Analepse © Frédéric Denis

Exposition : LOCO(S) aller simple, une superbe exposition de photos sonores

La compagnie L’Ouïe de l’œil crée une exposition inédite qui mixe photo, texte et musique, inspirée par l’ancien technicentre SNCF situé à La Mulatière, véritable patrimoine industriel du XIXe siècle. À ne pas manquer !

Constituée de trois artistes – Frédéric Denis (photographe), Jean-Christophe Vermot-Gauchy (comédien, auteur) et Jean-Michel Pirollet (musicien, compositeur) –, la compagnie lyonnaise L’Ouïe de l’œil élabore des projets qui vont à la découverte de lieux désaffectés avec une histoire forte pour exprimer, en mêlant photo, musique et texte, les sensations éprouvées lors d’une immersion dans leurs espaces. 

Après Servante(s) et Dé(s)construction(s), ils proposent LOCO(S) aller simple, une exposition de photos sonores suite à une traversée dans l’ancien technicentre SNCF situé à La Mulatière, véritable patrimoine industriel du XIXe siècle, et ce avant qu’il ne devienne Les Grandes Locos accueillant les Biennales (danse et art contemporain) ou les Nuits sonores. 

Cependant, l’idée n’est pas de retracer son histoire mais de créer un objet artistique singulier conçu à partir de photos, qui éprouve la créativité de chacun et embarque le public dans des univers multiples et inconnus. 

Si les trois artistes ont déambulé ensemble, accompagnés de l’ingénieur sur place, ils ont travaillé séparément, sans se concerter, imaginant pour chaque photo et sans jamais l’illustrer des musiques et des textes enregistrés par quatre comédiens et comédiennes.

Verrouiller © Frédéric Denis

Et le résultat est d’une grande qualité ! La conjonction des pratiques est bluffante avec des télescopages d’histoires où le fantasme se mêle au réel, empreintes de la mémoire du technicentre. 

Les textes sont beaux, percutants et d’une poésie viscérale, qui semblent, par moments, couler dans les matières et les éléments photographiés ; les photos révèlent la complexité et l’architecture des différents lieux qui les rendent propices à d’infinies divagations tandis que la musique puise, selon les ambiances, dans l’électro et le rap, le saxophone, la guitare électrique ou le violoncelle et s’empare avec ardeur des espaces photographiques offerts. Le tout est d’une incroyable théâtralité dominée par le mouvement, la rêverie et l’imaginaire. La forme de cette exposition est originale car le visiteur, doté d’un casque (ou d’écouteurs), y accède en scannant devant chaque photo un QR code et plonge ainsi dans des voyages qui décuplent son champ de visions et d’émotions.

Une expérience émotionnelle !

Pour les artistes, LOCO(S) aller simple a permis une expérience émotionnelle dès leur entrée sur le site : “Ce qui m’impressionnait dans ce lieu, nous dit Frédéric Denis, ce sont les volumes, le volume du vide visuel, du vide sonore. C’était comme rentrer dans une pièce sombre alors que ce n’était pas le manque de lumière qui empêchait de voir mais ces espaces immenses où mon regard ne savait plus où se poser. À force d’observer, il s’est affûté, avec des allers-retours sur des lignes, des vides, des contrastes, des éléments qui par la suite ont permis la composition des images.” “Moi, j’ai eu l’impression de rentrer dans une cathédrale, ajoute Jean-Michel Pirollet, c’était le même effet, avec tous ces frissons, cette possibilité aussi d’imaginer tout ce qui a dû s’y passer et j’ai pu saisir beaucoup de sons.” 

Jean-Christophe Vermot-Gauchy a ressenti une régression vers l’enfance : “J’ai éprouvé des sensations étranges, des souvenirs d’enfance toujours présents qui sont remontés, une sorte de régression, ce sont des lieux hantés et je me suis laissé envahir. Mes textes ne racontent pas l’histoire du lieu mais laissent l’imprévu vagabonder à partir de ces lieux. Je suis resté très en relation avec l’image, ses cadrages, la manière dont Frédéric a insisté sur un détail car son travail est remarquable !” 

À noter qu’ici le trio a collaboré pour la première fois avec d’autres artistes : les musiciens et musiciennes Christophe Langlade, Thierry Pilat et Véronique Iteprat ainsi que les interprètes Irina Lytiak, Valérie Layani, Nathalie Sothier et Anthony Liébault.

LOCO(S) aller simple - Compagnie L’Ouïe de l’œil – Jusqu’au 15 avril au théâtre de la Petite Rue, Villeurbanne – lapetiterue.com

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