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Comment Collomb a "débarqué" Bolliet de la mairie du 4e

@ MAXPPP

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Le maire de la Croix-Rousse annonce ce lundi son départ. Il sera désormais adjoint de Gérard Collomb, en charge des ressources humaines, à l’Hôtel de Ville où couve une crise lancinante avec les syndicats. C’est David Kimelfeld qui le remplacera comme maire d’arrondissement. Un remaniement qui semble satisfaire tout le monde.

Gérard Collomb l’avait depuis quelque temps dans le viseur. La défaite de Dominique Boliet aux cantonales lui a servi de prétexte. Il a réussi à avoir la peau de l’édile de la Croix-Rousse, le débarquant ce week-end de la mairie du 4e arrondissement. Mais l’évincé s’est vendu chèrement, décrochant un poste d’adjoint au maire en charge des ressources humaines. Et ainsi le maire de Lyon positionne-t-il un spécialiste de la question dans un domaine où la municipalité est à la peine : la gestion des agents municipaux.

"Collomb autant visé que moi"

Reprenons le fil des événements. En mars dernier, le conseiller général sortant PS perd face à l’écologiste Raymonde Poncet (47,5% contre 52,5%). Cette défaite constitue pour le maire de Lyon un déclic. Il allait pouvoir marginaliser un élu un peu trop autonome de lui, notamment sur le plan politique. En 2008, lors du congrès de Reims, Dominique Bolliet avait par exemple soutenu la motion A (Delanoé) quand Gérard Collomb, co-signataire de la motion E (avec Ségolène Royal), cherchait à bétonner toute la fédération du Rhône à sa cause. L’échec de Bolliet sert aussi de révélateur : dans cet arrondissement qui bascule sociologiquement en faveur des écologistes, le maire sortant n’est peut-être pas le meilleur candidat socialiste en 2014. Le perdant s’en défend, chiffres à l’appui : il a devancé sa challenger écolo de sept points au 1er tour des cantonales, quand PS et Europe Ecologie étaient au coude à coude au 1er tour des régionales, un an plus tôt. « Dans ce résultat, Gérard Collomb était autant visé que moi et il l’a parfaitement compris », soutient Dominique Bolliet.

kimelfeld ()

Kimelfeld pour sauver la Croix-Rousse en 2014

Il n’empêche, dans la perspective d’un 3e mandat à l’Hôtel de Ville, Gérard Collomb préfère s’appuyer sur David Kimelfield, le 1er adjoint actuel. Plus jeune et surtout plus dévoué. Il a toujours épousé ses orientations. L’élu passe pour être ambitieux, opportuniste aux dires de certains. « Il doit en être à son 5e courant en dix ans », persifle un élu de sa génération. Il a aussi un bon relationnel, quand le maire du 4e est plus un homme de dossier. Selon Philippe Prieto, adjoint d’arrondissement et secrétaire de la section PS, Dominique Bolliet « a une véritable vision de la Croix-Rousse ». Alors que Kimelfeld prône plus de proximité, convaincu que c’est par une meilleure gestion au quotidien qu’il saura garder les électeurs tentés de partir à Europe Ecologie. « Il faut passer à la démultipliée pour 2014. C’est une forme d’alternative dans la contunuité. Nous montrons que nous avons entendu le message des électeurs », commente un socialiste.

Restait à trouver le moment pour lancer l’opération. L’occasion est funeste : le décès de Guylaine Gouzou-Testud, élue aussi de la Croix-Rousse. L’écologiste était l’une des quatre conseillers de gauche du 4e envoyés au conseil municipal de Lyon. Sa disparition promeut David Kimelfeld à ce rang. Or pour devenir maire d’arrondissement, il faut nécessairement être conseiller municipal. Ainsi, il peut prendre la tête de la Croix-Rousse, ce qui aurait été impossible il y a encore quelques mois.

Dès lors, s’organise le jeu de chaises musicales. Kimelfeld à la mairie, Collomb propose à Bolliet le poste d’adjoint aux ressources humaines. Le maire de la Croix-Rousse n’entendait pas lâcher son siège si facilement. D’ailleurs, il y a quelques jours, il avait confié à nos confrères du Progrès, dans une interview, qu’il se verrait bien rempiler pour un 3e mandat, après 2014. Autant dire qu’il s’adressait plus à Gérard Collomb qu’aux lecteurs du quotidien. « Il ne voulait pas ouvrir la boite de Pandore. Il attendait d’avoir une position claire du maire de Lyon », estime David Kimelfeld. Ce n’est pas seulement une porte de sortie : Collomb a vraiment besoin d’un élu qui pilote les relations de la municipalité avec les personnels. La crise des cantinières l’a montré : les agents sont mécontents du dialogue social. Or l’adjointe en charge du dossier, Marie-Odile Fondeur, partage son temps entre son activité salariée et ses porte-feuilles au commerce, à l’artisanat, et aux ressources humaines…

Opération : réconcilier Collomb avec ses agents

De son côté Bolliet passe pour être un spécialiste des questions. Il est membre de la commission technique paritaire, membre du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, président aussi de la commission formation à l’Hôtel de Ville. Il le dit lui-même : il consacre une journée par semaine à ces questions. Depuis 2008, il bosse ces sujets pour l’Hôtel de Ville, dans l’ombre. « Il a déjà dénoué des crises avec les syndicats, comme lors des grèves dans les cantines », souffle Philippe Prieto. « C’est un enjeu politique : la collectivité doit être un employeur exemplaire », soutient l’ex-maire d’arrondissement . Et pour une municipalité de gauche, les agents de la Ville constituent les ambassadeurs naturels de la politique menée. Ce qui aujourd’hui est loin d’être le cas.

Gérard Collomb lui a précisé le deal il y a dix jours. Sans pression, semble-t-il, même si son cabinet a fortement appuyé ce scénario. Sa feuille de route d’ici à 2014 : réconcilier Collomb avec les personnels. Dominique Bolliet a revu son futur boss vendredi dernier, pour tester leur compatibilité. Car c’est un paradoxe : le maire de Lyon prend au plus près de lui un élu qu’il juge un peu trop indépendant. Pour mieux le tenir ?

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