La dépression, ennemie publique d'une société qui irait de l'avant, aurait trouvé son maître. Une molécule destinée à préserver ce fameux "moral des ménages", dont on ne comprend pas toujours, il faut bien l'avouer, ce qui le relie aux mécanismes économiques.
Sauf à admettre de manière un peu simpliste, que le portefeuille d'un joyeux luron serait plus percé que celui d'un triste sire. Baisse du pouvoir d'achat ? Un p'tit Prozac et ça repart !
Pour ma part, j'ai plutôt une propension à dépenser de l'argent quand mon moral est plus bas...
Ceci pourrait prêter à sourire si parallèlement certains psychothérapeutes ne s'inquiétaient pas du recours systématique de leurs confrères à des prescriptions médicales lourdes, face au mal-être de leurs patients. Anxiolytiques, antidépresseurs, neuroleptiques... de plus en plus fort, de plus en plus vite. La tentation est grande de soigner rapidement dans une société qui supporte de moins en moins... les mots.
Car le débat in fine est bien là. C'est l'héritage freudien qui est mis à mal depuis quelques années. Les thérapies qui s'appuient sur la psychanalyse et qui se fondent sur la parole "féconde" du patient sont remises en cause.
Pour preuve, ces dernières années, le vif débat sur la création d'un statut pour les psychanalystes (parfois légitime face à d'autoproclamés guérisseurs), puis surtout, la parution du controversé "Livre noir de la psychanalyse" où de nombreux spécialistes (psychiatres, scientifiques...) remettent en question des décennies de pratiques analytiques, indiquant un peu plus nettement où se situe le débat aujourd'hui.
La psychanalyse s'est-elle fourvoyée à force de placer exclusivement le patient au centre de sa propre guérison, longue et hypothétique? Que reste t-il de la part du "sujet" - grand principe de l'apport freudien - à qui on administre un remède de cheval ?
Thérapies chimiques contre thérapies de la parole. Gageons que cette opposition, sans doute un peu caricaturale, sera au cœur des avancées scientifiques et des questionnements de notre société. Mais pour qu'ils subsistent, ne laissons pas la réponse précéder la question.
Car la découverte d'une molécule miracle contre la dépression, dont l'enjeu économique est colossal, pourrait donner à certains la tentation de clore le débat.