Docteur Louis Larrouquère, oncologue au centre Léon Bérard, et Cyril Lafon, directeur de recherche Inserm et co-porteur du projet, devant la technologie NaviFUS. (CM)

Métastases cérébrales : à Lyon, le centre Léon Bérard se dote d’une nouvelle technologie de soins, la première en Europe

Le centre Léon-Bérard de Lyon a récemment acquis NaviFUS, un appareil permettant d’ouvrir de manière temporaire la barrière hémato-encéphalique grâce à des ultrasons et d’augmenter la concentration de médicaments dans le cerveau. Le centre espère pouvoir lancer ses premiers essais cliniques d’ici fin 2027 sur une trentaine de patients.

C’est une innovation qui pourrait faire évoluer de façon considérable le traitement des métastases cérébrales. Alors que l’on estime à 80 % le nombre de tumeurs cérébrales étant des métastases aujourd’hui en France et que l’espérance de vie des patients ne dépasse pas un an, le centre Léon-Bérard, situé dans le 8e arrondissement de Lyon, se positionne une nouvelle fois comme un leader dans la recherche contre le cancer. Le centre a en effet inauguré ce mercredi 14 octobre NaviFUS, une nouvelle technologie permettant d’ouvrir de manière temporaire et réversible la barrière hémato-encéphalique grâce à des ultrasons afin de venir augmenter la concentration de médicament dans le cerveau. "Une première en Europe et une chance pour la région Auvergne-Rhône-Alpes", s’est félicité Jean-Yves Blay, directeur général du centre Léon-Bérard.

Si des technologies existent déjà depuis plusieurs années, elles traitent toutefois les métastases, soit de façon trop large ou de façon trop localisée face à une barrière hémato-encéphalique très résistante contre certains métaux et poisons - comme les médicaments - empêchant donc de venir complètement traiter les métastases. "Notre corps a développé un système d’efflux, c'est-à-dire que les médicaments qui rentrent peuvent ressortir avec des ponts. Donc il y a un vrai enjeu de faire quand même entrer en quantité importante les médicaments pour ne pas qu’une partie ressorte", explique le docteur Louis Larrouquère, oncologue au centre Léon Bérard.

Quelques définitions

Métastase : une métastase est une tumeur secondaire formée par des cellules cancéreuses qui s'est détachée d'une tumeur initiale et a migré, par voie sanguine ou lymphatique, puis s'est installée dans une autre partie du corps.

Barrière hémato-encéphalique
: la barrière hémato-encéphalique est une structure physiologique qui protège le cerveau contre les toxines, les agents pathogènes (bactéries, virus) et les fluctuations chimiques ou hormonales présentes dans le sang.

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Système de pression-dépression dans les vaisseaux sanguins

Pour y parvenir, NaviFUS utilise un système de compression/dépression dans les vaisseaux sanguins du cerveau. "Lorsque l’on applique des ultrasons, on envoie de manière séquencée des compressions et des dépressions. Les micro-bulles qu’on envoie dans les vaisseaux sanguins du patient vont se mettre à osciller et ces oscillations vont créer des forces sur les capillaires dans lesquelles elles circulent de manière à étirer les jonctions extrêmement serrées des cellules endothéliales qui composent ces vaisseaux sanguins. Cela va créer des espaces transitoires, temporaires, pour permettre aux drogues que l’on injecte de se diffuser", détaille Cyril Lafon, directeur de recherche Inserm et co-porteur du projet. En d’autres termes, on appelle cela de la cavitation. "C’est le même principe que lorsqu’on ouvre une bouteille d’eau pétillante. On crée une dépression et le gaz qui est dissous dans cette bouteille d'eau gazeuse crée des bulles qui grossissent et remontent à la surface", image-t-il.

Concrètement, le jour de l’intervention, le patient reçoit son médicament par voie intraveineuse ou voie orale, puis on lui injecte les micro-bulles par voie intraveineuse. Vient ensuite le tour de la machine. Un premier bras équipé de trois petites boules vient détecter la zone métastasée grâce à l’infrarouge pour venir synchroniser des images de scanner et d’IRM préalablement réalisées, et un second est équipé de la sonde à ultrasons. "Lorsque l’on déplace la sonde, on peut donc voir sur l’écran où va se trouver le faisceau", complète Louis Larrouquère. L’appareil a été volontairement pensé pour être facile à prendre en main afin que le patient puisse, lui aussi, positionner le premier bras sur sa tête. La machine indique ensuite par un signal sonore que la zone a été trouvée et l'intervention dure à peine une minute. "Le traitement est complètement indolore pour le patient et la machine ne fait aucun bruit. Elle permet aussi de faire plusieurs traitements à la suite lorsqu’on la maîtrise", ajoute l’oncologue. Quant aux possibles effets secondaires, Louis Larrouquère rassure : "Il peut y avoir un léger échauffement du crâne, mais ça reste une irritation mineure. Au niveau des complications graves, ce ne sont pas des choses qui sont imputables à la technologie, mais plutôt à la maladie. Ce qui va être important ensuite, c’est d’utiliser le bon médicament."

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Une trentaine de patients traités d’ici début 2028

Le nombre de patients restera toutefois limité une fois les essais cliniques mis en route. "Environ une trentaine, indique Louis Larrouquère, mais le nombre va dépendre du financement que l’on obtiendra." Des statistiques seront ensuite établies, permettant de démontrer la sécurité et l’efficacité du traitement. "Une fois cette période de validation terminée, on va pouvoir discuter d’un essai à une plus large échelle avec une centaine de patients, mais on va aussi avoir besoin d’autre chose, et c’est là où l’on est leader dans la région, c’est que d’autres machines soient investies en Europe. On va être les premiers en Europe à motiver à investir dans cette technologie", espère encore le docteur.

Côté délais, le centre Léon-Bérard espère pouvoir lancer ses premiers essais d’ici fin 2027 ou début 2028, puis 2030 "pour créer un engouement et lancer un essai plus conséquent pour, pourquoi pas, obtenir une autorisation de remboursements", détaille Louis Laffouquère. Et de conclure : "On se donne une fourchette large de cinq ans."

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