Bruno Bernard, président vert de la Métropole de Lyon © Antoine Merlet

De nombreux maires se sentent toujours "méprisés" par la Métropole de Lyon : ils nous expliquent pourquoi, témoignages

La tension est vive depuis le début de l'été entre de nombreux maires de l'agglomération lyonnaise et la Métropole de Lyon. La pression ne retombe pas. Nous avons interrogé plusieurs maires concernés. Ils nous donnent leur version du pourquoi de la fronde.

Le torchon brûle depuis le début de l'été entre de nombreux maires de l'agglomération lyonnaise et la Métropole de Lyon. Notamment après la découverte des projets locaux retenus par la Métropole de Lyon dans leurs communes pour le Plan pluriannuel d'investissement. Ce document recense les projets d’investissements de la Métropole jusqu’en 2026. Mécontents des financements alloués à leurs communes, de nombreux maires des 59 communes de la Métropole se sentent méprisés par la collectivité, dirigée depuis juillet 2020 par les écologistes. Ils menacent même de faire sécession, de quitter la mastodonte Métropole de Lyon aux multiples compétences.

La fronde des maires marque un acte fondateur dans la toute jeune histoire politique de la Métropole. 46 maires (sur 59 donc), de centre droit et LR principalement, ont signé une tribune début septembre 2021 pour dénoncer "le mépris" et la "gouvernance aveugle et verticale contre les communes et sans les citoyens" de Bruno Bernard, président EÉLV de la Métropole, et de sa majorité gauche plurielle. Indépendamment des postures politiciennes qui enflamment ce dossier, la Métropole est entrée dans une nouvelle ère en juillet 2020 avec l’élection de Bruno Bernard et des conseillers métropolitains au suffrage universel direct. Pour la première fois, la loi de 2015 qui a créée la collectivité est vraiment appliquée.


"On nous a jamais mis de côté comme on est mis de côté sur ce mandat"

Corinne Cardona, la maire de Poleymieux-au-Mont-d'Or


La salle du conseil de la métropole © Lyon Capitale

Jeudi, à l'occasion du congrès de l'association des maires du Rhône, à la Tour-de-Salvagny, Lyon Capitale a rencontré de nombreux maires de la Métropole de Lyon. Ils nous expliquent le pourquoi de cette fronde. Sur la forme comme sur le fond. Tous jurent - on peut les croire ou non - ne pas être dans une posture politicienne. Mais veulent juste défendre leur commune, leur territoire, leurs administrés...

Sur la forme, déjà. "On nous a jamais mis de côté comme on est mis de côté sur ce mandat", souffle Corinne Cardona, la maire de Poleymieux-au-Mont-d'Or, la maire de la plus petite commune de la Métropole de Lyon (1350 habitants dont 300 militaires de la base du Mont-Verdun). "On a jamais vécu ça auparavant car il y avait une grande écoute des exécutifs précédents. Sous Collomb. Sous Kimelfeld. On écoute les maires, on va les voir. On leur pose des questions. Et si tout le monde est d'accord, on fait. Maintenant, on fait, et c'est tout", insiste Madame Cardona.


"J'ai le sentiment d'être méprisée. Ce n'est même pas, pas écoutée, c'est méprisée"

Marie-Hélène Mathieu, la maire divers droite de Saint-Didier-au-Mont-d'Or

Marie-Hélène Mathieu, la maire divers droite de Saint-Didier-au-Mont-d'Or, abonde dans ce sens. "J'ai le sentiment d'être même méprisée. Ce n'est même pas, pas écoutée, c'est méprisée. C'est mon premier mandat de maire. Nouvellement élue, j'ai demandé à rencontrer Bruno Bernard. J'ai attendu 10 mois pour le rencontrer. Il a fallu que je fasse trois relances. Et c'est moi qui suis allée le voir. Saint-Didier-au-Mont-d'Or, il ne connaît pas".

"Je n'ai pas d'étiquette politique. Je suis divers droite, c'est vrai, mais je ne suis pas LR, je ne suis pas encartée. Je n'ai pas de problème avec qui ce soit. L'écologie, sur un territoire comme Saint-Didier où on a 45 % du territoire en zone agricole et naturelle, pour protéger et valoriser notre territoire on n'a pas attendu que les écologistes arrivent à la tête de la Métropole", poursuit Madame Mathieu.

"On nous méprise, on n'écoute même pas quels sont nos besoins. On se sent délaissés. Eux ont été élus sur un programme, nous aussi. Très bien. On a signé un pacte de cohérence métropolitain en début de mandat. Quand on signe un contrat, c'est pour qu'il y ait quelque chose de gagnant-gagnant. C'est 50-50. Ça ne peut pas être 100 d'un côté et 0 de l'autre. Ce n'est pas possible".


"On n'a plus trop confiance"

Corinne Cardona, la maire de Poleymieux-au-Mont-d'Or

Marylène Millet, elle aussi, est maire depuis 2020. À la tête de Saint-Genis-Laval, l'élue de centre-droit n'est pas non plus satisfaite de ses relations avec la Métropole de Lyon : "on a besoin d'être écoutés par le président de la Métropole. On est obligés de travailler en concertation. Au quotidien, c'est à nous que les habitants reprochent des choses, pas au président de la Métropole. Ils sont légitimes, je ne conteste pas leur légitimité. Ce que je regrette, c'est leur difficulté à travailler leur collaboration. Il y a beaucoup d'élus métropolitains qui ne sont pas passés par la case élu local. Ça me rappelle un peu le président Macron qui un moment avait dit "les maires ça ne sert à rien". Et finalement il s'est rendu compte que les corps intermédiaires, si, ça sert beaucoup".
Marylène Millet, la maire de Saint-Genis-Laval

La confiance semble rompue entre la Métropole et certains maires. "On demande à être entendus, écoutés, qu'on puisse donner notre avis quand ils veulent faire des projets sur nos communes. Une fois que la confiance sera renouée, car là on n'a plus trop confiance, on pourra retravailler ensemble", peste Corinne Cardona, la maire de Poleymieux-au-Mont-d'Or.

Il y a la forme, mais il y a aussi le fond. "On a à faire à un nouvel exécutif qui est là pour appliquer sa politique, politique pour laquelle il a été élu, il n'y a pas de problème. Malheureusement, cette politique, elle s'applique très bien à Lyon, à Villeurbanne, pas sur Poleymieux et d'autres communes. Juste par exemple, quand on nous parle de mettre des pistes cyclables à gauche, à droite, dans nos petits villages, c'est impossible. Après, on ne roule plus. L’exécutif veut mettre en place sur toute la Métropole la même politique qu'à Lyon et à Villeurbanne. Et ça c'est impensable", poursuit la maire de Poleymieux, sans étiquette.


"On a vraiment essayé de prendre en compte les orientation des écologistes. Derrière, dans la PPI, on a une fin de non-recevoir"

Marylène Millet, la maire de Saint-Genis Laval

À Saint-Genis-Laval, comme dans de nombreuses communes, le PPI a été jugée décevant."Si je prends l'exemple de ma ville, la Métropole ne me donne que pour le futur quartier du Vallon des Hôpitaux. C'est très bien, mais ce n'est pas mes habitants, ce sont de futurs habitants. On avait travaillé notre demande de PPI dans le cadre des orientations métropolitaines : apaisement des circulations, développement des voies douces, requalification du centre-ville. On a vraiment essayé de prendre en compte leurs orientations (des écologistes, ndlr). Derrière, on a une fin de non-recevoir", regrette Marylène Millet.

Devant cette incompréhension, pour de nombreux maires, ces derniers saluent le soutien de Gérard Larcher, le président du Sénat. À Lyon jeudi, présent au congrès des maires du Rhône, Gérard Larcher a annoncé le lancement d'une mission d'information au Sénat sur la Métropole de Lyon. "Ça fait 6 ans que le texte est mis en œuvre. Ça nécessite une évaluation. C'est ce qui a été engagé et décidé au mois de juillet lors de l'examen du texte sur la décentralisation. La commission des lois a décidé d'engager ce travail d'évaluation d'ici la fin de l'année (2021) pour savoir si on fait bouger ou pas la loi MAPTAM (modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles, ndlr)", explique Larcher.

"Comment on évalue cette loi ? Est-ce que la loi atteint les objectifs qu'on s'était fixés ? Objectifs financiers, objectifs d'efficacité, de mutualisation, de démocratie locale. Il y a un sujet, c'est évident, un certain nombre de communes ont le sentiment de ne pas participer à l'ensemble des débats", poursuit le président du Sénat.

"Gérard Larcher, le président du Sénat, a entendu le message. La Métropole de Lyon ne marche pas"

Philippe Cochet, le maire de Caluire-et-Cuire

"C'est la loi MAPTAM qui est un véritable souci pour toutes les communes. 24 maires seulement siègent à la Métropole. Les autres ne sont pas représentés. On se bouge beaucoup pour qu'au Sénat et à l'Assemblée nationale ils nous entendent pour arriver à modifier cette loi. Au moins qu'on ait un représentant de chaque commune à la Métropole", souffle Corinne Cardona, la maire de Poleymieux-au-Mont-d'Or.

"Personne n'a copié ce modèle. Aucune autre collectivité. C'est unique en France. À un moment donné, si on était si bien, tout le monde aurait envie de nous imiter. Je me disais que ça pourrait être intéressant pourtant ce modèle. Il faut peut-être garder ce mode de fonctionnement mais en redonnant des compétences supplémentaires aux maires de la Métropole", insiste Marylène Millet, la maire de Saint-Genis-Laval.

Philippe Cochet, maire LR de Caluire-et-Cuire

Président du principal groupe d'opposition à la Métropole de Lyon, Philippe Cochet, le maire LR de Caluire-et-Cuire, explique : "Gérard Larcher a entendu le message. Le message des 47 maires. Il a dit, il y a des Métropoles qui marchent, des Métropoles qui ne marchent pas. Le message des 47 maires, c'est que la Métropole de Lyon ne marche pas. À partir de là, ça ouvre le champ des possibles au niveau d'une nouvelle loi qui permettra de changer la loi actuelle. En tant qu'ancien député, j'avais voté contre cette loi MAPTAM qui n'était pas du tout adaptée à la Métropole de Lyon. Il ne faut pas oublier que le Sénat, c'est l'illustration de ce que représente l'organisation territoriale". Le maire de Caluire poursuit : "Le président du Sénat a été très clair dans son propos. Il n'y avait qu'à regarder la tête des vice-présidents de la Métropole présents. Si le président de la Métropole ne l'a pas compris, eux ils l'ont compris"


"Je ne comprends pas le mutisme du président de la Métropole de Lyon"

Philippe Cochet, le maire de Caluire

Pour calmer la fronde, Bruno Bernard a chargé Hélène Geoffroy, la maire PS de Vaulx-en-Velin, également vice-présidente de la Métropole de Lyon à l'égalité des territoires, de jouer aux pompiers de service. La maire de Vaulx est appréciée par de nombreux maires de droite. "Certains maires ne se sentent pas écoutés. Je suis maire moi aussi, je comprends leurs inquiétudes. C'est notre rôle de travailler en bonne intelligence tous ensemble, en étroite collaboration. J'y veillerai", souffle Hélène Geoffroy.

"Hélène Geoffroy, je l'aime bien, il n'y a pas de problème mais je lui ai dit "Hélène, ce n'est pas toi que je veux voir, c'est le président de la Métropole". Chaque maire signataire doit voir le président de la Métropole", insiste Philippe Cochet, le maire de Caluire. "Quand il y a le feu dans une commune, le premier concerné c'est le maire. Là, il y a le feu à la Métropole, c'est au président de la Métropole de venir nous rencontrer. Nous ne lâcherons pas. Les 47 maires qui se sont mobilisés, les plus de 500 conseillers municipaux qui se sont mobilisés, on ne lâchera pas. On parle de 3/4 des maires de la Métropole. Je ne comprends pas le mutisme du président de la Métropole. C'est incompréhensible. On lui a adressé une demande plus de 40 maires d'ouvrir une conférence métropolitaine des maires il y a plus de 10 jours. Aucune nouvelle. C'est inacceptable. C'est un mépris... Une nouvelle fois. Ça ne pourra pas durer", peste Cochet.


"Il y a l'amour, les déclarations d'amour et les preuves d'amour. Moi, pour l'instant, des preuves j'en ai pas eues"

Marylène Millet, la maire de Saint-Genis-Laval


Marie-Hélène Mathieu, la maire de Saint-Didier, poursuit : "Je pense qu'ils ont pris peur car 47 maires sur 59, c'est beaucoup. Du coup, en conférence territoriale des maires cette semaine, Hélène Geoffroy a été envoyée comme pompier pour éteindre le feu. Mais c'est lui  (Bruno Bernard) qu'on veut entendre. Il a pris la parole (au congrès des maires), il n'a rien dit sur cette situation. Il n'a pas donné un signe d'encouragement. On est maire, on a besoin que le président de la Métropole s'adresse à nous", ajoute Marie-Hélène Mathieu.

Les maires espèrent-t-il un changement de ligne de Bruno Bernard ? "Je suis de nature optimiste mais j'attends de voir. Il y a l'amour, les déclarations d'amour et les preuves d'amour. Moi, pour l'instant, des preuves j'en ai pas eues", explique Marylène Millet, la maire de Saint-Genis.

Bruno Bernard nous répond

Interpellé, vilipendé, Bruno Bernard nous répond. "Il y a eu des signaux envoyés. J'ai notamment vu le conseil municipal de Champagne-au-Mont-d'Or où la maire avait répondu sur la réalité des relations qu'elle avait avec la Métropole de Lyon, c'était assez édifiant. Il y a deux choses. De la manipulation, c'est le jeu politique, voir politicien, de l'opposition à la Métropole de Lyon. Et puis, il y a une réalité, c'est que les maires se retrouvent en difficulté partout en France avec de moins en moins de marge de manoeuvre. Et en plus en ce qui concerne la Métropole de Lyon, tous les maires ne sont plus tous au conseil de la Métropole".
Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon © Antoine Merlet
Bernard poursuit : "Il y a un vraie difficulté, c'est normal de travailler avec eux et de voir comment on peut mieux les accompagner en terme de fonctionnement et d'échange entre nous, en terme de méthode aussi. Il faut qu'on regarde ce qu'on peut améliorer, peut-être notre règlement intérieur. On va venir aider en subvention les mairies pour des équipements municipaux lorsqu'il y a des augmentations de population. On va continuer à avancer. J'ai beaucoup de contacts avec les maires et ça se passe souvent très bien".

"J'ai montré des signes d'ouverture. Tous ceux qui souhaitent travailler avec la Métropole, on va le faire, et on va le faire bien"

Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon

Le président de la Métropole s'avoue surpris d'une aussi cinglante tribune, signée par trois quarts des maires des 59 communes de la collectivité qu'il dirige. "C'est toujours surprenant de voir une tribune assez violente dans des termes qui ne correspond pas du tout à ce que pensent un certain nombre de signataires pour les avoir rencontrés plusieurs fois. J'ai montré des signes d'ouverture. Tous ceux qui souhaitent travailler avec la Métropole, on va le faire, et on va le faire bien".

Bernard veut envoyer ses signes d'apaisement. Sans changer de cap. "La ligne politique de la Métropole a été désignée par les électeurs qui nous ont élu. Après, il y a des tas de choses qu'on peut faire avec les maires, travailler avec eux, mieux travailler, mais naturellement ce n'est pas l'opposition à la Métropole qui décide du PPI, c'est bien le conseil métropolitain et donc la majorité qui vote", martèle-t-il.

"Les deux collectivités sont complémentaires. Comme je n'oppose pas la Région à la Métropole. Tout le monde a un rôle, tout le monde a des compétences. Il faut se respecter. Dans les deux sens. Je n'ai jamais eu un mot, depuis que je suis élu, blessant, pour un maire. Jamais vous ne trouverez un propos public de ce type. Donc je demande aussi que le respect soit partagé et qu'on puisse travailler ensemble". Affaire - et fronde - à suivre...

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