Garde : "Parler de titre ? Ce n’est pas tabou !"

Depuis son intronisation en juin dernier, il jouit d’une belle cote de popularité. Que ce soit ses joueurs, ses dirigeants ou les supporters, ils sont tous littéralement tombés sous son charme. Après trois années sans titre et une cristallisation autour de Claude Puel, Rémi Garde a réussi son examen de passage. Depuis le début de saison, l’OL a recouvré une certaine sérénité. Sans éluder aucune question, Rémi Garde a accepté pour Lyon Capitale de s’épancher sur ses débuts dans le costume d’entraîneur, ses aspirations, son mode de fonctionnement. Confessions. (Entretien paru dans notre mensuel de novembre 2011).

Lyon Capitale : Quel bilan tirez-vous du début de saison ?

Rémi Garde : Le bilan est assez satisfaisant. Nous sommes dans les temps de passage. Avant la saison, nous avions comme objectif de bien débuter en championnat et de passer le tour préliminaire de la Ligue des champions. Nous avons réussi cet objectif-là. Mais ce n’est qu’un point de passage, car les bilans se tirent plus tard.

Vous vous attendiez à un début aussi prometteur ?

Je l’espérais. J’ai tout fait avec mon staff technique pour que ça se passe comme ça. Est-ce que je m’y attendais ? C’est difficile à dire, car le football n’est pas une science exacte. Il a fallu composer durant l’été sans recrutement, mais je savais que je pouvais compter sur les joueurs de l’effectif. Des joueurs de qualité.

Êtes-vous surpris que vos joueurs aient semblé, d’emblée, adhérer à votre discours ?

Si je réponds non, ça va faire un peu prétentieux, non ? (Sourire.)

À titre personnel, comment avez-vous vécu ces premiers mois ? Vous avez reçu notamment une chaude ovation du public lors de la présentation de l’équipe à Gerland...

Quelque part, cet accueil, ça m’a réconforté. Un entraîneur, comme un joueur, est toujours à la recherche de quelques signaux pour savoir s’il est dans le bon chemin. C’était sympa. C’étaient des encouragements bienvenus à un bon moment. Quand j’ai pris le job, il y avait de nombreuses décisions à prendre, des choses à mettre en place. C’était bien, dans cette période, de ressentir une telle chaleur. Sinon, j’ai bien vécu ces premiers mois, qui sont passés très vite. On est rythmé par la compétition, les entraînements, le quotidien... On ne voit pas le temps passer.

Que redoutiez-vous le plus au moment de votre nomination ?

Même si je suis un grand passionné de football, j’ai besoin par moments de soupapes de sécurité. De couper, de faire autre chose... Ce métier d’entraîneur prend énormément de temps, demande beaucoup d’énergie. L’inquiétude résidait dans le fait de savoir si j’allais réussir à trouver un moment pour pouvoir couper, me régénérer, souffler... Ça me semble nécessaire afin de garder une certaine lucidité et une certaine fraîcheur d’esprit.

Vous avez réussi cet objectif ?

Pour le moment, oui. Car j’ai la chance d’avoir un staff sur lequel je peux m’appuyer. Je sais que, chacun dans leur domaine, ils sont compétents. C’est quelque chose qui me semblait indispensable pour que je puisse bien fonctionner.

"J’aime mes joueurs !"

Vous êtes encensé par les supporters, vos joueurs, vos dirigeants et les médias. Vous qui êtes perçu comme quelqu’un de plutôt timide, êtes-vous gêné par tant de flagornerie à votre égard ?

Déjà, je ne suis pas timide mais réservé. Ce n’est pas vraiment la même chose (sourire). Pour répondre à votre question, même en vieillissant, je ne me refais pas. Je ne suis pas du tout attiré par la lumière et les mondanités. Maintenant, je pense qu’il y a tout de même un petit sentiment de fierté d’apporter quelque chose à l’OL. Comme un joueur qui apporte quelque chose à l’équipe, moi j’apporte ma pierre à l’édifice au niveau du club. À vrai dire, je n’accorde pas plus d’importance que ça à ce qui peut se dire à mon sujet. Ce qui m’importe, c’est que l’équipe soit dans le sens de la marche, que les gens du club soient contents de venir travailler et surtout que les supporters soient heureux de venir au stade. Qu’ils ressentent des émotions. Lorsqu’on va au stade en tant que spectateur, c’est pour avoir des émotions. C’est pour cela qu’on aime le foot. Je suis donc content d’avoir contribué à ce que ça soit le cas à l’heure actuelle.

Certes, mais pour l’instant tout est beau, tout est rose... mais, on le sait bien, l’univers du foot est sans pitié. Lorsque l’équipe va mal tourner, l’effet inverse va se produire et vous allez devoir affronter les critiques...

Je me dis que ça arrivera... J’espère le plus tard possible, mais ça arrivera forcément. Dans le football, c’est inéluctable. Quand j’étais joueur, je ne voulais pas trop profiter des instants de bonheur, car j’avais du mal à vivre les critiques dans les moments où c’était plus compliqué. Aujourd’hui, j’ai un peu changé, car je me dis que c’est important de vivre les instants présents. De profiter pleinement tout en cherchant pourquoi ça marche et pourquoi ça ne pourrait plus marcher. L’idéal, c’est toujours de trouver une certaine mesure. De ne pas passer d’un extrême à l’autre.

Vous qui êtes féru de culture, vous sentez- vous quelque part comme un chef d’orchestre ?

Oui, je le pense, même si ça ne doit pas être interprété comme quelque chose de prétentieux (sourire). Une équipe et un club sont composés de différents solistes, avec des egos importants car c’est très médiatisé. Les joueurs sont très sollicités. Mon rôle est effectivement de leur donner une partition et qu’on essaye tous de la lire et d’avoir un temps d’avance sur nos adversaires. De mettre de l’huile dans tous les rouages et de faire en sorte que tous ces musiciens se sentent importants dans leur spécificité.

Quelle est votre mélodie, votre philosophie de jeu ?

C’est déjà d’avoir tous la même, ce qui n’est pas évident. N’oubliez pas qu’il n’y a pas onze joueurs mais un groupe d’une vingtaine de joueurs qui aspirent tous à jouer. Sinon, l’objectif, c’est de prendre du plaisir. D’avoir des émotions. C’est toujours de trouver cet équilibre lorsque l’équipe a le ballon et lorsqu’elle ne l’a pas. Et d’essayer d’avoir le plus souvent la possession puisqu’on a la capacité, les joueurs pour ça. Tout en faisant prendre conscience aux joueurs que lorsqu’on n’a pas le ballon, on peut aussi avoir beaucoup de plaisir à faire déjouer l’adversaire et à le récupérer.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué pour vous dans votre fonction d’entraîneur ? Par exemple, est-ce que ce n’est pas compliqué de dire à un joueur qu’il ne jouera pas ?

Ce n’est pas de le lui dire qui est compliqué, c’est qu’il le comprenne. C’est difficile de lui faire comprendre. Ce n’est sincèrement pas un domaine qui me pose problème. J’aime bien discuter avec les gens. Ce qui, à la limite, peut être difficile dans cette fonction d’entraîneur, c’est de gérer l’extrasportif. Il faut gérer toutes les sollicitations internes et externes. Savoir mettre des barrières, maîtriser tout ça, car il ne faut pas se couper de nos partenaires et de nos supporters. Et, en même temps, il ne faut pas s’éparpiller et garder une préparation adaptée au sport de haut niveau. Cela demande beau-coup de subtilité pour tenter de trouver le bon dosage.

On a le sentiment que vous êtes un entraîneur qui fonctionne à l’affectif...

Effectivement, je fonctionne à l’affect. Mais je sais aussi que ça peut être dangereux et que ça a ses limites. Je n’ai pas peur de dire que j’aime mes joueurs. Je les aime parce qu’ils me rendent quelque chose. Ils s’investissent. Sur ces premiers mois passés avec le groupe, je suis très souvent fier d’eux, de leur attitude. Quelque part, ça crée des liens. Après, ils savent qu’ils ne sont que onze à être titulaires. Chaque week-end, il y en a cinq ou six qui espéraient être sur la feuille et qui n’y sont pas. J’ai beau avoir de l’affection et de l’estime pour eux, je dois faire des choix.

Vos dirigeants répètent à l’envi que cette saison l’OL va donner sa chance aux jeunes. Comment arrivez-vous à gérer ces jeunes joueurs qui piaffent d’impatience ?

Déjà, j’essaie de les gérer en les respectant. Le mot "respect", je l'emploie beaucoup dans la vie interne du groupe, et forcément je me l’applique à moi-même. Pour être passé par là, c’est compliqué. Surtout que j’en ai beaucoup de jeunes. Notamment de cette génération 1991. Cette année, les objectifs du club sont encore très élevés, on le voit médiatiquement. À moi de trouver l’équilibre entre l’envie de s’appuyer sur les jeunes et l’envie de faire gagner l’équipe. J’ai bien conscience que, pour certains jeunes, c’est compliqué puisqu’ils n’ont pas été concernés. J’essaie d’être juste et attentif à ceux qui vont se révéler au fur et à mesure de la saison, et de leur donner des solutions nouvelles.

"Il n’y a pas de mystère Gourcuff"

Vous signez pour quelle place à la fin de la saison ? Finir dans les trois premiers ! Plus personne n’ose parler de titre à l’OL...

(Il coupe.) Si, si. Je l’ai dit en début de saison. Je ne m’interdis pas de parler de titre et de le jouer. Ce n’est pas tabou ni de la fausse modestie, mais j’espère qu’à la fin de la saison on ne sera pas loin du titre. Quand je dis que j’ai envie de signer pour les trois premiers, il y a premier aussi (sourire). Après, je sais que pour jouer le titre il ne faudra pas trop perdre de joueurs au niveau des blessures, des suspensions, lors des gros matchs.

Comment allez-vous insérer Yoann Gourcuff dans votre système de jeu actuel ?

Je m’adapte. Comme je l’ai fait en début de saison en son absence. Je n’ai pas de souci à intégrer un joueur qui a du talent dans mon équipe. Vous savez, le souci Gourcuff, il existe quand il est absent. Pas quand il est apte.

Pensez-vous que Yoann Gourcuff est capable de recouvrer son niveau d’antan ?

Je ne suis pas inquiet à son sujet. Il faut toujours se souvenir que, derrière un joueur qu’on voit sur un rectangle vert, il y a un homme. Sur onze joueurs, il y a onze personnalités différentes. Ils ont chacun une manière différente d’appréhender les choses, leur carrière, leurs sollicitations, et ça il faut le respecter. Yoann est sur le bon chemin. Est-ce qu’il devrait communiquer plus ? Il est dans une période où c’est difficile. Si on reprend la chronologie depuis un an et demi, ce n’est pas évident. C’est quelqu’un qui aime la perfection, se met des objectifs très élevés. Lorsqu’il ne peut pas les atteindre, pour X raisons, il est frustré et peut se renfermer. Mais, franchement, il n’y a pas de mystère Yoann Gourcuff...

À quelle place, vous le trouvez le plus efficace ?

Il peut exprimer son talent derrière un ou deux attaquants. Dans un système idéal. Après, si on passe en revue tous les joueurs de mon effectif et qu’on leur demande à quel poste ils préfèrent jouer, quelque part, c’est compliqué de tous les satisfaire. Je dispose d’un effectif, à moi de trouver les meilleures solutions pour eux, et à eux de trouver les solutions pour qu’on y arrive. J’ai des idées en tête, dont certaines qui peuvent être intéressantes pour Yoann [Gourcuff]. On en a déjà parlé ensemble d’ailleurs.

Concernant Cris, êtes-vous agacé qu’on puisse penser que vous êtes sous influence ? En somme, que vous n’avez pas le choix de l’aligner, au regard de son statut...

Je ne me laisse pas perturber par tout ce qui peut se dire... En l’occurrence, sur Cris, je n’ai pas de souci avec lui. On ne peut pas, dans un club comme l’OL, qui se doit d’obtenir des résultats, réclamer une place de titulaire. Ce qu’aucun de mes joueurs n’a fait d’ailleurs. Mes joueurs réclament d’avoir un entraîneur le plus juste et honnête possible. N’oubliez pas les années où l’on a gagné les titres. Je me souviens, en tant qu’entraîneur adjoint, j’allais voir les matchs en tribune, j’avais deux ou trois joueurs à côté de moi et c’étaient des internationaux. Alors, bien sûr que pour eux c’était dur, mais le club gagnait et la semaine d’après ces mêmes joueurs jouaient et pouvaient marquer. C’est ça, mon objectif : faire comprendre qu’à un moment ou à un autre chaque joueur apportera quelque chose pour que le club gagne ! Après, si cette situation pèse trop à certains ou qu’elle perdure, il y a un mercato tous les six mois.

Sauf que vous savez très bien qu’il y a des joueurs qui ont un statut et que c’est plus compliqué de leur dire d’aller s’asseoir sur un banc...

Mais ce qui m’importe, c’est la performance des joueurs. Dans certaines décisions, je prends en compte le statut des joueurs ou l’âge, mais pas dans ma composition d’équipe. C’est dans l’intérêt de tout le monde.

Votre effectif est moins fourni en expérience qu’à l’époque Gérard Houllier. Les roulements sont moins nombreux...

Les roulements se font avec des joueurs qui ont moins d’expérience. Puisque c’est la politique du club. À cette époque, c’est plus facile de faire des roulements, mais ce n’était pas facile de faire admettre à un joueur international qu’il n’allait pas jouer. C’est là où les jeunes ont un petit avantage. Lorsqu’on leur donne du temps de jeu, ils doivent saisir l’occasion et se livrer comme des morts de faim. Ce qui, pour l’instant, n’est pas le cas de tout le monde... Même si ce n’est pas facile de rentrer dix minutes, ils doivent vraiment tout donner.

Vous avez signé pour un an. Avez-vous décidé ou non de prolonger l’aventure lyonnaise ?

Non. Peut-être qu’il faut que je passe dans des périodes plus difficiles et que ça donnera des indications à tout le monde sur cette envie ou non.

Vous avez envie de continuer, tout de même ?

Je vous rassure, je serai là demain ! (Rires.)

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