Vincent Brady : "La culture, ce n'est pas que l'événement et la vitrine !"

Entretien avec l'acteur, auteur et metteur en scène Vincent Bady du collectif des Trois-Huit et membre du Synavi.

Lyon Capitale : Pourquoi la culture a-t-elle disparu des débats politiques ?
Vincent Bady : Les hommes politiques disent que les gens ne parlent pas de culture, que ça n'intéresse pas les électeurs, donc eux-mêmes ne vont pas en parler. C'est affligeant ! Car du coup, on laisse les rumeurs se développer : les théâtres seraient vides, richement subventionnés pour rien, alors qu'on fait le constat que pas du tout : les théâtres tournent à plein régime !

En même temps, électeurs et élus sont les premiers à se féliciter quand des équipes artistiques s'implantent dans des quartiers et attirent de nouveaux publics au théâtre, ce qu'on fait avec les Trois-Huit au Nouveau théâtre du Huitième ou ce que font Là Hors De à la Duchère.

Toute une génération d'hommes politiques nourris de culture, les Malraux, Duhamel d'un côté, les Blum et Mitterrand de l'autre n'ont pas vraiment de successeurs : au niveau national comme dans les villes, l'affirmation de la culture comme enjeu central de la vie publique, c'est terminé. Alors que les élus plus proches du terrain se rendent parfois mieux compte de cette importance.

Quel est selon vous l'enjeu culturel central de ces municipales ?
Pour moi, c'est : comment, quand on parle de politique culturelle, ne pas penser uniquement à l'événement et à la vitrine. Les Subsistances, par exemple, proposent régulièrement des événements comme des week-ends de création, mais en dehors de ces événements, ils développent toute une activité souterraine de rencontres, d'ateliers, etc. A Vaulx-en-Velin, la Nième compagnie développe un projet artistique, et des actions culturelles très importantes auprès de la population vaudaise. Pourtant, ils viennent brutalement d'être déconventionnés par l'Etat... C'est sûr, tout ce boulot de fond d'action culturelle, ça ne fait pas événement. D'ailleurs, quand on fait ce travail-là, on n'a généralement plus d'argent pour la communication... Mais les lieux de théâtre, c'est ça : des lieux de vie dans la ville, où l'on convie le public dans un rapport très vivant, vibrant et proche - tout en continuant à chercher au lointain.

Qu'attendez-vous des prochaines équipes municipales ?
Une annonce claire sur ce que sera le budget et la part accordée aux compagnies d'arts vivants.
On attend aussi que la question de l'accès à des lieux de travail soit prise en compte avec vigueur. Dans ce domaine, l'équipe actuelle a apporté quelques solutions mais on est encore loin de ce qu'il faudrait.
Enfin, on souhaite que les élus arrivent à construire une politique culturelle concertée à l'échelle du Grand Lyon, notamment sur cette question des lieux de travail et de diffusion.

Vous dénoncez le désengagement de l'Etat, qu'en est-il en Rhône-Alpes ?
Cela se traduit par un million d'euros en moins. La Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes a annoncé que les aides directes aux compagnies ne seraient pas touchées. Mais quand les lieux de diffusion sont touchés, cela se répercute forcément sur leurs marges artistiques, et donc les compagnies qu'ils accueillent. Plus grave, les actions de politique de la ville sur lesquelles les compagnies travaillent beaucoup dans les quartiers "sensibles" accusent une baisse de crédits de 50% !

Peut-on parler d'un véritable "massacre" comme le dénoncent certains ?
Oui, on peut parler de massacre quand on voit l'impact de ces mesures sur l'emploi. Les chiffres de l'Assedic montrent qu'en Rhône-Alpes, près de 15% des personnes sont sorties du système de l'intermittence, soit 500 à 700 personnes dans la région, qui sont maintenant RMistes, vivent de petits boulots ou essaient de se reconvertir. Les compagnies sacrifient également de plus en plus les emplois administratifs, qu'elles n'ont plus les moyens de payer.

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