L’Université historique de Lyon s’est d’abord divisée en deux universités après les événements de mai 68. Lyon 3 a ensuite été créée, en 1973, parce que Lyon 2 était considérée comme trop importante. Ici, la faculté de droit de Lyon 3 pour les masters.
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Histoire : aux origines de la scission de l’Université de Lyon

L’histoire de l’Université de Lyon est marquée par des périodes de divisions et de rapprochements, avec la création de plusieurs entités : Lyon 1, Lyon 2 et Lyon 3. Retour sur une exception lyonnaise qui perdure.


L’Université de Lyon parviendra-t-elle finalement à fédérer les grandes universités du territoire Lyon Saint-Étienne autour d’un projet commun ? C’est, du moins, le chemin que prend Frank Debouck, le directeur de la Communauté d’universités et établissements de Lyon (ComUE). Nommé en mars dernier, l’ancien directeur de l’École centrale de Lyon veut tenter une nouvelle approche. Suite aux multiples échecs de réunification sous une même bannière, l’idée serait de regrouper les établissements par thématiques, autour de grands projets communs. Une stratégie qui trancherait avec les précédentes tentatives, car, de fait, le mal est profond et il traverse le temps.






"Les doyens régnaient en maîtres ainsi que les mandarins, ces professeurs au pouvoir quasi dictatorial sur la faculté"







Retour aux origines. L’histoire universitaire de Lyon est récente avec la naissance de la première université en 1896 seulement. En comparaison, la Sorbonne date de l’an 1200 et les premières traces de l’Université de Bordeaux remontent à 1441. Un retard lyonnais – étonnant au regard de la taille de la ville – souvent attribué à l’identité résolument marchande et industrielle de Lyon, et donc tournée vers les formations techniques et d’ingénierie. Le XIXe siècle fut donc celui du rattrapage avec la création et l’installation d’un grand nombre d’écoles et de facultés. Conséquence, en 1896, les quatre facultés de Lyon (sciences, lettres, médecine et droit) se regroupent dans l’Université de Lyon. Chacune conserve un grand degré d’autonomie malgré le partage de ce qui était alors nommé le palais des Facultés, actuel palais Hirsch sur la rive gauche du Rhône, quai Claude-Bernard. Dès 1920, on compte plus de 3 500 étudiants universitaires à Lyon, soit la deuxième université du pays (17 000 à Paris).

La loi Edgar Faure de 1969


L’équilibre de ce modèle, reposant sur les facultés, tint jusqu’aux événements de mai 1968. “Avant les mouvements sociaux, nous étions loin du système d’aujourd’hui avec des présidents d’université. Les doyens régnaient en maîtres ainsi que les mandarins, ces professeurs au pouvoir quasi dictatorial sur la faculté et qui soufflaient le chaud et le froid”, analyse Vincent Porhel, maître de conférences en histoire contemporaine et spécialiste de la période. Mais le véritable changement survint après 1968. À l’écoute des revendications des manifestants, la loi Edgar Faure de 1969 prit en compte les demandes d’autonomie, et acta l’abandon du système de faculté tout en promouvant l’interdisciplinarité dans l’université. “Il y avait également une dimension politique car le pouvoir gaulliste voulait aussi soutenir des facultés de droite”, précise Vincent Porhel. De cette impulsion naquit  Lyon 2, par décret, en réunissant en son sein le droit, les lettres et les sciences humaines. Un an plus tard, Lyon 1 regroupait les facultés de sciences, de médecine et de pharmacie.








La juxtaposition des facultés réparties dans Lyon 1 et Lyon 2 respectait alors mal la logique d’universités interdisciplinaires







Problème, Lyon 2 est perçue comme trop grosse et sa forme ne satisfaisait personne. L’État considérait que l’autonomie et la gestion partagée étaient impossibles avec une entité trop importante. De plus, la juxtaposition des facultés réparties dans Lyon 1 et Lyon 2 respectait alors mal la logique d’universités interdisciplinaires. D’ailleurs, le décret de création de Lyon 2 contenait déjà l’idée de la création de Lyon 3 sur le terrain de Lacroix-Laval, à l’ouest de la ville. Lyon 2 devait ainsi être totalement repoussée à Bron-Parilly et Lyon 1 à la Doua à Villeurbanne. De cette géographie initiale – rapidement abandonnée – est née la ligne de fracture entre une université perçue comme élitiste et une autre populaire. Pour illustrer ce contexte de fortes tensions : la démission du président provisoire de Lyon 2 en 1971 et l’élection en treize tours de son successeur. Tout un symbole.



Les tensions de la scission


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