Préfecture
©J.Bernard

La galère des demandeurs de papiers à la préfecture

Malgré les annonces de la préfecture du Rhône pour améliorer l'accueil des étrangers venu faire faire leur carte de séjour, les files d'attentes restent insupportables. Pour certains immigrés, l'accès au guichet n'est que le début de la galère.

"Nous sommes arrivés à 2h30 du matin, nous sommes passés en 60e position, raconte Romain, dont la femme est russe et doit renouveler sa carte de séjour. Certain arrivent à 21h du soir et dorment devant la préfecture pour être sûrs d'avoir une place le lendemain". Plusieurs médias lyonnais, dont Lyon Capitale, ont déjà fait l'écho de la galère des étrangers pour accéder aux guichets de la préfecture et déposer leur demande. Des files parfois de plusieurs centaines de personnes, qui attendent une dizaine d'heures, avant de se voir refuser l'accès car tous les tickets ont été distribués. Certains témoignages sont édifiants.

Le 24 juin, face à l'ampleur du phénomène, le préfet du Rhône Michel Delpuech prend trois mesures : le renforcement des guichets par cinq agents à compter du 1er juillet, la création de cinq postes de médiateurs en service civique et un système de prise de rendez-vous pour le renouvellement des cartes de séjour.

"A mon avis, le système de rendez-vous ne marchera pas, car très vite, il va y en avoir pour des mois et mois d'attente", estime Romain, qui prône l’instauration d'un dispositif en ligne. Le guichet reste cependant incontournable pour toutes les premières demandes. Concernant les cinq postes de guichetiers en plus, l'annonce n'a pour l'heure pas été transformée en faits, les fonctionnaires étant encore en formation. Pendant ce temps, au 97 rue Molière, la situation empire.

Après la file d'attente, les embûches au guichet

Pour les étrangers qui arrivent à accéder aux guichets, la galère ne fait que commencer. Si les personnes que nous avons pu contacter ne tirent pas de généralités sur l'accueil faite au guichet, les témoignages rapportant la suspicion des agents sont nombreux.

Julie*, française aujourd'hui pacsée avec un Béninois, a mal vécue le passage à la préfecture pour déposer les documents nécessaires au titre de séjour de celui qui allait devenir son partenaire : "au guichet, on nous a clairement soupçonné de vouloir faire un mariage en blanc. Il manquait aussi un document. Plutôt que de nous expliquer ce qui n'allait pas, on nous a dit d'"apprendre à lire" et de revenir".

Les étrangers qui ne sont pas accompagnés par des Français sont particulièrement démunis, à Lyon comme ailleurs. "Ils peuvent revenir trois fois, ne serait-ce que pour déposer un dossier, explique Stéphanie*, qui a accompagné des étrangers à la préfecture de Marseille dès 3h du matin dans le cadre d'un stage dans un cabinet d'avocat. Les guichetiers sont agressifs, n'aident pas les usagers à comprendre ce qui ne va pas. Il y en a même qui disent aux étrangers : "ne déposez pas votre dossier, vous allez prendre une obligation de quitter le territoire (OQTF)" ! Ce n'est pas au guichetier de décider arbitrairement quel dossier il prend."

A la préfecture du Rhône, on nous dit que, contrairement aux nombreux retours négatifs concernant la file d'attente, ils n'y a jamais eu de mauvais échos au niveau de la relation au guichet. "Il est toujours possible, comme à la Poste, de trouver quelqu'un de fatigué en fin de journée", argue-t-on.

Pas tout à fait l'avis du sociologue Alexis Spire, auteur d'une enquête sur les guichets des services à l'immigration. Selon lui, il y a au sein de cette institution une culture qui veut qu'un étranger n'est pas d'office considéré comme un usager comme un autre, mais comme un fraudeur en puissance qui menace l'ordre public… La file d'attente au 97 rue Molière va peut être défiler plus rapidement ces prochains mois. Pour le reste, le changement sera plus difficile.

*Les prénoms ont été changés

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