Edito. L’arithmétique des urnes donne six ans à Grégroy Doucet. L’arithmétique de la confiance, elle, est bien plus exigeante.
Il a gagné. De justesse, mais il a gagné. 2 762 voix, moins d’un point cinq de pourcentage, un duel tranché au rasoir. Grégory Doucet repart pour un second mandat. La légitimité est là, formelle et incontestable (n’en déplaise à M. Aulas).
Ce qui manque, c’est l’adhésion. Une victoire à moins de 3 000 voix n’est pas un plébiscite. Et si l’on ajoute les 5 540 votes blancs et nuls, le message est plus clair encore : dans un face-à-face sans fuite possible, des milliers de Lyonnais ont refusé de choisir. L’offre proposée ne les a pas convaincus.
Lyon n’a pas dit non. Mais Lyon n’a pas dit oui non plus. Pas vraiment. Pas franchement. En 2020 déjà, la victoire était moins large qu’elle n’y paraissait : 52,4 % des suffrages exprimés dans une ville où plus de 60 % des électeurs étaient restés chez eux, en pleine pandémie de Covid. Finalement, moins d’un Lyonnais sur quatre avait voté pour Grégory Doucet.
Cette fois l’abstention recule, la participation progresse mais le résultat se resserre encore. C’est la première fois depuis Raymond Barre en 1995 que la ville bascule ou se maintient dans un tel mouchoir de poche. Et cette fois, dans un duel sans échappatoire, où aucune triangulaire n’est venue brouiller le verdict.
Pendant presque six ans, les sondages ont décrit une ville qui grondait. Mécontentements sur la mobilité, inquiétudes sur la sécurité, sentiment d’une municipalité sourde aux préoccupations ordinaires. Les concertations se sont pourtant multipliées. Mais quantité ne vaut pas qualité.
Les Lyonnais qui s’y sont rendus ont souvent eu le sentiment que les scénarios étaient déjà écrits et que leurs objections n’infléchissaient pas grand-chose. Sinon à choisir la couleur des toboggans. Les chiffres du scrutin le confirment avec une brutalité arithmétique : un votant sur deux a choisi l’autre camp.
On ne gouverne pas longtemps une ville en ignorant la moitié de ceux qui la font vivre. S’il entend à nouveau parler “pour toutes les Lyonnaises et tous les Lyonnais”, le maire de Lyon devra, cette fois, en apporter la preuve autrement que par les mots. L’arithmétique des urnes lui donne six ans. L’arithmétique de la confiance, elle, est bien plus exigeante.
