L'écriture est en fait assez proche d'une écriture cinématographique. Je me suis dit "je vais me planter si moi, ou quelqu'un d'autre, en fait un film". Mais au théâtre, dans un lieu unique, avec quatre acteurs seulement, je trouve que ça prend toute sa force...
Et puis j'avais très envie d'assurer la mise en scène ! Dans un roman, j'aime bien poser des dialogues un peu vifs, et après, développer le sous-texte dans l'écriture. Et là, je voulais voir si, avec seulement des répliques, j'arrivais à faire entendre tout ce sous-texte, par le jeu des actrices, leurs déplacements dans l'espace, et tous ces outils dont on dispose au théâtre : lumières, bande-son, décors...
Pourquoi avez-vous confié les rôles des trois sœurs à Elodie Bouchez, Aure Atika et Nathalie Beyer ?
Pour le rôle de Sibille, j'avais envie qu'on voit qu'une petite fille peut avoir du courage sans être un garçon manqué. Je me disais que si je trouvais une actrice un peu plus brute, comme moi je le suis, ce serait moins fort qu'une fille comme Elodie Bouchez qui est très gracieuse, très féminine !
Je trouve qu'Aure Atika a une très grande force et qu'elle est extrêmement précise. On sent qu'il est difficile de la faire changer d'avis quand elle est sûre de quelque chose et c'est un sentiment que j'avais dessiné dans le personnage de la sœur aînée, Corinne. Quant à Nathalie Beyer, c'est une actrice que je connais maintenant depuis quinze ans et que j'adore ; je trouve que c'est une injustice de la vie qu'on ne l'ait pas beaucoup vu.
Gamines est une pièce sur l'enfance ; idéalisez-vous cette période ?
L'enfance n'est pas toujours très drôle ; c'est un âge qui offre très peu de liberté. Cet état ne m'a pas forcément plu, pour cette raison-là. Pas pour l'absence de père. Ça ne m'a pas posé de problème jusqu'au jour où une institutrice m'a demandé de remplir une fiche avec "profession du père". Quand je n'ai rien mis, elle m'a regardé comme si j'étais un cas social...
Que vous a apporté cette expérience de mise en scène ?
Quatre kilos de moins, ce qui fait de moi une fille pas trop épaisse en ce moment ! Et une vraie torture le jour de la première ! Pourtant, je me suis amusée comme une dingue car j'avais tous les ingrédients en main pour essayer de raconter une histoire, et je la voyais naître chaque jour sous mes yeux, c'est un miracle !
Gamines, de et mis en scène par Sylvie Testud. Du 20 au 31 mars au théâtre de la Croix-Rousse, Lyon 4e.
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