La manifestation du 11 septembre contre le pass sanitaire, organisée par le collectif, s’étend sur la rue Paul Verlaine à Villeurbanne. Photo : Marie Allenou

À la manifestation appelée par "Coronafolie" à Lyon, l'opposition au pass sanitaire côtoie l'extrême-droite et le complotisme

Neuvième samedi de mobilisation contre le pass sanitaire à Lyon. Lyon Capitale a suivi le cortège qui s'élançait depuis Villeurbanne. Reportage.

Chaque semaine à Lyon, les anti-pass, et pour certains anti-vaccins, se réunissent dans deux cortèges distincts. L'un est déclaré en préfecture par le collectif "Coronafolie". Ce cortège rassemble aussi des groupes et manifestants d'extrême-droite. Autour de l'autre cortège, souvent non déclaré et sans organisateurs, gravitent des gilets jaunes et des groupes d'extrême-gauche.

Le 4 septembre, Lyon Capitale avait accompagné ce second cortège. Une semaine plus tard, le 11 septembre, nous avons rejoint la manifestation déclarée par "Coronafolie". Reportage dans un cortège où régnait extrême-droite, rejet du pass, complotisme et défiance envers les médias.

Un cortège dense et divers

Le rendez-vous était donné à 14 heures sur la place du docteur Lazare Goujon à Villeurbanne. Sur la place, pour préparer le forum des associations qui doit se tenir le lendemain, des employés de la mairie s'activent pour installer de petites tonnelles, et les fontaines sont entourées de rubalise. Les manifestants sont obligés de se masser devant le TNP, dans un coin de la place.

Des enceintes sur un camion crachent de la musique pop, et un des organisateurs tente de chauffer la foule avant le départ. Vers 14h30, le cortège s'élance par la rue Paul Verlaine, direction l'hôpital Edouard Herriot, "en soutien aux soignants". Selon la préfecture, le cortège comptait 1500 manifestants. Difficile d'estimer leur nombre sur place, mais le cortège semblait en contenir plus, entre 2500 et 3000.

Le cortège est divers, mais en tête, juste derrière les organisateurs, on retrouve un groupe majoritairement composé de jeunes hommes, portant pour certains des signes distinctifs laissant signifier leur appartenance à l'extrême-droite, pour qui sait repérer ces signes. Fleur de lys, drapeau lyonnais, drapeaux français, image de sanglier sur une pancarte sont quelques uns de ces indices. Regroupés derrière une banderole "Gaulois réfractaires au pass sanitaire", ils craquent des fumigènes et lancent des slogans contre le pass sanitaire.

Plus loin, le cortège est divers, on y retrouve tous les âges, des familles avec leurs enfants, des personnes âgées et des adolescents. Nombreux sont ceux à porter des pancartes, à distribuer des tracts. Quelques soignants, reconnaissables à leurs blouses, se retrouvent ci et là. Dans le cortège, quelques pancartes orange, qui indiquent "Non au pass sanitaire", visuel issu du parti d'extrême-droite Les Patriotes.

Des mots d'ordre difficile à cerner

Les slogans lancés tout le long du cortège sont dirigés principalement contre le pass sanitaire, à côté de l'habituel "Liberté, liberté !". L'appel à manifestation invitait les manifestants à se mobiliser pour "défendre [leurs] intérêts, salaires, [leur] santé et surtout les enfants" et à défiler "contre la dictature macroniste et des politicards qui se gavent sur [leurs] dos". Les organisateurs, le collectif "Coronafolie", veulent une manifestation apartisane, "sans prosélytisme, ni signe distinctif qu'il soit politique, syndical, cultuel".

"Dictature", le mot revient régulièrement sur les pancartes des manifestants. On retrouve aussi les mots "pass sanitaire", écrits avec le double S typographié comme le SS nazi, référence à l'escadron de protection d'Adolf Hitler. Le mot apartheid aussi, apparaît sur quelques pancartes. Après plus d'un an et demi de crise sanitaire, les manifestants font comprendre, à leur façon, qu'ils voient dans le pass sanitaire une mesure liberticide. La défiance est totale envers le gouvernement et les informations autour du coronavirus.

"Le vaccin n'est pas vraiment obligatoire mais le pass sanitaire c'est du chantage", explique Laure, 46 ans et podologue, plus modérée mais très remontée. C'est la troisième fois qu'elle descend dans la rue pour protester contre la gestion de la crise sanitaire, "incohérente" et "catastrophique". "J'ai deux enfants, entre 12 et 17 ans, et ils ne pourront pas s'inscrire dans un club de sport s'ils ne sont pas vaccinés et n'ont pas de pass sanitaire", s'insurge-t-elle. Elle s'interroge sur les bénéfices-risques du vaccin pour elle et ses enfants, même si elle l'affirme : "Je ne suis pas contre la vaccination. Pour les personnes âgées et à risque, c'est une bonne chose". Elle-même s'est faite vaccinée à contre-coeur, pour pouvoir continuer d'exercer.

Elle fait référence à des médecins "à qui le conseil de l'ordre des médecins a demandé de se taire". Elle évoque le Pr Didier Raoult et le Pr Christian Perronne, deux figures très controversées. La podologue relativise aussi le nombre de morts du covid. "Je ne dis pas que le covid n'existe pas. La 1ère vague a été très meurtrière, et les autres vagues de moins en moins. On a beaucoup trafiqué les chiffres sur le nombre de morts", développe-t-elle. Selon elle, on a catégorisé "covid" des personnes qui sont décédées pour d'autres raisons. Elle affirme tenir cette information de son expérience personnelle et d'amis soignants, infirmiers ou pompiers. Pour rappel, Santé Publique France comptabilise 115 442 morts dues au Covid-19 le 10 septembre 2021.

@Marie Allenou

Une rupture avec les médias

Très rares sont les manifestants qui, comme Laure, ont accepté d'échanger quelques mots avec nous. L'ambiance n'y était pas vraiment propice. Tout le long du trajet, des manifestants distribuent des tracts mettent directement en cause les médias "traditionnels", accusés de mentir, et invitent à s'informer via d'autres moyens.

Est notamment cité le média France Soir. Ce dernier est un blog qui fonctionne sans journaliste, régulièrement épinglé pour la diffusion de fausses informations, et particulièrement apprécié de certains militants contre le pass sanitaire et/ou le vaccin.

Un des tracts distribués par des manifestants, invitant à se tourner vers des sites de "réinformation" autour du Covid-19.

"Éteignez la télé, allumez votre cerveau", lance une manifestante équipée d'un mégaphone. Plus loin, une pancarte fait explicitement référence à BFMTV. "Tous pourris ! Les journalistes, tous pourris !", crachent les enceintes du camion de tête, alors que le cortège s'approche l'hôpital Edouard Herriot, point d'arrivée de la manifestation. Le moment pour nous de quitter la manifestation.

Lire aussi : Manifestation anti-pass sanitaire, le mouvement prend de l’ampleur à Lyon

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