Photo d’illustration du PGHM. @Gendarmerie

Lyonnais bloqué à 3 800 mètres d’altitude en Savoie : Faut-il faire payer les secours en montagne ?

La France pourrait-elle imiter la Suisse en faisant payer le secours en montagne ? Après le secourisme d'un jeune Lyonnais au sommet de la Grande Casse (Savoie), le sujet revient sur la table.

Le secours en montagne pourrait-il devenir payant ? La question se pose à nouveau depuis la publication, le 11 février, d’un rapport de la Cour des comptes. Face à l’augmentation de la fréquentation et des interventions, elle estime qu’un nouveau modèle doit être appliqué. Le 23 août dernier, le sujet a été amplifié par l’intervention du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) au sommet du glacier de la Grande Casse (Savoie), à 3 800 mètres d’altitude, après une prise de risque jugée "inconsciente" d’un jeune Lyonnais de 20 ans.

La Cour des comptes ouvre la porte à une facturation

Le rapport envisage une facturation totale ou partielle dans certaines situations ciblées, en s’inspirant notamment de pratiques existant à l’étranger. En Suisse, les frais de secours en montagne sont systématiquement facturés à la personne secourue. Une intervention en hélicoptère coûte en moyenne 4 500 francs-suisse, calculée selon le temps de vol (environ 100 francs par minute). La facture peut rapidement atteindre plusieurs dizaines de milliers de francs en cas de recherches ou d'engagement de nombreux secouristes.

En 2024, le coût complet du secourisme en montagne avait été évalué à près de 110 millions d’euros, dont 43 % liés aux moyens aériens. Avec 9 912 interventions recensées, le coût moyen atteint au moins 10 780 euros par opération, soit une hausse de 55% depuis 2012. La Cour relève que 80 à 90% des interventions nécessitent un transport héliporté. Le tout, financé par l’État. Et donc, le contribuable français.

Le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, s’est prononcé en faveur d’une évolution du système. "Le secours ne doit plus être gratuit pour tout le monde", estime l’élu auprès de Lyon Capitale. "Ne pas faire payer le secours et faire croire que tout est sécurisé, cautionnent les bêtises des gens, qui pensent pouvoir faire n'importe quoi sous prétexte qu'une base d'hélicoptère se situe à proximité", reprend-il.

Dans le cas du comportement irresponsable du Lyonnais en Savoie, il estime qu’une facture devrait être adressée à la personne secourue. "Il faut lui facturer le coût du secours", affirme-t-il. Le maire défend également l’idée d’une assurance obligatoire pour les pratiquants d’activités sportives. "On devrait imposer à tous ceux qui font des activités sportives, des loisirs, de prendre une assurance", propose-t-il, estimant que la question du coût serait alors prise en charge par les assureurs. "Dans ce cas, on ne se poserait plus la question".

Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais. @Saint-Gervais

"La fin de la gratuité est une vraie menace à la solidarité nationale"

Cette perspective est fermement contestée par Mountain Wilderness France. L’association de protection de la montagne défend le maintien d’un secours accessible à tous. "Le débat sur la gratuité du secours en montagne est revenu dans l’espace public avec le dernier avis de la Cour des comptes. Loin de faire des "économies", la fin de la gratuité des secours en montagne est une vraie menace à la solidarité nationale et à l’accès à la nature", estime Fiona Mille, présidente de Mountain Wilderness France.

Pour l’association, l’accident ne doit pas être assimilé à une faute pouvant justifier une facture. "Personne ne recherche l’accident. Ni le skieur, ni le randonneur, ni le parapentiste, ni le berger, ni le gardien de refuge", poursuit-elle. L’association craint surtout l’apparition d’un système à deux vitesses, dans lequel le coût d’une intervention pourrait dissuader certaines personnes d’appeler les secours.

Prévenir plutôt que faire payer ?

Le débat ne porte pas seulement sur l’aspect financier. Il concerne aussi la prévention. Pour Mountain Wilderness, "le secours vise à sauver des vies, pas à sanctionner un comportement. Introduire une logique financière dans l’urgence est contraire aux valeurs de solidarité". À l’inverse, certains estiment qu’une gratuité sans limite peut contribuer à banaliser certaines prises de risques.

Contactés à de multiples reprises, le peloton de gendarmerie de haute montagne n'a pas souhaité se positionner sur le sujet, l'affaire étant certainement trop sensible.

Lire aussi : Des randonneurs lyonnais secourus après une nuit dehors à 1 800 mètres d'altitude

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