Carré 30 + JY Henry
Jacques-Yves Henry

“Merci, M. Képénékian, mais c’était pas pour manger !”

Indigné par la somme (1 000 euros) que la mairie de Lyon lui a accordée début janvier en réponse à sa demande de subvention, l’administrateur du théâtre Le Carré 30, Jacques-Yves Henry, a écrit une lettre ouverte à Georges Képénékian, l’adjoint à la culture de Gérard Collomb. Nous publions ci-dessous cette lettre.

“Merci, Monsieur Képénékian, mais c’était pas pour manger !

Soyez remercié tout de même pour l’obole que votre délégation vient de faire au Carré 30. Mais nous ne tendions pas une sébile… Nous demandions une subvention, non pas parce que nous sommes en danger, comme tant d’autres structures, à tort ou à raison le proclamant, mais parce que nous avons l’objectif de créer dans notre structure des emplois pérennes (et sommes en train de le faire d’ailleurs), parce que nous entendons continuer (comme vous nous y invitez d’ailleurs si gentiment) à créer avec l’objectif ambitieux de donner leur chance à des talents nouveaux et multiples. La seule lecture de notre programme suffit à en persuader le plus grand nombre : 25 spectacles dont 12 d’auteurs émergents, 11 jeunes troupes lyonnaises, etc.

Le Carré 30, dont le budget est égal voire supérieur à celui d’autres structures semblables à la nôtre, se réjouit bien sûr du geste qu’à travers vous la Mairie de Lyon vient de faire, un geste égal à celui qu’elle fait pour l’amicale bouliste du …e arrondissement, les Amis de la rose du …e ou le cercle des amis de la rue tartempion dans le …e.

Mais non, ces 1 000 euros ne suffiront pas à nous persuader que votre délégation – et à travers elle encore une fois la Mairie de Lyon – reconnaît à sa juste valeur le travail qu’une association au conseil d’administration non rémunéré, au directeur bénévole accomplit au sein d’un paysage culturel dont la richesse s’amenuise chaque année au profit de fêtes “populaires” qui ressemblent de plus en plus à celles que donnaient les rois…

Sans doute ces manifestations favorisent-elles l’économie du tourisme, mais est-il difficile d’imaginer qu’avant ou après une visite en nos murs certains spectateurs rendent aussi visite aux bars, aux restaurants proches ou éloignés de notre quartier ?

Je l’ai souvent écrit et plus souvent dit, une aide substantielle permet aussi à ceux qui en bénéficient de se voir reconnaître une place légitime dans les médias.

Ce que nous demandons, c’est aussi un fonctionnement plus clair et surtout débarrassé d’idéologie et de copinage.

Comment peut-on autoriser un lieu à offrir des places à 0 euro alors qu’il est subventionné, si ce n’est au nom de je ne sais quelle surannée politique dont tous les exemples n’ont jamais connu, sinon des échecs, du moins de coûteux demi-succès ? Comment, au nom de je ne sais quelle politique de “coordination entre les différentes tranches d’administrations” établir une liste de “bons et mauvais sujets” ?

Peut-on s’attendre à une révision profonde de cette politique et, si oui, se fera-t-elle dans la clarté totale que sont en droit d’attendre non seulement les lieux culturels eux-mêmes, mais aussi les citoyens responsables de cette ville que sont aussi les membres actifs de ces lieux, les artistes qui y vivent et y votent ?

Sans doute ceux qui s’accommodent de cette situation parce qu’elle leur est plus ou moins favorable nous traiteront d’aigris, sans doute penseront-ils que ce n’est pas “fair” de vous écrire une telle lettre en cette période, mais c’est parce que plus que tout(s) autre(s) nous avons la foi en nos moyens même si par la modicité de la somme que vous nous attribuez ces moyens se trouvent réduits.

Ce n’est donc pas une lettre de “chantage” que je signe, mais plutôt, au seuil d’une nouvelle mandature, un appel à celui ou à celle qui sera en charge de votre délégation, à reconsidérer plus justement l’importance d’une “vraie” subvention.

Bien à vous,

Jacques-Yves Henry, administrateur bénévole du Carré 30”

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