Michel Belletante © Guy Carlier

Rentrée culturelle : Théâtre de Vienne, la saison des adieux

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le (ou la) successeur de Michel Belletante à la direction du théâtre François-Ponsard à Vienne n’est pas encore connu. De toute façon, c’est bien Michel Belletante qui a intégralement bâti cette ultime et dixième saison. Il partira en retraite fin décembre.

On imagine qu’elle sera active, compte tenu de l’énergie, de l’amour du théâtre et de la musique, dont a toujours témoigné cet artiste apprécié par quasiment tous les spectateurs viennois.

Durant cette dernière décennie, il a su donner à la bonbonnière viennoise, dont on peut dire qu’elle ronronnait quelque peu, un nouvel élan. “Ma plus grande satisfaction est d’avoir su faire du théâtre François-Ponsard un lieu chaleureux”, affirme-t-il. Souhaitons qu’il continue de l’être !


Cette ultime saison sera dense même si, contexte budgétaire oblige, elle propose un peu moins de spectacles que lors des précédentes. Il y aura tout de même 31 spectacles et 47 levers de rideaux. Et, bien sûr, on retrouvera le futur ex-patron des lieux dans sa fonction favorite, celle de metteur en scène. Fidèle à sa démarche qui consiste à se plonger dans l’œuvre de grands auteurs, il se tournera de nouveau vers Albert Camus, dont il avait mis en scène La Chute la saison dernière. Cette fois, ce sera

L’Homme foudroyé qu’il adaptera (du 15 au 18 décembre). Avec un spectacle de plus de quatre heures durant lesquelles les spectateurs revisiteront l’œuvre de l’écrivain, notamment lors d’une incursion dans un café d’Alger, reconstitué, où l’on servira un couscous, tout en se plongeant dans l’enfance solaire de Camus.

Paul Savatier dans Monsieur Motobécane © Lucien Soyere

Autres temps forts, Monsieur Motobécane, un monologue inspiré du texte de l’auteur et comédien Paul Savatier ; porté par l’interprétation exceptionnelle, tout en nuances, de Bernard Crombey. On est confronté à un homme simple, un peu naïf qui est accusé d’avoir entretenu une relation déplacée avec une petite fille. Avec une sincérité désarmante, il prend la parole pour se défendre. Le doute s’installe : incompréhension tragique ou véritable aveuglement ?

Citons aussi Ubu Président (le 19 novembre). Un siècle plus tard, Mohamed Kacimi propose une version moderne, quasi contemporaine, de l’œuvre majeure d’Alfred Jarry, Ubu Roi. Mais attention, Ubu n’est plus roi, il est président ! Ubu ne conquiert plus son trône par la force, mais avec un mandat obtenu par les urnes, les discours et la manipulation. Il passe du trône au plateau télé. Il est le produit d’un système politique contemporain, nourri par la démagogie, les médias et la fascination pour les figures outrancières. Une vision à 180°, c’est justement ce que revendique l’ensemble de cette dernière saison de Michel Belletante.

www.theatre-francois-ponsard.fr

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