(Photo by JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

Lyon : Wauquiez bannit l’écriture inclusive des textes de la Région, pour les Verts il "incarne le recul"

L’écriture inclusive n’est clairement plus en odeur de sainteté au sein des services de la région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez. La collectivité a tout simplement décidé de "bannir définitivement" ce style d’écriture, allant ainsi "à l’encontre de l’air du temps" pour le groupe écologiste à la région. 

En amont de l’ouverture de la séance plénière du conseil régional, ce jeudi 14 octobre, une note interne, envoyée le 4 octobre, fait du bruit ces derniers jours dans les rangs de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Dans le document intitulé "Bon usage du français" que nous avons pu consulter, la collectivité que préside Laurent Wauquiez (LR) a officiellement décidé, entre autres choses, de "bannir l’écriture dite inclusive" des "actes, courriers, rapports et délibérations" du Conseil régional. 


"Je ne laisserai pas cette écriture porter une vision dans laquelle s'emmêle dictature intellectuelle et wokisme"

Laurent Wauquiez, président Les Républicains, de la région Auvergne-Rhône-Alpes


La note précise que cette graphie n’est pas "intelligible par tous", en raison de son "anarchie typographique", qui "méconnaît les règles de l’orthographe et de la syntaxe française et qui crée une barrière supplémentaire à un grand nombre de personnes en situation de handicap". Désormais, il ne sera donc plus possible d’écrire "directeur(ice)s ou des ingénieurs/euses territoriaux/ales" dans les documents de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Dans les colonnes du Figaro, le président Les Républicains de la collectivité régionale est même allé plus loin en déclarant "je ne laisserai pas cette écriture porter une vision dans laquelle s'emmêle dictature intellectuelle et wokisme. […] c'est laid, cela défigure la langue française et déstructure les mots".

Une position "à l’encontre de l’air du temps"

Fabienne Grébert, était la candidate EELV, aux élections régionales de juin 2021. ©AFP

Toutefois, pour Fabienne Grebert, la co-présidente du groupe d’opposition des écologistes à la région, "cette posture traduit un pouvoir politique tenu par un président de région qui incarne une forme de relation d’un grand mâle blanc dominant, qui a besoin de réaffirmer cette posture-là et que le langage est essentiellement masculin". Contactée par Lyon Capitale, l’ex-candidate aux élections régionales, battue au mois de juin 2021 par Laurent Wauquiez, ne se disait "pas du tout" surprise par la décision de l’élu Les Républicains. "Observez  la place des femmes dans les prises de positon politique dans l’assemblée plénière, regardez dans la tribune qui parle, qui a le droit de parler et vous verrez que la place des femmes est très peu considérée", déplore la conseillère régionale écologiste. 


"Cela en dit long sur l’état de notre société et le recul qu’incarne Laurent Wauquiez"

Fabienne Grebert co-présidente du groupe des écologistes au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes


"À l’encontre de l’air du temps", le fait de refuser la féminisation des noms de métiers "est encore pire", à entendre Fabienne Grébert. "C’est une violence symbolique extrêmement forte. Cela veut dire qu’une femme n’a pas le droit de féminiser son métier. On va pouvoir dire qu’une femme est un infirmier ? De quel droit ? Parce que c’est ça qui est en jeu", s’alarme-t-elle. Avant d’ajouter que "cela en dit long sur l’état de notre société et le recul qu’incarne Laurent Wauquiez".

Droite et gauche opposées sur le sujet à Lyon

Car en prenant cette décision l’élu LR va à contre-courant de la tendance initiée ces dernières années par de nombreuses personnalités politiques, principalement issues de la gauche. La position du président de la région ne pouvait ainsi pas être plus tranchée par rapport à celle de la ville de Lyon, où est installée le siège de la collectivité. 

Lire aussi : L’opposition de droite dresse un inventaire au vitriol des premiers mois des écologistes à Lyon

Peu après son élection à la mairie lyonnaise, Grégory Doucet avait ainsi rapidement utilisé l’écriture inclusive dans la communication de la Ville, afin de contribuer à "l'égalité femmes-hommes". Un choix qui, à l’époque, n’avait pas manqué de faire réagir les élus de la droite, à l'instar du maire du 2e, Pierre Oliver (LR), qui avait alors fait valoir que cette graphie ne facilite pas la lecture ni l'accès aux textes. Un an et demi plus tard, le débat s’est donc transposé dans les rangs de la Région, où le rapport de force entre les écologistes et la droite est cette fois-ci inversé. 

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