banderole
©Elise Anne

Armés mais "sympathiques"

Trois étudiants sont passés, mardi 18 janvier, devant le tribunal correctionnel de Lyon. Ils sont accusés d'avoir participé à un "attroupement armé" le 22 octobre, en marge de la manifestation contre la réforme des retraites. Une salle pleine de soutien, un avocat en grande forme : compte-rendu du jugement.

Devant le tribunal de grande instance de Lyon, une petite foule s'agite, des banderoles Solidarité avec les arrêtés et autres slogans sont disposés sur un muret. Des dizaines de personnes sont venues soutenir les trois étudiants et manifestants d'octobre qui comparaissent aujourd'hui pour "attroupement armé". A 14h, la salle d'audience se remplit. Dix CRS, avec gilets pare-balles et casques à la main, surveillent le public pour prévenir tout débordement. Sur le banc des accusés, Raphaël, Rémi et Safak s'installent, confiants et anxieux à la fois. Le président Seuzaret annonce le début de l'audience.

Que faisaient-ils dans les buissons ?

Ce vendredi 22 octobre, les trois jeunes hommes étaient à la gare de Perrache. Ils venaient soutenir le piquet de grève des cheminots, "pas dans un but de violence mais pour les soutenir moralement" explique l'un d'eux. Ils racontent que quelques jours plus tôt, des jeunes d'extrême droite étaient venus agresser les syndicalistes. Joint par téléphone, Emmanuel Thevenet de la CGT des cheminots, confirme cette information : le mardi 12 octobre, "deux jeunes énergumènes, cagoulés et armés de matraques télescopiques" se sont approchés d'eux, ils voulaient "casser du syndicaliste". Quelques coups de poings ont été échangés, puis "des gens plus intelligents que les autres" les ont séparés. Aucune plainte n'a été déposée.

Ce vendredi-là, policiers et cheminots savent qu'un groupe important de jeunes d'extrême droite compte investir les rues. Un déploiement de CRS est prévu à cet effet. Raphaël, Rémi, Safak et d'autres personnes décident alors d'aller soutenir le piquet de Perrache. Les identitaires étant arrêtés au niveau d'Ampère rue Victor-Hugo, ils décident de rentrer chez eux. C'est sur le parking qu'ils seront arrêtés. Selon les policiers, ils étaient en train de dissimuler des armes dans les buissons. Eux affirment qu'ils urinaient avant de regagner voitures et vélo. Dans les buissons, les forces de l'ordre retrouvent un bâton de "deux mètres". Sur les trois manifestants, ils trouvent deux barres de fer (des tringles à rideau) dans le sac à dos de l'un, un ceinturon et un "poing américain" sur un autre.

Des "armes" pas si dissimulées

Devant le tribunal, les trois garçons expliquent que le bâton ne leur appartenait pas. Safak interpelle le président : "si on se trimballait avec un bâton de 2 mètres de haut, on se serait fait arrêter bien avant !". Concernant les deux barres de fer présentes dans le sac à dos, ils racontent qu'un cheminot les leur a confiées au cas où les jeunes d'extrême droite se montreraient violents. Pour le reste, le propriétaire du ceinturon réfute la thèse de la boucle de ceinture comme poing américain, il prétend qu'il n'y a pas de trous pour mettre les doigts, et que ça ne peut donc pas être utilisé comme tel. Seules des photos pourraient venir confirmer ou non ses propos. En effet, le ministère public a ordonné la destruction des "armes", pièces à conviction qui auraient pu être utilisées durant l'audience pour estimer leur dangerosité. Pour le procureur, cette destruction est une question de sécurité, pour l'avocat de la Défense, Me Bernard Ripert, cela "empêche la recherche de la vérité".

Une plaidoirie politico-militante

Dans sa réquisition, le procureur de la République explique qu'"on ne leur reproche pas des faits de violence mais de s'être attroupés avec ces barres de fer" mais que néanmoins, les trois jeunes ont l'air "sympathiques". Il requiert à leur encontre trois mois de prison avec sursis. Me Bernard Ripert se charge de défendre Raphaël, Rémi et Safak gratuitement parce qu'il partage leur militantisme. Selon lui, le verdict est trop sévère. Il souhaite la relaxe complète et le remboursement de la ceinture de Rémi, détruite avec les autres pièces à conviction. L'avocat se lance dans une longue plaidoirie, l'assistance, hors juges, rit parfois aux éclats tant il joue du "ridicule de la situation". Pour lui se sont des poursuites aberrantes puisqu'il n'y a pas attroupement. Les jeunes gens étaient 9, l'attroupement commence à 10. Il ajoute qu'il ne comprend pas pourquoi ces trois-là sont poursuivis pour ce motif et pas les six autres.

Il accuse alors le procureur de "chercher à plaire à ce pouvoir liberticide" et lui demande de ne pas "goûter au ragoût indigeste à la sauce Hortefeux" dont le but aurait été de faire du chiffre durant le mois d'octobre. A la sortie du tribunal, la colère de Safak ne disparaît pas, pour lui, "les pièces à conviction ont été détruites, normalement dans ce cas il devrait y avoir annulation de la procédure". Rémi, comme les autres d'ailleurs, n'a pas trouvé le procureur très convaincant, il pense qu'il se rend compte que cette histoire ne tient pas debout, ils espèrent la relaxe, "si c'est pas le cas, on ira en appel voire en cassation". Verdict le 24 février.

Article actualisé à 20h15 le 19 janvier 2010.

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