Nathalie Bianco, formatrice et militante laïque, dans les locaux de Lyon Capitale en janvier 2022.
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"Cette espèce d’obsession du 'je' à la place du 'nous' me désole" Nathalie Bianco, formatrice et militante laïque 

Nathalie Bianco est formatrice et militante laïque dans la région de Lyon. Née de parents immigrés dans une banlieue "pourrie" de Villeurbanne, elle s’est fait connaître en publiant des posts pleins d’humour et d’intelligence sur Facebook, qui touchent souvent juste et réunissent des milliers de followers. Gims, Camélia Jordana, Rokhaya Diallo, Cyril Hanouna, les "people déconnectés du réel" et tous les donneurs de leçon en prennent pour leur grade. Elle est l’auteur de Les petites, paru en fin d’année 2021 chez Sixième(s).


Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Nathalie Bianco : Pas du tout ! D’abord parce qu’une grande gueule est une personne qui a un avis sur tout. Moi, il y a tout un tas de sujets sur lesquels je fais un pas de côté car je n’ai rien à dire. Je ne veux pas être comme ces chroniqueurs à la télé qui se succèdent avec des avis péremptoires. Je crois que ça s’appelle l’ultracrépidarianisme : on donne son avis sur des sujets à propos desquels on n’a aucune compétence particulière. Et puis, une grande gueule, par définition, parle fort, prend de la place, et moi, je n’aime pas particulièrement le conflit.

Vous vous engagez quand même dans vos posts sur Facebook...
Oui, j’aime bien m’engager sur des sujets qui m’interpellent. Mais je suis souvent indécise, même quand je fais mes courses, je mets des plombes à faire un choix. Alors quand j’écris et que je prends position, c’est mûrement réfléchi et j’assume totalement mes propos.

Quelle est votre dernière colère ?
J’en ai toutes les semaines ! En réalité, je ne suis pas à un niveau de colère mais plus d’agacement ou d’amusement. Quelques personnes en prennent pour leur grade dans mes billets d’humeur, mais c’est de bonne guerre : ils m’amusent, involontairement, donc je m’amuse d’eux.

Camélia Jordana, "jeune bourgeoise en manque de frissons victimaires qui jette de l’huile sur le feu et attise la haine", Gims en "petit néo-bigot décérébré qui s’érige en maître à penser", Cyril Hanouna, "petit mec à tête de fouine (…) prêt à toutes les bassesses et les lâchetés"...
Oui, c’est vrai que je ne les avais pas ménagés. Mon dernier sujet d’agacement, pour revenir à la question, c’est à propos de Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste à l’élection présidentielle. Il s’est fait déchiqueter sur les réseaux sociaux pour avoir osé dire qu’"un bon vin, une bonne viande, un bon fromage, c’est la gastronomie française" et que "le meilleur moyen de la défendre, c’est de permettre aux Français d’y avoir accès". C’est quand même la déclaration d’intention la plus louable qui soit non ? Eh bien, il s’est fait conspuer par des personnes qui l’accusent d’exclure ceux qui ne mangent pas de porc ou ceux qui ne boivent pas d’alcool. Sandrine Rousseau, la militante écologiste, est même intervenue pour dire que le plat préféré des Français était le couscous, ce qui n’a absolument rien à voir avec le sujet ! À la fin, ce pauvre Fabien Roussel s’est fait traiter de raciste et même de suprémaciste blanc pour avoir simplement osé mentionner quelque chose qui représente une partie de la culture française commune. Cette espèce d’obsession du "je" à la place du "nous" me désole.

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