Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, s’est déplace à Lyon samedi dernier. (Photo by PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Policiers agressés à Lyon, Darmanin crée la polémique en annonçant l’expulsion d’un suspect mis hors de cause

Depuis l’agression de deux policiers à la Guillotière le 20 juillet, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, n’hésite pas à communiquer sur l’affaire via les réseaux sociaux. Jusqu’à créer la polémique dimanche, en annonçant l’arrestation et l’expulsion d’un suspect étranger, finalement mis hors de cause. 

Un peu moins d’une semaine après l’agression de trois policiers, qui avait laissé deux agents blessés, le quartier de la Guillotière continue d’animer les débats. Alors que l’enquête se poursuit pour interpeller les auteurs de coups et jets de projectiles qui avaient visé ces policiers mercredi 20 juillet devant le Casino de la place Gabriel Péri alors qu’ils tentaient d’interpeller un voleur, le ministre de l’Intérieur a créé la polémique dimanche.

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Dans un tweet publié dans la matinée, Gérald Darmanin annonçait que "suite à l’inacceptable attaque contre les policiers de Lyon, des opérations de police ont lieu. Un des délinquants est étranger, il a été interpellé. Sur mon instruction, il a été placé en rétention et sera expulsé". Et le premier flic de France de poursuivre, "Les délinquants étrangers n’ont pas leur place en France". 

Un suspect arrêté, mis hors de cause, mais expulsé

Un tweet pour le moins prématuré, alors que quelques heures plus tard le parquet de Lyon révélait à l’AFP que "la personne placée en garde à vue hier (samedi) dans le cadre de l’enquête ouverte à Lyon du chef de violences à l’encontre de policiers place Gabriel-Peri le 20 juillet au soir, a été libérée ce jour (dimanche)". "Il s’avère en effet qu’elle a été totalement mise hors de cause dans le cadre des investigations menées. L’enquête se poursuit activement pour identifier, localiser et interpeller les auteurs des faits", précise le parquet. 

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Une avancée judiciaire qui n’a toutefois pas changé l’avenir à court terme du jeune de 26 ans arrêté et qui devrait tout de même être expulsé. Selon Le Progrès il se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français. Le tweet du ministre et cette information de l’AFP n’ont alors pas tardé à être mis en relation, donnant naissance à un début de polémique autour de l’expulsion du suspect, mis hors de cause, annoncée par Gérald Darmanin.

La controverse a encore pris de l’ampleur lorsque le ministre de l’Intérieur a posté un second tweet où il estimait qu’"En lien avec les événements ou non, connu pour de nombreuses mises en cause : vol, violences, menace de mort sur personne dépositaire de l’autorité publique, détention de drogues, violences en réunion... cet individu n’a rien à faire dans notre pays qui est généreux si on le respecte". 

Les élus écologistes montent au créneau

De quoi donner de l’eau au moulin de ses opposants politiques, à l’instar du maire écologiste de Grenoble Eric Piolle, qui a réagi à son tour sur Twitter en accusant Gérald Darmanin de "drague(r) ouvertement l’extrême-droite en reprenant ses mots et ses idées" et de "passe(r) outre l’État de de droit en prévoyant d’expulser un « délinquant étranger » sans attendre le résultat des investigations". "Encore un symbole d’une dérive consternante et inquiétante", a-t-il dénoncé.  Avant de plus tard demander à la Première ministre, Élisabeth Borne, présente à Lyon vendredi, de recadrer son ministre de l'Intérieur.

Un sentiment partagé par l’euro-députée EELV Karima Delli qui a demandé des excuses au ministre, tout en l’accusant de "courir après l’extrême-droite !". Dans le Rhône, le député écologiste de la 2e circonscription Hubert Julien-Laferrière, a lui aussi pointé du doigt Gérald Darmanin. "J’ai connu un Gérald Darmanin plus regardant sur la présomption d’innocence sur d’autres affaires", a-t-il déclaré sur BFMTV. Avant de poursuivre en déclarant : "Il faut d’abord donner à la police et à la justice les moyens de travailler". Le ministre a également été épinglé par l’ex-candidat Reconquête aux législatives dans la 14e circonscription, Bruno Attal. Celui qui est aussi policier s’interroge dans un tweet : "Quand un #policier commet la moindre erreur il est sanctionné, pas vous ? #DarmaninDemission".

Pour l’heure, le maire de Lyon, Grégory Doucet, ou son adjoint à la sécurité, Mohamed Chihi, ne se sont pas exprimés sur le sujet, mais la polémique ne désenfle pas sur les réseaux sociaux où les appels à la démission de Gérald Darmanin sont nombreux ce lundi.

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