Source : Vidéo.Assemblée Nationale

Il vote contre le pass vaccinal : "l'équilibre sécurité-liberté est rompu", le député de Lyon, Hubert Julien-Laferrière, s'explique

Dans la nuit du mercredi 5 janvier au jeudi 6 janvier, l'Assemblée nationale a largement adopté le projet de loi sur le pass vaccinal en première lecture (214 voix pour, 93 contre. 27 abstentions). Absent du Palais Bourbon - il est actuellement touché par le covid-19, le député de Lyon, Hubert Julien-Laferrière, est contre le pass vaccinal. Il explique les raisons de ce choix.

Le texte, validé la nuit dernière, "transforme" le pass sanitaire en pass vaccinal. En résumé, il ne sera plus possible pour un non-vacciné d'aller par exemple au restaurant une fois que le projet de loi sera totalement examiné et qu'il entrera en vigueur. Un simple test PCR ou antigénique négatif ne suffira plus.

Le texte a donc été voté en première lecture dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 janvier. Le projet de loi doit désormais être examiné par le Sénat en début de semaine prochaine, un Sénat dominé par la droite. Le gouvernement aimerait que le texte entre en vigueur le 15 janvier, il faudra très certainement attendre quelques jours de plus.

Hubert Julien-Laferrière, député Génération écologie de la 2e circonscription du Rhône (une circonscription qui englobe le 1er arrondissement de Lyon, le 4e, une partie du 2e et une partie du 9e) est touché par le covid-19 actuellement. Il n'était donc pas à l'Assemblée nationale la nuit dernière. Il indique à Lyon Capitale que son pouvoir n'a pas encore été pris en compte dans les résultats du scrutin. Mais il comptait voter CONTRE le projet de loi sur le pass vaccinal (le projet de loi renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et modifiant le code de la santé publique). Il est le seul député du Rhône à avoir voter contre le pass vaccinal (lire ici qui a voté quoi à Lyon et dans le Rhône).  Il nous explique pourquoi.

Lyon Capitale : Pourquoi êtes-vous contre le pass vaccinal ?

Hubert Julien-Laferrière, député Génération Ecologie de Lyon : Tout d'abord, je tiens à dire que je ne suis pas du tout défavorable à la vaccination. Au contraire. Je suis favorable à la vaccination et à son indispensable déploiement le plus largement possible pour toutes et tous. Mais là, on arrive à un pass vaccinal, on avait eu des engagements de l’exécutif de ne pas aller jusque-là. Ce pass vaccinal n'est pas recommandé par le conseil scientifique car le conseil scientifique comme les députés écologistes recommandent le "aller vers". Le "aller vers" c'est convaincre et "aller vers" les 5 millions de Français non-vaccinés, qui sont en général les plus éloignés des services publics, les plus en difficulté. Il y a évidemment des irréductibles, des militants anti-vax, mais il n'y a pas que ça. Il y a des gens qui sont éloignés de tout ce qui peut amener à une bonne sensibilisation sur la vaccination.

Les personnes les plus fragiles, celles qui ont besoin d'être vaccinées, celles qui risquent des formes graves, ce sont en général beaucoup les personnes âgées. Beaucoup d'entre elles pourraient se dire, "moi je n'ai pas besoin d'un pass vaccinal : je ne vais pas en boite de nuit, je ne vais pas au restaurant".  Il faut renforcer le "aller vers" dans les territoires ruraux, dans les quartiers populaires, où les dispositifs sont actuellement insuffisants. Le conseil scientifique lui-même dans son avis du 8 décembre (2021) avait préconisé des choses à faire avec les caisses primaires d'assurance maladie ou les centre communaux d'action social (CCAS) pour développer des actions auprès des personnes non-vaccinées.

Là, avec ce pass vaccinal, on clive un peu plus, on clive d'autant plus avec le "je vais emmerder les Français non-vaccinés", je crains qu'on clive un peu plus au lieu de rassembler, qu'on fracture encore un peu plus la société.

L'été dernier, la mise en place du pass sanitaire avait entraîné un boom des vaccinations. Ne faut-il pas en passer par le pass vaccinal pour accélérer encore la vaccination aujourd'hui ?

Il y avait eu, c'est vrai, un gros boom mais parce qu'on était dans un niveau de vaccination bien moindre. Désormais, il y a 5 millions de personnes non-vaccinées (et 53M de personnes vaccinées, NDLR). Je ne suis pas sûr que ce pass vaccinal va entraîner un gros boom. Ce n'est plus la même échelle.


"Etre contre un pass vaccinal, ce n'est pas être contre la vaccination. C'est être contre le projet de loi en l'état"

Hubert Julien-Laferrière, député de Lyon


En analysant le résultat du vote sur le projet de loi en 1ère lecture sur le pass vaccinal, le texte divise les socialistes comme les républicains à l'Assemblée nationale (lire ici), les écologistes sont-ils eux tous sur la même position à l'AN et au Sénat où le texte doit passer la semaine prochaine ?

Au niveau du Sénat, il y aura une quasi unanimité - et peut-être une unanimité - chez les écologistes dans un vote contre.

Le président de la République a dit que le vaccin était un bien public mondial et il ne répond pas sur la levée des brevets. Alors que c'est une question de solidarité internationale et qu'on va être constamment à la merci des variants si la planète n'est pas vaccinée. En Afrique, dans certaines régions, il y a moins de 5 % de vaccinés, on sera constamment à la merci des variants et donc on ne s'en sortira pas. Sur ce sujet, on n'a pas de réponses. Et quand on veut en parler dans le projet de loi du pass vaccinal, on nous dit que c'est hors sujet.

Aujourd'hui, notre vote fait le constat qu'il n'y a pas de stratégie sur la levée des brevets, qu'on nous a pas montré une vraie stratégie pour le "aller vers" les personnes non-vaccinées pour convaincre plutôt que contraindre et pour éviter de fracturer encore davantage la société. Il n'y a pas de réponse sur les détecteurs de CO2 dans les classes d''école. Tout ça fait que même si nous ne sommes évidemment pas du tout anti-vaccination, au contraire, cela nous amène à voter contre. Mais être contre un pass vaccinal, ce n'est pas être contre la vaccination. C'est être contre le projet de loi en l'état.

L'un des éléments déterminants de notre vote, c'est aussi que l'équilibre sécurité-liberté est rompu. Quand on veut confier à des gens qui ne sont pas des agents publics la vérification de l'identité... C'est un vrai sujet.

La notion de liberté, c'est un élément très important dans votre vote contre ?

C'est toujours compliqué l'équilibre sécurité-liberté. C'est complexe. On ne nie pas que lorsqu'il y a des questions évidentes de sécurité, et ici de sécurité sanitaire, il y a des libertés qui doivent être limitées. C'est un équilibre à trouver. Aujourd'hui, l'équilibre est rompu. Confier à des tiers qui ne sont pas des agents publics la vérification d'identité, c'est quelque chose qu'on ne peut pas approuver.

Il y a aujourd'hui 300 000 cas/jour en France, les hôpitaux sont sous grande tension, proches de la saturation, a-t-on encore le temps uniquement de "convaincre", d'"aller vers" ? Le projet de loi a été présenté en urgence, le gouvernement dit "pour répondre à l'urgence", vous l'entendez ce discours ou pas du tout ?

Oui, mais agir dans l'urgence ça aurait été de mettre en place des dispositifs qui convainquent. Il y a des choses qu'on peut faire dans l'urgence. Là, de toute façon, la promulgation de la loi, ce n'est pas demain (le gouvernement espère son application pour le 15 janvier, ndlr). Je n'ai pas vu une réponse en urgence sur les capteurs de CO2, je n'ai pas vu une réponse dans l'urgence sur les dispositifs de sensibilisation, tout ça je n'ai pas vu...

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POUR ALLER PLUS LOIN

88,5 % des Rhodaniens de + de 12 ans sont vaccinés

Dans le Rhône, 88,5 % des + de 12 ans sont vaccinés, d'après les dernier chiffres stabilisés que nous disposons, des chiffres arrêtés au 3 janvier.

Lyon Capitale vous propose un point complet sur la vaccination dans le département du Rhône ICI, notamment par catégorie d'âge.

Lire aussi : Projet de loi sur le pass vaccinal : pour ou contre, quel a été le vote des députés de Lyon et du Rhône ?

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Jean-Louis Touraine, député LREM de Lyon et professeur de médecine, était l'invité de 6 minutes chrono ce mardi 4 janvier. Il est revenu évidemment sur la crise sanitaire.

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