Pancarte en hommage à Quentin Deranque aperçue à Lyon. (@Guillaume Lamy)

Mort de Quentin Deranque à Lyon : ce que révèlent les auditions sur les heures qui ont suivi la rixe mortelle

Six mois après les faits, les auditions des militants d'ultradroite et d'ultragauche, consultées par Le Monde, permettent de reconstituer avec précision les heures qui ont suivi la rixe du 12 février à Lyon. Elles racontent l'errance de Quentin Deranque après les coups reçus, jusqu'à sa prise en charge par les secours.

Six mois après les faits, les nombreux témoignages recueillis par les enquêteurs et rapportés par nos confrères du Monde permettent de reconstituer les heures qui ont suivi la rixe du 12 février, au cours de laquelle Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans, a été grièvement blessé avant de décéder deux jours plus tard.

Le jeune homme participe ce soir-là au dispositif chargé d'assurer la sécurité des militantes du collectif Némésis, venues organiser une action contre une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Après un premier face-à-face durant lequel les militantes du collectif sont bousculées, une violente bagarre éclate entre une quinzaine de militants d'ultradroite et un groupe d'ultragauche.

"Il fermait les yeux petit à petit"

Au cours de l'affrontement, Quentin Deranque est isolé puis roué de coups alors qu'il est au sol. "Ils l'ont massacré au sol", rapporte un témoin aux enquêteurs dans des propos relayés par Le Monde. Des riverains le mettent en position latérale de sécurité avant qu'il ne parvienne à se relever, très affaibli.

Son ami Matt B. le retrouve quelques instants plus tard. Tous deux quittent les lieux à pied plutôt que d'appeler immédiatement les secours. "J'ai aidé Quentin à marcher, et même à le porter dans mes bras", raconte-t-il aux enquêteurs. Au fil du trajet, l'état du jeune homme se dégrade. "Il fermait les yeux petit à petit, il grimaçait, comme pris de douleur. J'essayais de parler pour le maintenir éveillé", explique-t-il.

Les deux hommes croisent ensuite plusieurs membres de leur groupe. L'un d'eux assure avoir retrouvé Quentin près de Perrache, où celui-ci lui aurait affirmé que "ça allait". Un autre lui conseille simplement de "passer à la pharmacie", sans mesurer la gravité de son état.

Un déferlement de violences

Ce n'est qu'après près de deux heures d'errance qu'un militant rejoint finalement Matt B. Ensemble, ils installent Quentin Deranque sous un abribus et alertent les secours. Pris en charge vers 19 h 40, le jeune homme souffre d'un traumatisme crânien majeur et d'une fracture temporale. Il succombera à ses blessures deux jours plus tard.

Les auditions rapportées par Le Monde montrent aussi comment plusieurs protagonistes disent avoir été dépassés par le déferlement de violence. Dans les deux camps, beaucoup évoquent un affrontement qu'ils n'imaginaient pas prendre une telle ampleur. Matt B., l'ami de Quentin Deranque, confie ainsi : "Je me doutais que ça pouvait être violent, mais pas autant violent (...) Je pensais boire un verre avec mon pote à la fin."

Du côté des militants d'ultragauche mis en examen, plusieurs décrivent une perte de contrôle. Jacques-Elie Favrot, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, reconnaît avoir agi sous l'effet de "l'adrénaline" avant de se dire "dévasté". Un autre mis en cause, Jules P., résume : "L'effet de groupe nous a fait commettre, à tous, l'irréparable."

Six mois après les faits, ces auditions dressent ainsi le récit d'une violence qui s'emballe jusqu'à devenir incontrôlable. Entre peur, logique de camp et effet de groupe, elles éclairent les mécanismes qui ont conduit à la mort de Quentin Deranque.

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