David Dalmasso a perdu sa jambe gauche le 9 octobre 2000. Il sort « Se relever », un livre où il se confie sr ses combats, ses échecs, mais aussi ses plus belles victoires @RB

"Se relever" : ce champion Llyonnais raconte son histoire, celle d'un homme qui ne s'est jamais résigné

Le 9 octobre 2000, David Dalmasso a perdu sa jambe gauche, percuté par une voiture. Il vient de publier "Se relever", un livre biographique où il raconte ses combats, ses échecs, mais surtout son envie de ne jamais lâcher.

"Il y a une étoile au-dessus de ma tête." Ce sont ces mots qui introduisent le livre "Se relever" de David Dalmasso, paru ce 5 avril. Une phrase qui peut paraître paradoxale à la vue du parcours semé d'embûches de ce natif de Saint-Genis-les-Ollières. Le 9 octobre 2000, alors qu'il travaille comme éboueur dans les rues de Craponne, une voiture le percute de plein fouet. David perdra sa jambe gauche, les médecins hésiteront à lui amputer sa jambe droite. Quelques années plus tard, il deviendra champion du monde de tennis handisport, puis créera son entreprise, PH Evolution, dédiée au conseil et à l'accompagnement des personnes en situation de handicap dans leur maintien à l'emploi.

Vêtu d'un polo jaune et d'un jean bleu, le quinquagénaire, résidant maintenant à l'Isle d'Abeau et que nous avons rencontré sur le parvis de la basilique de Fourvière à Lyon, toujours souriant, ne laisse pas percevoir ce chemin tortueux.

Vous nous avez donné rendez-vous à la Basilique de Fourvière, qu'est-ce que représente ce lieu pour vous ?

On est ici à Fourvière, un lieu qui a une vraie résonance pour moi. La religion a toujours eu une place importante dans ma vie. J’ai grandi dans une famille très croyante. Mon père nous a transmis des valeurs religieuses fortes. J’ai été enfant de chœur, j'allais au catéchisme, et à la messe tous les dimanches. Quand l'accident a eu lieu, mon père est venu ici l'après-midi même, forcément c'est symbolique.

Vous expliquez avoir fait une sorte de "pacte avec Dieu"...

Quand j'étais plus jeune, je gagnais beaucoup d'argent. Mais comme je faisais beaucoup la fête, j'étais à zéro, des fois dans le négatif à la fin du mois. Tous les soirs je priais pour que Dieu me trouve une solution. Quand j'ai eu l'accident, je me suis dit que j'avais donné ma jambe en échange d'une vie heureuse. C'est pour cela que je ne lui en ai pas voulu après.

Parce qu'au moment de l'accident, vous vous demandez 'pourquoi moi', comme vous l'expliquez dans le livre...

Exactement. Sur le moment, je n'ai pas compris pourquoi c'est tombé sur moi, et je m'en suis pris à Dieu. Pendant la demi-heure qui a suivi l'accident, je criais au sol 'pourquoi moi, pourquoi moi'. J'ai toujours fait mes prières, j'ai toujours fait ce qu'il fallait, donc je ne comprenais pas.

Est-ce que vous avez encore des souvenirs de ce choc ? Qu'est-ce que vous ressentez à ce moment-là ?

Des souvenirs, j'en aurais toute ma vie. Ce qui est le plus paradoxal, c'est que je me rappelle du bruit, la voiture qui frappe l'arrière du camion. Ce son, je n'arrive pas à me l'enlever. Très souvent, pendant une quinzaine d'années, tous les 9 octobre à 7h05 du matin, (l'heure de l'accident Ndlr), j'ai eu des douleurs neurologiques importantes. 
Maintenant, j'ai un rituel. Le 9 octobre je reste chez moi. C'est une journée qui m'a traumatisée.

Lorsque vous prenez conscience de votre nouvelle condition, quel a été l'élément déclencheur pour remonter la pente ?

Ma famille a été primordiale dans ce moment. Mes parents, mes sœurs et mes cousins ont été présents. Ils faisaient des recherches sur les prothèses qui existaient, et surtout ils me rassuraient. 
Après j'ai eu la chance de connaître ma femme (David Dalmasso a divorcé depuis Ndlr). On s'est mariés rapidement, on a eu une fille, puis une deuxième. J'avais des objectifs dans la vie, donc j'oubliais un peu le handicap.

Pour arriver à complètement se relever, vous avez dû passer par plusieurs étapes...

Pendant sept ans, je ne voulais pas entendre parler de personnes handicapées. 
J'avais la chance de pouvoir remarcher. Donc si je pouvais remarcher, je n'étais pas handicapé. Pour moi, une personne handicapée, c'était une personne qui était en fauteuil roulant, puis j'ai appris que ce n'était pas que ça. Ensuite le tennis est revenu dans ma vie, c'est un sport que j'avais pratiqué pendant mon enfance. Lors d'un match de tennis que jouait ma femme, j'ai rencontré Pierre Marti qui m'a fait commencer le tennis handisport. Au début, je ne voulais pas en entendre parler mais je me suis laissé convaincre, et j'ai gravi les échelons.

En 2014, vous devenez champion du monde de tennis par équipe. Est-ce qu'à ce moment, vous avez l'impression de vous être relevé ?

Complètement. Je me suis dit qu'il n'y avait rien de plus grand, c'était le Graal. Quand Stéphane Houdet marque la balle de match, je crie pendant au moins 15 secondes tellement je suis heureux. Quand vient la Marseillaise, je me rappelle avoir eu la larme à l'œil.

Puis arrive ce livre cette année, comment l'idée est arrivée sur le tapis ?

Il y a dix ans, j'ai remporté un tournoi à Lyon, et un article est paru sur moi, qui m'a touché. J'ai donc appelé le journal pour remercier son autrice. C'est à ce moment-là qu'elle m'a soumis l'idée de faire une biographie. Mais j'étais dévoué au développement de mon entreprise. Dans les interventions que je réalise, beaucoup de personnes m'ont demandé de parler de mon histoire, ça a été le déclic. J'ai commencé à travailler sur ce livre en juin.

Le titre du livre, ce n'est pas celui que vous aviez proposé au départ ?

Non, je voulais l'appeler "La force de la résilience". Au moment de l'édition je vois qu'il s'appelle "Se relever" (rires). L'éditeur m'a expliqué que le terme résilience revient beaucoup dans des livres similaires. Et puis "se relever", ça a du sens. Je suis amputé d'une jambe, donc le titre me convient, il a été plutôt bien trouvé.

Comment s'est passée l'écriture de ce livre, avez-vous été aidé ?

J'ai travaillé avec Bruna, des éditions Jikji. A la manière d'une interview, j'ai raconté mon parcours, puis écrit, et c'est elle qui l'a mis en forme. Le livre fait 200 pages, mais j'ai fait le choix de ne pas en mettre plus, pour ne pas faire trop de répétitions.

Est-ce que l'exercice vous a plu, qu'est-ce qui a été le plus dur à raconter ?

Sans hésiter, le plus difficile, c'est de raconter l'accident. Quand je le raconte dans mes interventions, c'est très rapide, j'explique rapidement et puis je passe à autre chose. Dans le livre, je voulais quand même qu'il y ait tous les détails. J'ai versé une larme. C'était tellement d'émotions que je n'ai plus relu le passage du livre. Ma fille aussi a pleuré. Elle n'était pas née quand j'ai eu mon accident, je ne lui avais pas raconté tous les détails.

Qu'est-ce que vous ressentez maintenant que le livre est sorti ?

De la fierté, ça m'a fait du bien d'en parler. Je ne pensais pas arriver à ce résultat. Bruna a tourné les choses de sorte à ce que le passage de mon accident et celui de mon enfance s'entremêlent. Au final, je trouve que c'est réussi parce que j'ai une vie chaotique avec mon accident, mais le reste est assez ordinaire. J'ai trouvé l'exercice intéressant.

Est-ce que vous envisagez d'écrire à nouveau ?

Aujourd'hui, si je dois refaire un livre, j'aimerais qu'il porte sur l'importance des choix dans une vie. Je veux que les gens comprennent que l'on a toujours le choix, de son métier par exemple. Après, je ne ferai pas cinquante livres, c'est certain.

Si vous deviez donner un conseil à quelqu'un qui a baissé les bras, lequel choisiriez-vous ?

Il faut faire preuve de force, patience, et de combativité. Il est nécessaire que tous ces points soient alignés pour pouvoir avancer tranquillement. Pour changer de vie, il faut aussi changer d'environnement. Il y a toujours une possibilité au bout du tunnel.

Lire aussi : "Le sport est un droit" : la Métropole de Lyon tente de promouvoir le handisport

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