Alain Barberis, secrétaire régional Auvergne-Rhône-Alpes du syndicat Alliance Police Nationale, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
"Nos policiers se sont vus mourir ce week-end". Alain Barberis, secrétaire régional Auvergne-Rhône-Alpes du syndicat Alliance Police Nationale, dénonce une "faillite de la sécurité" à Lyon, au lendemain du saccage de la Presqu’île de Lyon. Il décrit des policiers "épuisés" et "très en colère", un dispositif débordé et une "crise d’autorité", dont il impute la responsabilité aux politiques.
"(Les casseurs et pilleurs) ont gagné une bataille samedi. Par contre, ils n’ont pas gagné la guerre." Alain Barberis ne mâche pas ses mots pour qualifier le week-end de violences qu’a connu Lyon.
Entre 150 et 200 commerces saccagés, principalement dans le cœur de la Presqu’île, dont une centaine entièrement pillés selon la Métropole de Lyon (162 commerces attaqués selon l’association My Presqu’île). L’Office du tourisme, pavillon emblématique de la place Bellecour, intégralement brûlé. Des images qui ont fait la une du Guardian, du Wall Street Journal ou encore de la radio britannique LBC.
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Samedi 17 octobre, le cœur de Lyon a été mis à sac par des milliers de casseurs et de pilleurs, même si aucun chiffre précis n’a été communiqué à ce jour. Un saccage urbain "orchestré par les black blocs (...) formés majoritairement de militants d’extrême gauche" en quête d’affrontements, selon l’historien François-Guillaume Lorrain, rédacteur en chef des pages Histoire du Point. Dans un second temps, des pilleurs venus des banlieues (d’après le syndicat de police Un1té.) attirés par les commerces, ont profité du chaos.
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"Personne ne s’attendait à ce mouvement"
Interrogé sur la "perte de contrôle dans certaines villes" évoquée dimanche soir par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez (qui a remis se a démission, refusée par le président de la République, Alain Barberis ne tergiverse pas : ce qui Lyon, "la police lyonnaise a été complètement débordée". "Aujourd’hui, c’est une faillite, une faillite de la sécurité », poursuit-t-il. Le syndicaliste tient pourtant à saluer le professionnalisme de ses collègues, "très courageux", qui ont permis qu’il n’y ait "aucune victime de part et d’autre". "C’est le seul point positif", souligne-t-il. Mais le moral est au plus bas : les policiers sont "fatigués, épuisés, mais également très en colère".
Le préfet a dû faire appel à un escadron de gendarmerie mobile supplémentaire, au véhicule d'intervention polyvalent de la gendarmerie, baptisé Centaure. "Des centaines de policiers étaient quand même prévus dans le dispositif, mais personne ne s’attendait à ce mouvement, encore une fois inédit et épouvantable."

"Une convergence assez inédite" entre casseurs et pilleurs
Pour Alain Barberis, le phénomène dépasse largement Lyon. Il cite Clermont-Ferrand, Grenoble, Valence ou Annecy, et évoque un mouvement national. Ce qui le rend "inédit", c’est l’alliance de deux profils : d’un côté, des "groupuscules d’ultragauche très expérimentés, très organisés, très mobiles", de l’autre, des individus "là uniquement pour profiter de la situation" et piller les commerces.
Il accuse l’ultragauche de s’infiltrer depuis des années dans toutes les manifestations, y compris celles encadrées par les confédérations syndicales, "pour essayer de semer le désordre". "Ce sont des révolutionnaires. Ils ont réussi leur coup", regrette-t-il. Quant aux pilleurs, "c’est quelque chose de connu, mais cette convergence assez inédite, on en voit le résultat aujourd’hui".
"Nous sommes au fond du trou"
Faut-il rétablir l’état d’urgence, comme lors des émeutes de 2005, ainsi que le réclament certains responsables politiques ? Le syndicaliste renvoie la décision aux élus : "C’est aux responsables politiques de prendre leurs responsabilités. Nous en sommes là à cause d’eux." Alliance réclame depuis longtemps un "électrochoc d’autorité". "Nous sommes dans une crise d’autorité et nous savions qu’à un moment donné, nous allions arriver à cela. Sauf qu’aujourd’hui, nous sommes au fond du trou. Nous avons franchi toutes les limites possibles."
Le président de la République n’est pas épargné. Alain Barberis lui reproche d’avoir envoyé de "très mauvais signaux" aux forces de l’ordre, en affirmant que les policiers ne seraient pas assez "pédagogues et empathiques" envers les manifestants. Il reconnaît la légitimité des revendications lycéennes, rappelant que manifester est un droit constitutionnel et que "chaque policier a aussi des enfants". Mais il pointe aussi la responsabilité de l’extrême gauche, qui répète aux jeunes "que la police tue". "Tous ces politiques ont bien évidemment une part de responsabilité, une grande part de responsabilité."

"S’il n’y a plus de limites, quelle va être la prochaine étape ?"
Reste la question qui hante les Lyonnais : que se passera-t-il la prochaine fois ? Des casseurs ont été vus tentant de forcer des portes d’immeubles." S’il n’y a plus de limites, quelle va être la prochaine étape ?" Tout le monde se pose cette question", admet Alain Barberis, appelant préfecture, police et élus à tout faire pour l’éviter.
Il dénonce un "abandon de l’État dans le Rhône". Il affirme avoir alerté directement le ministre de l’Intérieur il y a quelques mois sur un déficit de plus de 300 gardiens de la paix à Lyon. "Imaginez que nous ayons eu ces 300 gardiens de la paix ce week-end. Nous aurions peut-être eu beaucoup moins de dégâts." Et d"e conclure, à propos de ses collègues : "Ils se sont vus mourir ce week-end. Et heureusement, nous avons réussi à éviter toute victime des deux côtés. Franchement, je leur tire mon chapeau.
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La retranscription intégrale de l'entretien avec Alain Barberis
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Alain Barberis. Bonjour. Alain Barberis, vous êtes secrétaire régional Auvergne-Rhône-Alpes du syndicat Alliance Police Nationale. Laurent Nuñez, dimanche, a parlé d'une perte de contrôle des forces de l'ordre dans certaines villes. Est-ce que ça a été le cas à Lyon ?
Un débordement, c'est évident, avec le résultat que l'on connaît. Aujourd'hui, c'est une faillite, une faillite de la sécurité. Nous sommes arrivés à un moment où nos collègues, très courageux, je le rappelle malgré tout, ont permis, et c'est le seul point positif dans ce qu'on aura pu voir, qu'il y ait des vies sauvées. Aucune victime de part et d'autre. Je tiens vraiment à souligner leur professionnalisme. Cela étant, tout le monde est sidéré. Nos collègues sont fatigués, épuisés, mais également très en colère.
Oui, le moral des troupes est au plus bas. Il y a une colère au sein des forces de l'ordre parce qu'effectivement, il y a eu un nombre important de casseurs et de pilleurs. Nous reviendrons sur la collusion entre les deux. On a l'impression qu'il y a eu un dispositif clairement sous-dimensionné et un mouvement qui a été sous-estimé.
C'est un mouvement inédit. Je rappelle que ce qui s'est passé à Lyon s'est également passé au niveau de la région. J'ai de nombreux exemples, que ce soit Clermont-Ferrand, Grenoble, Valence, Annecy, et également au niveau national. C'est donc un mouvement inédit. Pourquoi ? Parce qu'on a eu un mouvement de groupuscules d'ultragauche très expérimentés, très organisés, très mobiles. À cela se sont ajoutés des pilleurs, des individus qui étaient là uniquement pour profiter de la situation et vandaliser, malheureusement, les commerces.
Oui, nous n'avons pas encore les chiffres de la préfecture, mais on a l'impression que cela s'est quand même concentré à Lyon, vraiment au cœur de la Presqu'île, et qu'il y avait un nombre monstrueux de pilleurs.
La police lyonnaise a été complètement débordée. D'ailleurs, le préfet a dû faire appel à un EGM, un escadron de gendarmerie mobile supplémentaire, aux Centaures, au canon à eau, etc. Des centaines de policiers étaient quand même prévus dans le dispositif, mais personne ne s'attendait à ce mouvement, encore une fois inédit et épouvantable.
Les casseurs, ce n'est pas nouveau. Les pilleurs, ce n'est pas nouveau. Mais là, on a assisté à quelque chose avec un effet XXL, avec une sorte de collusion entre casseurs et pilleurs.
C'est exactement cela. Je rappelle quand même que, concernant l'ultragauche, aujourd'hui, il n'y a pas une seule manifestation déclarée et encadrée, même par des confédérations syndicales, dans laquelle elle ne s'infiltre pas. Si vous regardez bien, depuis des mois, pour ne pas dire depuis quelques années, il n'y a pas une manifestation où l'on ne retrouve pas l'ultragauche qui s'infiltre pour essayer de semer le désordre. Parce que je vous rappelle que ce sont des révolutionnaires. Ils ont réussi leur coup. C'est malheureux de le dire, mais ils ont gagné une bataille samedi. Ils ont gagné une bataille. Par contre, ils n'ont pas gagné la guerre. Je le dis de manière très claire. Ils ont gagné une bataille parce que leur message politique, idéologique, c'est la révolution. Alors que les pilleurs, c'est encore autre chose. C'est quelque chose de connu, mais cette convergence assez inédite, on en voit le résultat aujourd'hui.
Vous employez une sémantique particulière. Vous parliez de 'bataille', d'une première bataille gagnée. Cela veut dire que derrière, il y en aura une seconde, voire davantage. Vous parlez aussi de 'guerre'. Il y a eu quelques interventions politiques pour demander l'état d'urgence, d'autres parlent carrément d'état de siège. Concernant l'état d'urgence, que l'on a connu pendant les émeutes de 2005 dans les banlieues, est-ce que c'est quelque chose qu'il faut absolument remettre en place ou pas ?
C'est aux responsables politiques de prendre leurs responsabilités. Nous en sommes là à cause d'eux. Je rappelle qu'Alliance Police Nationale demande depuis déjà un certain temps cet électrochoc d'autorité. Aujourd'hui, nous sommes dans une crise d'autorité et nous savions qu'à un moment donné, nous allions arriver à cela. Sauf qu'aujourd'hui, nous sommes au fond du trou. Nous avons franchi toutes les limites possibles.
Oui, on a l'impression, je reprends la sémantique du président de la République ou de Laurent Nuñez, avec le terme "factieux", qu'il n'y avait plus de limites, plus de limites du tout.
Vous me parlez du président de la République. Il n'a pas arrangé la situation avec ses déclarations et des signaux très mauvais vis-à-vis, notamment, des forces de l'ordre. Lorsqu'on parle des blocages de lycées, les lycéens ont des revendications légitimes. C'est un droit constitutionnel de manifester, de déclarer une manifestation, et nous sommes avec les étudiants. Il ne faut pas oublier que chaque policier a aussi des enfants. Il n'y a pas de débat. Cela étant, lorsqu'on envoie un message disant que les policiers ne sont pas assez pédagogues et empathiques vis-à-vis, notamment, des manifestants, parmi lesquels se trouvent des casseurs, je vous laisse imaginer ce que cela a pu produire derrière. Il en va de même pour l'extrême gauche. Lorsqu'on n'arrête pas de répéter, notamment aux jeunes, que la police tue, que le problème vient finalement de la police et donc, à travers la police, que c'est l'État qui est en cause, tous ces politiques ont bien évidemment une part de responsabilité, une grande part de responsabilité.
La grande question que tout le monde se pose, qui est dans toutes les têtes, que ce soit à Lyon ou dans les autres villes, c'est : que va-t-il se passer la prochaine fois ? Parce que là, on a l'impression qu'effectivement, il n'y avait plus aucune limite dans les pillages, dans les dégradations. On a vu aussi, en tout cas je l'ai vu de mes propres yeux, des casseurs qui essayaient d'ouvrir les portes des immeubles. Est-ce que la prochaine étape, ce seront des intrusions dans les immeubles ?
Il va falloir tout faire, du côté de la préfecture, des forces de police et des élus, pour que cela n'arrive pas. Mais bien évidemment, s'il n'y a plus de limites, quelle va être la prochaine étape ? Tout le monde se pose cette question. Je rappelle aussi qu'il y a aujourd'hui un abandon de l'État dans le Rhône. Je rappelle que j'ai saisi directement le ministre de l'Intérieur il y a quelques mois pour lui signaler qu'il nous manquait plus de 300 gardiens de la paix à Lyon. Imaginez que nous ayons eu ces 300 gardiens de la paix ce week-end. Nous aurions peut-être eu beaucoup moins de dégâts. Je vais vous dire, nos policiers ont eu, excusez-moi l'expression, très chaud aux fesses. Ils se sont vus mourir ce week-end. Et heureusement, nous avons réussi à éviter toute victime des deux côtés. Franchement, je leur tire mon chapeau.
Nous allons rester sur cette note un peu positive dans ce chaos. Merci Alain Barberis d'être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Pour plus d'informations sur l'actualité lyonnaise, www.lyoncapitale.fr. Au revoir.
