Le Musée d'histoire de Lyon met en ligne seize tableaux représentant la ville d'autre fois, entre le XVIe et le XIXe siècle, en ultra haute définition.
Il y a les tableaux que l'on regarde, et ceux que l'on peut désormais habiter. Le Musée d'histoire de Lyon, situé au cœur du Vieux-Lyon, franchit un cap dans la médiation culturelle en proposant une expérience numérique inédite : seize œuvres majeures de ses collections, capturées en résolution gigapixel par le photographe lyonnais Matias Antoniassi, sont accessibles gratuitement sur son site. Zooms extrêmes, navigation fluide, analyses éditoriales, la visite virtuelle n'a jamais été aussi précise.
Gadagne n'invente pas la tendance. A Lyon, c'est le Musée des Beaux-Arts qui l'a initiée dès 2013, pionnier en France. Avec aujourd'hui plus de 50 tableaux disponibles, de Rembrandt à Fragonard en passant par Poussin ou De Staël, le MBA reste la référence nationale dans le domaine, l'un des catalogues gigapixel les plus riches au monde en accès libre. Matias Antoniassi lui-même avait participé à ces premières campagnes de numérisation lyonnaises, aux côtés du photographe Gilles Alonso.
Ce que Gadagne apporte, c'est un angle radicalement différent : toutes les œuvres numérisées parlent de Lyon. De La grande vue de Lyon gravée en 1625 par Simon Maupin aux scènes de rue animées de Joseph-Vézien Desombrages dans les années 1830, en passant par le passage de Napoléon III lors des inondations de 1856, c'est une iconographie lyonnaise sur trois siècles qui se déploie sous le regard du spectateur.

Alexis (1786-1872). Gadagne, musée d'histoire
de Lyon, inv. 97.3. Photo-Xavier-Schwebel.
Super-loupe historique
La technologie agit ici comme une super-loupe historique. Architectures disparues, métiers oubliés, vêtements d'époque, silhouettes fondues dans les arrière-plans : le gigapixel révèle ce que l'œil nu ne peut saisir lors d'une visite classique. Pour les chercheurs, enseignants et étudiants qui s'intéressent à la ville, c'est un outil pédagogique précieux. Pour les personnes à mobilité réduite ou vivant à l'étranger, c'est une porte d'entrée vers des collections jusque-là difficilement accessibles.
Derrière l'émerveillement du visiteur se cache un enjeu scientifique de taille. La captation en ultra haute définition constitue aussi un outil de conservation numérique : chaque craquelure, chaque trace de pinceau est documentée avec une précision inégalée, facilitant le travail des restauratrices et restaurateurs. Le projet, piloté au sein de Gadagne par Michaël Douvégheant, responsable des collections photographiques, illustre comment patrimoine et innovation peuvent se conjuguer sans s'opposer.
Reste une limite que les spécialistes du numérique patrimonial soulignent régulièrement pour l'ensemble de ces projets : les images gigapixel sont réservées à la seule consultation, sans possibilité de téléchargement ni de réutilisation. Un Lyon que l'on peut scruter dans ses moindres détails, mais qu'on ne peut pas encore emporter avec soi.
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