Pauline Diaz, adjointe à la culture de la mairie de Villeurbanne, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
"L’art permet de développer de l’empathie et de se connecter à d’autres histoires, de se mettre à la place de certaines personnes. À travers ces récits, on peut se rencontrer." C'est la conviction que Pauline Diaz, adjointe à la culture de Villeurbanne, est venue défendre dans 6 minutes chrono, au sujet du festival Les Invites.
Du 19 au 21 juin, Villeurbanne accueille la 19e édition des Invites, l'un des rares festivals d'arts de la rue d'une telle envergure en France. Plus de 100 représentations entièrement gratuites, dans les rues et les quartiers de la ville et un budget municipal maintenu malgré un contexte de coupes généralisées. Un choix assumé. "C'est une priorité pour la ville de Villeurbanne de proposer ce festival, affirme Pauline Diaz. C'est une volonté politique de continuer à proposer ces événements de grande envergure."
"Les arts de la rue permettent d'enlever les barrières entre l'espace public et l'espace privé, entre les espaces fermés culturels"
La gratuité, justement, est au cœur du projet. Pas de billet, pas de barrière. "Les arts de la rue permettent d'enlever les barrières entre l'espace public et l'espace privé, entre les espaces fermés culturels, et permettent de se réapproprier la rue." À cela s'ajoutent des dispositifs concrets : spectacles en langue française, safe zone, espaces handi-accueil, des efforts d'accessibilité rarement réunis dans un seul événement.
Cette édition 2026 s'annonce comme un vrai carrefour du monde : plus de 13 pays représentés, des performeurs queer portugais aux chanteuses ukrainiennes de Dakh Daughters avec leur Break the Rock, cri contre la guerre, en passant par Haïti avec le projet participatif de Guy Régis Junior, La Bible du déboulonnement, où les Villeurbannaises et Villeurbannais seront bien plus que de simples spectateurs. Sur des sujets engagés, la programmation tient elle aussi un propos. "Ces sujets permettent d'en parler, et d'en parler ensemble" , résume Pauline Diaz.
Un festival pour et par les Villeurbannais
Le festival n'est pas seulement pour les Villeurbannais, il est aussi par eux. Plus d'une cinquantaine d'agents municipaux se sont portés volontaires pour travailler sur le week-end. 27 créations sont au programme sur les 100 représentations, dont certaines co-construites avec des habitants. "C'est un rendez-vous incontournable tous les deux ans, pour célébrer l'entrée de l'été", dit l'élue. Un rendez-vous qui plonge ses racines loin : les Invites s'appellent ainsi depuis 2002, mais la tradition remonte à 1977.
Fête populaire, acte politique, moment de résistance ? Pauline Diaz ne tranche pas : "je pense que cela se croise partout." L'art comme lien, comme espace de rencontre entre cultures, entre récits, entre gens. Un programme à retrouver en intégralité sur le site Les Invites de Villeurbanne.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Pauline Diaz
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Pauline Diaz. Bonjour.
Bonjour, merci de m’accueillir.
De rien, avec plaisir. Pauline Diaz, vous êtes adjointe à la culture et au droit culturel de la ville de Villeurbanne. On vous invite parce qu’on va parler des Invites, 19e édition du festival de rue qui se passe à Villeurbanne, cette année du 19 au 21 juin. Première question : dans un contexte où il y a beaucoup de coupes budgétaires, comment faites-vous, comment la ville de Villeurbanne fait-elle pour maintenir ce modèle des Invites qui fonctionne depuis 19 éditions ?
C’est une priorité pour la ville de Villeurbanne de proposer ce festival. Le budget n’a pas changé depuis la dernière édition. C’est une volonté politique de continuer à proposer ces événements de grande envergure. Il n’y en a pas beaucoup en France, des festivals des arts de la rue.
Qui plus est, entièrement gratuits.
Totalement gratuits. C’est une vraie volonté d’enlever toutes ces barrières d’accessibilité.
Justement, pardon, je me suis trompé, ce n’est pas depuis 19 ans, c’est la 19e édition. Le fait que ce soit gratuit, c’est justement de permettre une accessibilité totale, globale, pour tous les habitants notamment.
Oui, tout à fait. C’est pour enlever toutes ces barrières aussi. C’est ce que les arts de la rue permettent : enlever les barrières entre l’espace public et l’espace privé, entre les espaces fermés culturels, et permettre de se réapproprier la rue, qui peut être moins accueillante parfois pour certaines personnes. Il s’agit de mettre tout le monde au même niveau, de se rassembler autour de ce bel événement et de créer des moments de joie et de fête.
Comment cet événement, les Invites, s’inscrit-il dans un cadre plus global, celui de la politique culturelle de la ville ?
Le festival est à l’image de la ville aussi. Déjà, le fait que ce soit un festival populaire : ce n’est pas un festival où l’on attend des festivaliers et festivalières de toute la France. C’est pour les Villeurbannais et les Villeurbannaises. C’est aussi par les Villeurbannais et les Villeurbannaises, qui ont participé à la co-création de certains événements et qui vont participer pendant les représentations aussi. La ville est très impliquée. Il y a plus d’une cinquantaine d’agentes et d’agents qui se sont portés volontaires pour travailler sur le week-end des Invites.
Il y a une sorte de fierté aussi de participer à sa ville, à la culture de sa ville.
Totalement. C’est un rendez-vous incontournable tous les deux ans, pour célébrer l’entrée de l’été. Mais c’est une tradition depuis plus de 50 ans. Les Invites s’appellent les Invites depuis 2002, mais elles existent depuis 1977. C’est vraiment devenu un rendez-vous incontournable, un moment de rassemblement et de partage pour tous les citoyens et toutes les citoyennes.
Oui, dans une société comme la nôtre, on en a bien besoin. Vous parliez d’accessibilité. Il y a aussi beaucoup de choses qui sont faites, parce que le festival propose des spectacles en langue française, il y a une safe zone, il y a des espaces handi-accueil. On sent qu’il y a un effort d’accessibilité qu’on voit rarement dans des festivals.
Oui, bien sûr. C’est une politique de la ville en général aussi. Mais sur le festival, le mot d’ordre est vraiment l’accessibilité. Cela se voit aussi dans les sujets de la programmation. Ce sont des sujets très engagés.
C’est un festival engagé sur quelles questions ?
Le féminisme, les droits LGBTQIA+, la question du handicap aussi. Ces sujets permettent d’en parler et d’en parler ensemble.
Justement, la directrice des Ateliers Frappaz, Nadine Prugnard, parlait de la fête comme d’un acte de résistance. Ma question est : où s’arrête l’artistique et où commence le politique ? Où cela se croise-t-il ?
Je pense que cela se croise partout. Cela fait encore partie de l’ADN de ce festival, qui est populaire, qui est là pour rassembler, qui repose sur une mixité totale et sur la possibilité de se rencontrer entre Villeurbannais et Villeurbannaises. Le fait que ce soit un festival multiculturel aussi, c’est une forme d’engagement, puisqu’il y a plus de 13 pays accueillis pendant le festival. La ville met également à disposition les équipements et fait en sorte que le festival soit possible dans les rues villeurbannaises. C’est aussi un soutien à la création, et la ville a laissé libre expression à la programmation.
La création est intégrée à la programmation du festival ?
Oui, tout à fait. Il y a des créations. Je crois qu’il y a 27 créations sur les 100 représentations. Le reste, ce sont des spectacles qui tournent déjà.
Vous disiez justement que c’était une fête d’abord par et pour les Villeurbannais. Il y a 13 pays représentés : Portugal, Cameroun, Haïti, Ukraine… Comment se construit cette dimension internationale et comment Villeurbanne se place-t-elle dans le réseau européen des arts de la rue ?
Les Ateliers Frappaz et Nadine Prugnard pourraient mieux vous répondre, parce que c’est elle qui a géré toute la programmation. La ville ne donne pas son avis sur la programmation.
En tout cas, l’idée est quand même que Villeurbanne, on l’a vu culturellement depuis quelques années, mène une vraie politique culturelle. Encore une fois, les Invites restent populaires, mais il y a aussi cette dimension internationale, cette volonté de placer Villeurbanne sur l’échiquier.
C’est l’occasion de se rencontrer entre nous, mais aussi de découvrir, à travers ces histoires et ces représentations. L’art permet de développer de l’empathie et de se connecter à d’autres histoires, de se mettre à la place de certaines personnes. À travers ces récits, on peut se rencontrer. Qu’elles soient multiculturelles, qu’elles viennent d’autres pays ou qu’elles soient locales — nous avons aussi des compagnies villeurbannaises qui se produisent — cela permet de découvrir ces histoires et ces autres cultures.
Voilà. L’art, les Invites, c’est de l’art populaire, multiculturel, et surtout quelque chose qui permet de connecter. Cela permet à une société de tenir. Sans art, sans culture, il y a très peu de société. Merci beaucoup en tout cas d’être venue sur le plateau de 6 minutes chrono. Les Invites, je le répète, c’est du 19 au 21 juin. Allez sur le site des Invites et aussi sur Lyon Capitale pour plus d’informations. À très bientôt, au revoir.
Au revoir.
