Littérature : "La Nuit au cœur", au-delà de l’horreur, la beauté et la force d’un livre

Nathacha Appanah a obtenu le prix Femina et le prix Goncourt des lycéens avec son roman, La Nuit au cœur. Un prix presque logique tant son livre est réussi et tant s’y exprime une vibrante sororité. Mais aussi le tragique et l’horreur absolue de deux féminicides et d’une tentative de féminicide.

La “tentative”, c’est celle à laquelle Nathacha Appanah elle-même eut la chance d’échapper, in extremis. Âgée d’une vingtaine d’années, elle vit alors en couple, sur son île Maurice natale, avec un intellectuel et poète de plus de trente ans son aîné. Schéma hélas presque “classique”, l’homme fascinant des débuts se révèle être un tyran domestique, un prédateur ignoble prêt à tuer sa proie quand elle le fuit. Au volant de sa voiture, celui qu’elle refuse de nommer, se contentant de l’appeler par ses initiales, H.C., la poursuit, prêt à lui rouler sur le corps. Par miracle, elle parvient à se réfugier chez ses parents.

Cette histoire qui lui appartient, elle l’entrelace, la confond, la compare à deux autres. Celle d’Emma, sa cousine, volontairement écrasée par son mari, chauffeur de profession. Et celle de Chahinez Daoud, abattue puis brûlée vive par son époux, maçon, en 2021, après une ultime et vaine tentative de fuite. De ces trois histoires qui glacent le sang, de ces trois femmes qui courent et s’enfoncent dans la nuit, Nathacha Appanah tire un triple récit d’une beauté sombre où s’exprime l’horreur de ce que l’on nommait autrefois, bien à tort, des “crimes passionnels”. Mais aussi une réflexion profonde sur la violence de certains hommes qui n’ont pas réussi, probablement parce qu’ils n’ont jamais essayé, à se défaire de leur culture patriarcale.

La Nuit au cœur – Nathacha Appanah, éditions Gallimard, 288 p., 21 €.

Nos autres critiques littéraires

Laisser un commentaire

réseaux sociaux
X Facebook youtube Linkedin Instagram Tiktok
d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut