Grégory Doucet, maire écologiste de Lyon qui brigue un second mandat lors des élections municipales des 15 et 22 mars, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
A quelques heures du premier tour des élections municipales, Grégory Doucet revient dans un long entretien vidéo sur son mandat : "nous avons tenu nos engagements. Oui, on peut juger que c’est allé vite, que nous sommes allés fort, mais je crois que c’est l’attente des Lyonnaises et des Lyonnais".
Il évoque aussi son programme et assure que l'écologie y occupe toujours une place centrale : "Je ne crois pas que l’écologie soit passée au second plan. C’est simplement qu’elle s’est traduite dans toutes nos politiques publiques et qu’elle se retrouve dans le réel, dans le quotidien des Lyonnaises et des Lyonnais. Ils le voient bien, avec, je le disais, la place de la nature qui a considérablement augmenté, avec les nouvelles mobilités". Le maire sortant déroule ses propositions sur la sécurité et le logement qu'il considère comme des priorités.
Interrogé sur ses possibles alliances de second tour, Grégory Doucet assure qu'elles n'affecteront pas son programme et voit plus loin que les Insoumis : "au soir du premier tour, nous verrons quels sont les résultats. Il faudra que chacun prenne ses responsabilités. Nathalie Perrin-Gilbert, Georges Képénékian, Anaïs Belouassa-Chérifi voudront-ils qu’un programme du siècle dernier, basé sur le tout-béton et un peu le retour de l’affairisme, soit appliqué à Lyon ? Ce n’est pas mon choix. Au soir du premier tour, tous les candidats qui se reconnaissent dans les valeurs que je porte avec l’union de la gauche et des écologistes devront faire un choix".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Grégory Doucet
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 Minutes Chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Grégory Doucet. Vous êtes maire de Lyon, candidat à votre succession dans ces élections municipales. Ce sera un 6 Minutes Chrono un peu spécial puisque nous avons prévu, pour tous les candidats, de casser un peu le format, parce qu’il y a beaucoup de choses à dire sur cette élection municipale. Nous sommes dans la dernière ligne droite. Vous abordez cette dernière ligne droite à la traîne dans les sondages derrière Jean-Michel Aulas et la situation s’inverse assez peu. Avez-vous l’impression que cette campagne municipale se joue finalement davantage sur votre personnalité, que l’on est sur un référendum pour ou contre Grégory Doucet, plus que sur une question de programme ou de positionnement politique ?
La réponse est dans votre question, mais c’est peut-être votre regard. Je crois que les Lyonnaises et les Lyonnais ont d’abord envie qu’on leur parle de leur quotidien. Ils ont envie qu’on leur parle de leur avenir. J’ai construit ma campagne dans un souci de proximité, en faisant en sorte, sur les marchés, en porte-à-porte, dans des réunions d’appartement, d’être d’abord à leurs côtés, de pouvoir aussi leur présenter nos mesures dans des configurations respectueuses de la démocratie. Répondre aux interviews, participer aux débats, c’est essentiel. Ce n’est pas le cas de tous les candidats, vous le savez, puisque M. Aulas refuse les interviews et les débats. Surtout, j’ai fait le choix de partir de leurs priorités. Les Lyonnais nous parlent de logement, de sécurité, de santé. L’essentiel de nos mesures porte sur ces trois grands sujets. Bien évidemment, il s’agit aussi d’envoyer un message aux Lyonnaises et aux Lyonnais, de dire que nous avons commencé à transformer la ville pour faire en sorte qu’elle s’adapte aux nouvelles conditions du climat, pour faire en sorte aussi que les iniquités territoriales, que la justice sociale, se déploient de manière juste partout dans la ville. Nous l’avons commencé et nous le poursuivrons lors du prochain mandat.
Vous évoquiez justement la transition, l’adaptation de la ville. Jean-Michel Aulas dit souvent que vous avez fait en cinq ans ce qui aurait dû être fait sur vingt ans. Êtes-vous d’accord avec lui ? Avez-vous été trop vite, trop fort, trop tôt ?
Qu’attendons-nous des responsables politiques, si ce n’est qu’ils fassent ce qu’ils avaient promis de faire, ce sur quoi ils s’étaient engagés ? Figurez-vous que, sur ce mandat, nous avons réalisé 96 % de nos engagements. Pour moi, la politique, c’est cela. La confiance que l’on doit établir avec les citoyens et les citoyennes doit se construire sur la base du respect des engagements. Cela a été, tout au long de ce mandat, une priorité pour moi, à la fois de dire ce que nous allions faire et de faire ce que nous avions dit. C’est le cas, je vous le dis : 96 %. Pour autant, nous avons réussi en plus à réaliser 30 % d’investissements de plus que lors des mandatures précédentes. Donc nous avons fait plus et nous avons tenu nos engagements. Oui, on peut juger que c’est allé vite, que nous sommes allés fort, mais je crois que c’est l’attente des Lyonnaises et des Lyonnais.
Cette attente ne se traduit pas dans les sondages. Elle ne se traduit pas non plus dans ce que l’on peut appeler l’air du temps autour de cette campagne, où l’on entend beaucoup de Lyonnais dire qu’ils veulent tourner la page des écologistes, qu’ils ont vécu ce mandat comme une rupture peut-être profonde, brutale. Que signifierait finalement l’écologie politique si, au bout d’un mandat, vous étiez battu tout en ayant réalisé 96 % des engagements que vous aviez pris devant les électeurs ?
Je n’entends pas nécessairement la même chose que vous. D’abord, je vais dire une chose importante : ce n’est pas un résultat électoral.
Il y en a eu plusieurs qui disent à peu près tous la même chose et, à la différence des années précédentes, le mode de scrutin étant beaucoup plus direct…
Vous avez tout à fait le droit de défendre les instituts de sondage. Mais, en l’occurrence, ce que j’entends aussi de la part des Lyonnaises et des Lyonnais, et d’ailleurs ce que certains de vos confrères dans les instituts de sondage ont aussi démontré, c’est qu’il y a une très forte adhésion aux politiques publiques qui ont été réalisées sur ce mandat.
Elle est plus forte que votre popularité, mais elle reste quand même inférieure si on la compare à ce qui se passe dans les autres grandes villes de France.
Si vous voulez, on peut regarder les chiffres en détail et vous pouvez pinailler dessus, mais cela, je vous le laisse, c’est votre travail de commentateur. Moi, ce que je regarde, c’est que la place plus importante accordée à la nature en ville à Lyon est plébiscitée. Je regarde aussi que même des mesures qui pouvaient sembler, dans un premier temps, un peu risquées, voire même un peu impopulaires, comme le passage à 30 km/h, trouvent aujourd’hui l’adhésion des gens. Pourquoi ? Parce que nous avons baissé le nombre d’accidents dans cette ville. Nous avons divisé par deux le nombre d’accidents, notamment ceux impliquant les piétons. Nous avons sauvé des vies grâce à cette mesure et à tous les aménagements que nous avons réalisés, notamment pour élargir les trottoirs, faire des voies cyclables sécurisées. Tout cela a permis d’apporter plus de sécurité routière. Les Lyonnaises et les Lyonnais en ont conscience et, bien évidemment, ils nous en félicitent parce que j’ai souvent des gens qui me disent : « Très bien, vous avez progressé, il faut continuer. » Donc vous voyez, nous n’avons pas forcément le même retour. Moi, je regarde les sondages, bien sûr, mais je ne m’en fais pas une religion.
Mais, entre ce que vous expliquez et ce que disent les sondages, on voit qu’il y a un monde d’écart. Finalement, si l’on écoute les retours que vous avez des Lyonnais, vous devriez aborder ces élections dans la position du favori, alors que vous êtes plutôt dans celle du challenger.
Mais encore une fois, un sondage ne fait pas une élection. En tout cas, moi, ce qui m’importe, c’est d’être au contact. Ce sont les Lyonnaises et les Lyonnais qui m’importent, pas les instituts de sondage. C’est avec eux et pour eux que je fais campagne.
Vous évoquez votre bilan. Les principales mesures qui ont été portées et réalisées dans ce mandat concernent plutôt des thématiques écologiques et environnementales. On les retrouve beaucoup moins dans votre programme pour ce second mandat que vous briguez. Est-ce à dire que vous avez intégré que, finalement, les Lyonnais pouvaient nourrir une forme de ras-le-bol de l’écologie, ou considérez-vous que la ville est adaptée aujourd’hui au climat ?
Non, tout n’est pas terminé, bien sûr. La transformation de la ville est en cours et doit se poursuivre. Prenons l’exemple de la place de la nature en ville : 30 hectares regagnés sur le bitume lors de ce mandat, mais, lors du prochain mandat, ce seront six nouveaux parcs. Quand on dit que l’on veut adapter la ville au réchauffement du climat, il faut aussi préparer les périodes de canicule. Demain, nous pourrons nous baigner dans la Saône et dans le Rhône avec deux baignades naturelles, à la darse de la Confluence et au niveau du parc des Berges. Voilà de quoi permettre aussi aux Lyonnaises et aux Lyonnais de mieux faire face aux grandes périodes de chaleur. Je ne crois pas que l’écologie soit passée au second plan. C’est simplement qu’elle s’est traduite dans toutes nos politiques publiques et qu’elle se retrouve dans le réel, dans le quotidien des Lyonnaises et des Lyonnais. Ils le voient bien, avec, je le disais, la place de la nature qui a considérablement augmenté, avec les nouvelles mobilités. Nous avons investi, avec la métropole, 2,5 milliards pour trois nouvelles lignes de tramway, une nouvelle ligne de trambus. Ce sont des mobilités plus facilitées aujourd’hui sur notre territoire, et les Lyonnaises et les Lyonnais le voulaient, et ils l’ont obtenu.
Vous avez évoqué les priorités qui étaient ressorties de la grande écoute, l’opération militante que vous aviez réalisée pour voir ce que les Lyonnais attendaient d’un prochain mandat. La sécurité était ressortie en thème numéro deux.
Elle est en thème numéro un.
Nous, par exemple, dans les sondages que nous avons pu commander pour savoir ce qui interrogeait les Lyonnais, la sécurité est l’un des angles d’attaque favoris de vos adversaires, qui vous reprochent votre action en la matière. Les chiffres ne plaident pas non plus pour vous, puisqu’il y a une augmentation assez forte de la délinquance depuis 2021, si l’on enlève l’année Covid. Est-ce un sujet dont vous avez mis trop de temps à vous emparer ? Est-ce un sujet sur lequel vous n’avez pas été assez actif dès le premier jour ?
Nous l’avons été dès le premier jour. Nous avons décidé d’augmenter les effectifs de la police municipale.
Vous avez à peu près réussi, en fin de mandat, à honorer vos objectifs de début de mandat.
Parce que le contexte était particulièrement difficile, M. Terra. N’oublions pas qu’à la fin du précédent mandat, les effectifs de la police municipale étaient en chute libre. Nous avons donc d’abord arrêté l’hémorragie et fait en sorte de mieux recruter. Nous avons augmenté la rémunération des policiers municipaux de plus d’un million d’euros par an, de manière à attirer des candidatures. Et cela marche, puisque, depuis maintenant deux ans, l’effectif de la police municipale s’accroît. Nous ne sommes pas encore, effectivement, à l’objectif que nous nous étions donné en début de mandat, mais maintenant la trajectoire est excellente. C’est ce qui me permet d’être confiant quand j’annonce un effectif de la police municipale à 400 agents publics. C’est ce qui me permet d’être confiant aussi quand je vous annonce que nous allons créer cette brigade anti-incivilités, 50 agents publics qui seront priorisés sur la civilité du quotidien : les tags, les dépôts d’ordures sauvages.
Comment qualifieriez-vous aujourd’hui la situation de la tranquillité publique à Lyon ?
Il y a bien évidemment encore des efforts à faire. Vous savez, toute agression est une agression de trop, tout vol est un vol de trop. La sécurité est une préoccupation du quotidien. C’est pour cela qu’il m’importe d’avoir des agents publics dans l’espace public. C’est cela que les Lyonnaises et les Lyonnais nous réclament : ils veulent une police de proximité, voir les agents dans l’espace public. En recrutant davantage, en créant des postes de police mobile, c’est ce que nous allons pouvoir leur offrir.
L’autre grande thématique de votre campagne, et aussi attente des Lyonnais, c’est la question du logement. Là encore, il y a eu une crise nationale, voire mondiale, qui a perturbé l’écosystème de la construction et de la promotion immobilière. Toujours est-il qu’il n’a jamais été construit aussi peu de logements à Lyon et dans la métropole durant ce mandat, et que les prix de l’immobilier n’ont absolument pas baissé. Comment pouvez-vous promettre aujourd’hui, pour le prochain mandat, d’arriver à faire ce que vous n’avez pas réussi à faire pendant un mandat ? Comment peut-on rendre le logement plus abordable et construire plus alors que vous ne l’avez pas fait ?
Sur les prix de l’immobilier, l’encadrement des loyers a permis de contenir la hausse qui, depuis des années, était très importante. D’ailleurs, les villes qui n’ont pas mis en place l’encadrement des loyers ont vu les loyers continuer à augmenter. Si vous comparez les situations de Lyon et de Nice, par exemple, vous verrez qu’à Nice, quand cela augmente de plus de 15 %, à Lyon cela augmente à peine de 2 à 3 %. Cela fait, dans la poche des ménages, une sacrée différence. Si demain on arrête l’encadrement des loyers, il y a des gens qui vont payer 50 à 100 euros de plus par mois. Donc l’encadrement des loyers vient répondre à une question fondamentale pour les Lyonnaises et les Lyonnais : trouver un logement abordable.
Sur la construction, vous avez raison, il y a une crise nationale, mondiale, qui a impacté l’immobilier et notamment la construction neuve. C’est pour cela qu’avec la métropole, nous avons aussi particulièrement soutenu les bailleurs sociaux qui ont continué à construire du logement social, même si c’était dans un climat très compliqué. D’ailleurs, lors du prochain mandat, nous allons doubler nos investissements dans le logement social pour construire davantage, rénover aussi, c’est important. Il faut rénover le parc existant. Notre objectif, c’est 30 % de logements sociaux d’ici à 2040. Pour autant, nous n’oublions pas la question du quotidien, des besoins immédiats à satisfaire. Nous mettrons en place une garantie municipale pour celles et ceux qui ont besoin de présenter un garant au moment de déposer leur dossier pour louer un appartement. Un garant, c’est bon pour le locataire, c’est bon aussi pour le propriétaire, qui a de ce fait la certitude que son loyer sera payé à la fin du mois. Nous mettrons aussi en place une assurance habitation municipale. 1,7 million de Français ne sont pas assurés pour leur habitation aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que, quand il faut faire le choix entre manger et assurer son habitation, le choix est vite fait. Moi, je veux que les gens puissent assurer leur habitation. C’est fondamental, c’est une obligation, vous le savez, mais à des tarifs abordables, d’où cette assurance municipale qui permettra à tout un chacun de plus facilement assurer son habitation.
Avant de finir cet entretien, j’avais deux questions assez rapides. L’une concerne ce que l’on voit derrière moi, la place Bellecour. Vous aviez promis, en cours de mandat, de la végétaliser. Il y a eu les ombrières, mais pas la végétalisation. Est-ce que c’est finalement une erreur symbolique de votre mandat ?
Elle arrive. La végétalisation arrive. C’est simplement que nous l’avons séparée du projet d’installation d’une œuvre d’art sur la place Bellecour. Mais elle arrive le long de la rue de la Barre, elle arrive au pied des arbres au nord de la place Bellecour. Nous le faisons pas à pas. Pour tout vous dire, nous avons choisi de lever un peu le pied sur les travaux avec Bruno Bernard à la fin du mandat, parce que nous avions déjà lancé beaucoup de chantiers : T6 nord, T9, T10, trambus, la rue Garibaldi, l’avenue des Frères-Lumière, beaucoup de travaux très impactants pour le quotidien. Nous nous sommes dit qu’il fallait aussi laisser respirer tout le monde. Mais, bien évidemment, sur la place Bellecour, nous y développerons la nature.
Dernière question. Elle concerne d’éventuelles alliances de second tour. Le Parti socialiste a exprimé une position assez claire avec les Insoumis, en disant : pas d’alliance avec les Insoumis. Vous, quelle est votre ligne de conduite ?
Ma ligne de conduite est très simple : ce sera le même programme au premier et au deuxième tour. Ma priorité, c’est de faire en sorte qu’au matin du 23 mars, ce programme soit appliqué.
Concrètement, cela veut dire quoi ? Si c’est le même programme, cela veut dire que vous n’ajoutez personne ? Pourquoi ne pas le dire, si c’est le cas ?
Non. Cela veut dire que c’est sur la base du programme que nous avons construit dans le cadre de l’union de la gauche et des écologistes que nous gouvernerons par la suite.
Vous voulez bien d’eux s’ils se rallient totalement au soir du premier tour ?
M. Terra, au soir du premier tour, nous verrons quels sont les résultats. Il faudra que chacun prenne ses responsabilités. Nathalie Perrin-Gilbert, Georges Képénékian, Anaïs Belouassa-Chérifi voudront-ils qu’un programme du siècle dernier, basé sur le tout-béton et un peu le retour de l’affairisme, soit appliqué à Lyon ? Ce n’est pas mon choix. Au soir du premier tour, tous les candidats qui se reconnaissent dans les valeurs que je porte avec l’union de la gauche et des écologistes devront faire un choix.

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