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Lyon : la stratégie 2025 pour gagner du terrain sur les délinquants

Sommés par le ministre de l’Intérieur de mettre sur pied un “vaste plan de bataille contre l’impunité et pour la sécurité” des Lyonnais, la préfète et le patron de la police nationale du Rhône ont adopté une nouvelle doctrine de lutte contre la délinquance, dont l’enraiement semble impossible.

“Frapper plus fort, plus souvent et mieux.” Dans son bureau d’angle du deuxième étage de l’hôtel de police de Lyon, Nelson Bouard a le ton martial de celui qui part en guerre. Droit comme un I dans son siège, mains jointes et regard bleu acier perçant, le patron de la police nationale du Rhône détaille la nouvelle doctrine des “bleus” dans la métropole lyonnaise, avec un focus particulièrement circonstancié sur Lyon. Il répond à la demande express et explicite de la préfète locale de lui dresser un diagnostic territorial précis de l’état de la délinquance indigène. Analyse de la délinquance, localisation des faits, horaires criminogènes, profils des délinquants, cartographie des sites nécessitant une action prioritaire, tout a été passé à la loupe et au peigne fin. “L’idée, schématise Nelson Bouard, est de cibler de manière plus intense et plus approfondie que ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui, avec une concentration de moyens et d’actions visibles, des territoires sur lesquels on constate des phénomènes de délinquance enkystée ou en accroissement significatif.” Le tout condensé dans un Plan d’action départemental de restauration de la sécurité du quotidien exigé par le ministre de l’Intérieur. Pro patria.

“Points chauds”

Cinq quartiers, “points chauds” particulièrement criminogènes, ont ainsi été marqués au fer rouge et identifiés comme nécessitant une “action prioritaire”. Le Tonkin, à la frontière de Lyon et Villeurbanne, en proie depuis plusieurs mois au narcotrafic sur fond d’homicides et de tentatives d’homicides. Le nord de la Presqu’île (place des Terreaux et rues alentour), secoué par un phénomène de “prédation par des bandes”, dixit les forces de police. La pointe de la Confluence/Carnot-Perrache qui prend la tournure de ce qui se passe aux Terreaux sur un temps plus ramassé (vendredi, samedi). La Guillotière, sans surprise, avec des “concentrations importantes de désordre migratoire”, et la Part-Dieu, le plus gros hub de passagers d’Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte le plus de délits quotidiens, tous territoires confondus. “La Part-Dieu, un quartier dont on ne parle pas assez, est la première zone de délinquance de la région”, s’attarde Nelson Bouard. Trois lignes de tramway, une de métro, une gare routière, de nombreuses lignes de bus structurantes. Rien que le réseau TCL enregistre 165 000 montées et descentes chaque jour. 300 000 sont attendues à l’horizon 2030. Quant à la gare, 125 000 personnes l’utilisent quotidiennement et 30 000 la traversent sans prendre le train. Les projections 2030 font état de pratiquement un doublement de l’affluence. Le patron de la police insiste sur “les nouveaux enjeux de sécurité” avec la livraison prochaine de nouveaux équipements publics, pour “faire en sorte qu’ils ne soient pas noyautés par la délinquance”, faute de pouvoir la déloger ensuite.

“On crante* un peu plus sans jamais lâcher le terrain qu’on a gagné”
Nelson Bouard, patron de la police nationale du Rhône 

* Cranter : franchir un seuil supplémentaire 

Intensité et gravité des violence

“Il faut rétablir l’ordre dans la maison France pour repousser la délinquance et ces violences qui deviennent de plus en plus brutales”, martèle François-Noël Buffet, ministre auprès de Bruno Retailleau. Le directeur départemental de la police nationale du Rhône n’en dit pas moins, notamment sur le secteur Terreaux, avec un “niveau d’intensité et de gravité des violences en très forte augmentation”. L’action de sécurité du quotidien déployée aux Terreaux et sur le bas des pentes de la Croix-Rousse du 12 au 16 mars a permis le démantèlement d’un point de deal rue des Capucins et l’arrestation de trois trafiquants. Au total, 2 832 personnes ont été contrôlées dans le secteur et les forces de l’ordre – trois cent trente-trois policiers nationaux, quarante-sept policiers municipaux, vingt-six agents de la RATP et des personnels de la Direction départementale de la protection des populations mobilisés – ont procédé à l’interpellation de quarante-huit individus et à vingt mises en garde à vue. Dans le détail, les policiers ont aussi relevé cent quarante-six infractions et délivré cinquante-six amendes forfaitaires délictuelles, “en grande majorité pour la détention et la consommation de stupéfiants”. Auxquelles s’ajoutent quatre-vingt-huit contraventions dans les transports en commun. Enfin, dix étrangers en situation irrégulière ont été remis à la police aux frontières. À la Guillotière, une descente quelques jours plus tard de trois cent soixante-cinq policiers (nationaux et municipaux) a abouti à la mise à disposition de trente-cinq étrangers en situation irrégulière auprès de la police aux frontières et l’arrestation d’un clan mafieux, qui s’adonnait au trafic de stups, dirigé par trois frères d’origine guinéenne, dont deux interdits de territoire.

Adaptation

Les forces de l’ordre doivent aussi s’adapter aux nouveaux projets structurants et plans de circulation lyonnais afin de revoir leurs modalités de patrouille. Anticiper pour mieux prévenir. “Si on veut une réussite totale, il faut un engagement total de tous”, somme Nelson Bouard. “Ne restons pas les bras ballants. Nous avons tous un seul but en la matière : faire baisser cette insécurité, cette délinquance, et arrêter le plus possible de dealers pour les amener devant la justice”, étaie Thierry Dran, le procureur de la République de Lyon. Récemment, une opération policière d’ampleur a été menée dans le quartier du Tonkin, où est installée la brigade spécialisée de terrain (BST) depuis trois mois.

Indicateurs de délinquance en hausse

Nouvelle action coup de poing, quelques jours après l’interpellation de dix individus sur un point de deal rue Jacques-Brel ou opération de communication ? “Ce n’est pas fini, il faut tenir dans la durée. C’est le plan que l’on a présenté. La présence continue, plus de sept cents policiers vont être mobilisés sur ce quartier pendant plusieurs semaines”, promet la préfète Fabienne Buccio. Selon le service statistique ministériel de la sécurité intérieure, sur les dix-sept indicateurs pris en compte, onze sont en hausse, dont +2,2 % pour les homicides, +8,3 % pour les tentatives d’homicides, +4,5 % pour les coups et blessures volontaires, +16,5 % pour les violences sexuelles et +11,3 % pour le trafic de stupéfiants. Chaque jour, plus de quarante-cinq Lyonnais sont victimes d’une agression.

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