela n'a pas été suffisamment considéré. C'est pourquoi nous pensons qu'il existe un chemin à trouver entre les deux positions.

Avez-vous l'impression, avec le recul, que cet outil a été intégré au moins par les habitants ? Les commerçants, c'est encore autre chose, mais les habitants ont-ils intégré cette évolution et n'ont-ils pas spécialement envie d'un retour en arrière, avec le retour de la voiture en Presqu'île, même si elle n'a pas totalement disparu ?

Quand on habite dans cette zone ou à proximité, on n'a pas vraiment le choix : on s'y habitue. Ce que nous constatons, c'est que la ZTL présente malgré tout des difficultés dans sa mise en place, dans son fonctionnement et dans son utilisation. A-t-elle des effets positifs ? Certainement. Notamment en matière de libération de l'espace public le week-end. Le samedi, c'est effectivement intéressant. Le mercredi après-midi également, lorsque les enfants ne sont pas à l'école. Ce sont des moments de vie agréables. En revanche, il existe aussi des situations où le dispositif est moins pertinent, parce qu'il contraint une autre partie de la population à laquelle on n'a peut-être pas suffisamment pensé, notamment en matière de déplacements et d'outils de travail. Ce sont ces difficultés concrètes que nous identifions.

La Métropole de Lyon travaille actuellement sur sa solution pour rouvrir la rue Grenette. C'était un engagement de campagne de Véronique Sarselli, aujourd'hui présidente de la Métropole de Lyon. Vous lui avez soumis votre propre contribution. Votre proposition consiste à rouvrir la rue Grenette dans un sens de circulation et à réorganiser la rue de la République Nord, entre les Cordeliers et le secteur des Terreaux, avec une partie de l'espace dédiée aux piétons et une autre aux Voies lyonnaises et aux bus. Ai-je bien résumé ?

Exactement. Cette proposition est le résultat de tout ce que nous entendons au sein de l'association et des retours de terrain que nous recueillons auprès des commerçants. Nous rencontrons des personnes très favorables à la ZTL et d'autres très opposées. Mais il existe surtout une partie de la population qui considère qu'il y a des éléments intéressants à conserver. Par exemple, la rue Joseph-Serlin vient d'être végétalisée et deviendra une rue agréable à vivre. Il serait dommage de revenir en arrière après les investissements réalisés. En revanche, il faut traiter les difficultés existantes. Certaines concernent notamment les habitants des quartiers limitrophes. Si vous n'habitez pas dans une rue située juste au bord de la zone, vous êtes parfois obligé d'effectuer des détours considérables, alors qu'un voisin situé quelques mètres plus loin peut circuler librement dans le périmètre. Nous avions signalé ces effets dès la présentation du projet et formulé plusieurs propositions qui n'avaient malheureusement pas été retenues à l'époque. Je crois néanmoins que ces pistes n'ont pas totalement disparu des réflexions actuelles. J'ai notamment lu que Mme Bouagga évoquait la possibilité d'étendre certains droits à des habitants de rues situées autour du périmètre. Cela fait partie des difficultés identifiées.

Mais dans votre scénario, pourquoi la réouverture de la rue Grenette est-elle un impératif ?

Parce que nous sommes dans une configuration géographique particulière. Lyon est traversée par deux fleuves, ce qui contraint déjà fortement les déplacements. Aujourd'hui, les alternatives proposées sont principalement le tunnel de la Croix-Rousse ou le secteur de Bellecour. Le tunnel peut constituer une solution, mais Bellecour est déjà très encombré. En matière de fluidité et de report de circulation, nous avons peut-être résolu une partie du problème au centre, mais nous avons surtout déplacé les flux ailleurs. Pour les habitants, les commerçants et les professionnels, la rue Grenette reste malgré tout un axe stratégique. Elle l'a toujours été.

On parle pourtant de 7 000 à 10 000 véhicules par jour selon les estimations. Cela peut sembler relativement modeste à l'échelle d'une métropole de près d'un million et demi d'habitants.

Il faut aussi regarder les moments de la journée. C'est un peu comme pour la rue de la République piétonne dans sa partie nord : elle est très fréquentée le week-end, mais beaucoup moins en semaine. Pour la rue Grenette, tout dépend également de l'heure à laquelle on s'y trouve. On constate des difficultés en amont et en aval. Le week-end, notamment lors des sorties du parking Saint-Antoine, certaines personnes peuvent rester bloquées trois quarts d'heure dans la rampe de sortie parce que tout est saturé. La rue Grenette présente donc un intérêt réel pour absorber une partie des flux, redonner de la fluidité et améliorer l'efficacité des déplacements dans ce secteur.

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