Jeux vidéo : quels bienfaits chez les jeunes ?

Longtemps jugés responsables de nombreux maux chez l’enfant et l’adolescent, les jeux vidéo font de moins en moins l’objet de discours anxiogènes. Ils présentent même certains bienfaits. Explications.

Stimulation

Grands tournois d’e-sport, Paris Games Week, ZEvent et bientôt peut-être un festival international… Le jeu vidéo revient en force sur le devant de la scène. Considéré comme une forme d’art, synonyme de créativité et d’innovation, il fait partie désormais de notre capital culturel. La communauté scientifique contribue aussi à redorer son blason. Selon elle, les jeux vidéo stimulent certaines qualités chez les enfants et les adolescents, favorables à leur développement et leur bien-être.

Des capacités cognitives stimulées

Les jeux vidéo ont un effet bénéfique sur les capacités cognitives de l’enfant. Selon le type de jeu, le jeune est amené à relever des défis, faire des choix, résoudre des énigmes, activer sa créativité… Autant d’activités qui vont lui permettre de développer toutes sortes de compétences, transposables dans la vie de tous les jours.

“Les jeux vidéo participent au développement de la concentration. Ils entraînent les jeunes à prendre des décisions rapidement, à résoudre des problèmes et à imaginer différentes stratégies. À titre d’exemple, les jeux d’enquête stimulent la réflexion, les jeux de guerre encouragent la réactivité et la rapidité”, souligne Olivier Duris, psychologue clinicien à Paris, docteur en psychopathologie.

Un lien social favorisé

Longtemps accusés d’isoler les jeunes, la plupart des jeux vidéo, s’ils sont bien gérés, sont plutôt considérés comme des facilitateurs de lien social. À l’adolescence, la communication du jeune avec ses pairs peut s’avérer difficile. Derrière son écran et protégé par son avatar, l’ado socialise beaucoup plus facilement.

On en voit même au tempérament plutôt réservé dans la vraie vie se révéler téméraires dans le monde numérique. “Mon fils est très introverti et il n’a pas de copains à l’école, ce qui ne manquait pas de m’inquiéter, témoigne Charlotte, mère de Victor, 17 ans. D’autant qu’il passe beaucoup de temps sur les jeux vidéo, et j’avais peur que cela ne l’enferme davantage. Contre toute attente, cela l’a aidé à se faire des amis, qu’il a fini par rencontrer dans la vraie vie ! Ils se ressemblent et ils sont à l’aise ensemble, et cela lui a redonné de la confiance.”

“Les jeux vidéo sont faits pour être partagés, confirme le psychologue. D’ailleurs, la plupart se jouent à plusieurs. C’est aujourd’hui un bon moyen pour les jeunes de se retrouver entre eux, en dehors du regard des adultes. Fortnite, c’est un peu comme les skateparks des années 90 ! Et même lorsqu’il s’agit d’une pratique en solo, le jeune appartient quand même à une communauté”, rassure le psychologue.

Une meilleure gestion des émotions

Les jeux vidéo peuvent aussi agir positivement sur les émotions des enfants. Quand il ne s’agit pas de jeux compétitifs, ils permettent d’évacuer la pression et d’apaiser l’anxiété. Ils sont sources de plaisir, permettent de se défouler, de s’évader, de se retrouver en communauté autour d’un objectif commun.

C’est aussi un bon moyen d’apprendre à gérer ses échecs et ses frustrations, car les parties sont pleines de rebondissements et de difficultés qu’il faut accepter et surmonter. Le jeune apprend ainsi à rebondir et à se réguler. Les jeux vidéo peuvent aussi renforcer la confiance en soi d’un jeune qui va se découvrir certaines compétences, progresser et accumuler des réussites.

Poser un cadre

Même s’il ne s’agit plus de diaboliser les jeux vidéo, il faut toutefois tenir compte de leur fort pouvoir d’attraction. Laisser son enfant en autogestion est une mauvaise idée, même si on lui fait confiance et qu’on le considère comme raisonnable. C’est illusoire de penser qu’il pourra se gérer seul et avoir des temps de pratique limités.

“Comme pour toute activité, le parent doit poser un cadre, exactement comme on le fait pour les sorties. On n’hésite pas à échanger avec son ado pour trouver les limites les plus adaptées. Plus on encadre tôt cette pratique du jeu vidéo, plus le jeune intégrera une capacité à se réguler”, recommande Olivier Duris. Concernant l’âge auquel un jeu peut être pratiqué, les parents peuvent se référer à la norme PEGI, considérée comme très fiable.

Le psychologue ajoute : “Évidemment, certains ados sont attirés par des jeux de plus grands. S’il y a un ou deux ans d’écart, on en discute avec lui pour voir s’il se sent prêt à recevoir ce genre d’images. En tout cas, il n’y a pas particulièrement de types de jeux vidéo à bannir.”

S’intéresser à la pratique de son enfant

Le parent pourra poser ce cadre d’autant plus facilement qu’il s’intéressera à la pratique de son enfant. “L’idée, c’est de considérer le jeu vidéo comme une activité à part entière, préconise Olivier Duris. Lorsque son enfant fait du sport, de la musique, lit des livres, on s’intéresse, on en discute ensemble. Cela doit être la même chose pour les jeux vidéo. On peut même jouer avec eux ! Sinon, cela crée une distance, voire un gouffre entre les générations.”

Non seulement c’est valorisant pour l’enfant qui se sent reconnu, et non rabaissé, dans sa pratique, mais c’est aussi rassurant pour le parent qui généralement découvre un monde qui le surprend agréablement. “Quand mon fils était au collège, il jouait énormément à Minecraft, se souvient Lise, mère de Mattéo.

Équilibre avec le travail scolaire

On lui avait mis une limite de temps qu’il ne respectait jamais, et cela occasionnait beaucoup de conflits. Un jour, je lui ai demandé si je pouvais le regarder jouer, il a semblé surpris et content. Et j’avoue que j’ai été bluffée par le jeu : il faut être rapide, stratégique, c’est prenant. Et je me suis rendu compte que l’on ne peut pas arrêter à un temps donné, au milieu d’une partie ! Du coup on a davantage raisonné en termes d’équilibre par rapport à ses autres activités et à son travail scolaire, ce qui a apaisé les choses pour tout le monde” ajoute-t-elle.

Quand la pratique devient excessive

Malgré toutes ces précautions, une consommation excessive de jeu vidéo n’est pas exclue.

Olivier Duris explique : “Certains jeunes ont une pratique passionnelle. C’est très difficile pour eux d’arrêter de jouer, ils n’acceptent plus aucune limite de temps et ont du mal à passer à autre chose. Avec des répercussions évidentes sur le sommeil, l’humeur, les résultats scolaires… C’est d’autant plus problématique quand il s’agit d’une pratique solitaire et que le jeune s’isole en même temps du monde extérieur. Pour autant, ce n’est pas le jeu vidéo qui est à l’origine d’un isolement social.”

Ce repli social trouve sa cause dans le mal-être du jeune qui se réfugie dans les jeux vidéo. Grande timidité, climat familial délétère, forte attente quant aux résultats scolaires… Si le parent ne parvient pas à déjouer la cause, il ne doit pas hésiter à demander une aide extérieure. Ainsi les jeux vidéo retrouveront leur juste place en famille et les jeunes profiteront pleinement de leurs bienfaits.

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