Le siège social de du groupe Casino à Saint-Etienne

Casino sous pression : le fleuron stéphanois joue son avenir face à ses créanciers

Le groupe Casino doit trancher entre deux propositions de restructuration financière. Sept mois de négociations aboutissent à deux scénarios opposés. Un dossier à 1,4 milliard d'euros.

Sept mois de bras de fer entrent dans leur phase décisive. Lundi 6 juillet, le groupe Casino a publié un point d'étape sur les négociations engagées depuis novembre 2025 pour restructurer sa dette. Le distributeur stéphanois, propriétaire des enseignes Casino, Monoprix, Franprix, Naturalia, Spar, Vival et Cdiscount, confirme avoir reçu le 30 juin dernier deux propositions fermes. Chacune, prévient le groupe, serait « massivement dilutive » pour les actionnaires actuels.

Le contexte est simple : Casino doit rembourser 1,4 milliard d'euros à ses prêteurs en mars 2027. Une échéance qu'il ne pourra pas honorer sans aide. La restructuration en cours vise à effacer une partie de cette dette et à sécuriser la trésorerie du groupe. Deux voies s'affrontent, et elles reflètent une lutte de pouvoir entre l'actionnaire et les prêteurs.

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Deux scénarios opposés

D'un côté, la proposition de France Retail Holdings (FRH), codétenue par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky et le groupe français Fimalac de Marc Ladreit de Lacharrière, l'actionnaire majoritaire de Casino depuis 2024. FRH prévoit de convertir 610 millions d'euros de dette en actions Casino, et d'injecter 495 millions d'euros d'argent frais. Dans ce scénario, FRH conserverait le contrôle du groupe avec environ 66,8 % du capital. Les prêteurs obtiendraient 24,5 %. Les actionnaires actuels, eux, seraient réduits à moins de 0,1 %.

De l'autre côté, la proposition des principaux prêteurs de Casino. Ces créanciers, regroupés au sein du comité de pilotage « SteerCo TLB », détiennent l'essentiel de la dette du groupe. Ils proposent une conversion massive : transformer 1 360 millions d'euros de dette en actions Casino, et injecter 400 millions supplémentaires. Dans ce scénario, ils deviendraient les nouveaux maîtres du groupe avec près de 99,9 % du capital. FRH serait alors quasiment évincée.

Un point d'accord : les banques

Malgré ces divergences, un point de consensus se dessine avec les banques partenaires. Le groupe indique que leurs comités de crédit respectifs ont donné leur accord de principe sur trois piliers : un nouveau crédit renouvelable de 601 millions d'euros, le maintien de 740 millions de financements dits « opérationnels », qui servent au fonctionnement quotidien du groupe, et une ligne de garantie de 175 millions d'euros. Ces montants doivent donner de l'air à Casino pendant la finalisation de la restructuration.

Cet accord bancaire reste toutefois conditionné à plusieurs éléments. Il faudra notamment que FRH demeure l'actionnaire de contrôle, et que les créanciers TLB donnent leur accord à la majorité des deux tiers. Autrement dit : si le scénario du SteerCo TLB l'emporte au détriment de FRH, l'équilibre bancaire pourrait être remis en cause.

Saint-Étienne, enjeu politique et symbolique

Pour la Loire, un point mérite une attention particulière. La proposition de FRH contient un engagement explicite : celui de « conserver le siège social de Saint-Étienne ». Le SteerCo TLB, de son côté, indique n'avoir « pas l'intention de changer le lieu du siège social ». Cette convergence apparente cache une réalité : la solidité de l'engagement dépendra du scénario retenu.

Casino, fondé en 1898 par Geoffroy Guichard à Saint-Étienne, reste l'un des employeurs historiques de la ville et un symbole de son identité industrielle. Le groupe emploie plusieurs milliers de salariés dans le bassin ligérien, entre le siège social et les fonctions support, un ancrage territorial d'ailleurs réaffirmé par l'ouverture d'un nouveau centre de formation stéphanois. À l'échelle nationale, il compte environ 197 000 collaborateurs, dont une part significative dans les enseignes de proximité et de centre-ville.

Casino réunira ses instances de gouvernance à brève échéance pour trancher entre les deux propositions. La modification du plan de sauvegarde sera ensuite soumise au vote des créanciers concernés, puis au Tribunal des affaires économiques de Paris.

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