Cécile Coulon réussit une fois encore à mêler l’horreur à la beauté dans ce récit étrange et captivant.
“Il avait sept ans et son visage était pourri. À la place du nez, autrefois aussi joli que celui d’une fillette, deux trous sanguinolents, craquelés, à travers lesquels l’air passait comme une urgence, séparaient des joues ravagées par des plaques rouges et noires, criblées d’énormes et profondes stries qui griffaient ce reste de figure. Le front, d’où surgissaient des bubons comme des cornes rondes, semblait sur le point d’aplatir les yeux, mangés par des paupières flasques et épaisses.”
Dès les premières lignes du dernier roman de Cécile Coulon, Le Visage de la nuit, le ton est donné. On retrouve l’écriture si particulière, saisissante, qui caractérisait Une Bête au Paradis, prix littéraire du Monde en 2019, et nombre de ses ouvrages.
Avec ce nouvel opus, elle nous emmène dans un univers de conte rural et fantastique. Tout se déroule dans un village dont le nom se révélera approprié, le Fond du Puits.
Là, protégé par un curé, une femme aveugle et un instituteur dévoué, grandit un enfant à la face si monstrueuse qu’il doit être isolé des autres – rares – habitants du lieu.
Tandis qu’à quelques encablures de la crypte où il se terre, un autre enfant doit aussi demeurer caché. Pour la raison inverse : il a une figure si belle, si harmonieuse et si fascinante qu’il ne peut que perturber les rustres des environs. Seuls sa sœur et ses parents le côtoient.
On se doute bien que le monstre et l’éphèbe finiront par échapper aux personnes chargées de les surveiller. Et par se rencontrer.
Ce qui suivra après leur rencontre nocturne est en revanche absolument impossible à prévoir. Et il n’est pas question de vous le révéler ici.
Le Visage de la nuit – Cécile Coulon, éditions L’Iconoclaste, 286 p., 21,90 €.