Initiée le 25 juin dernier par le maire de Lyon, Grégory Doucet, après les révélations sur l’affaire Roman Abreu, la commission générale sur les violences sexistes et sexuelles s’est tenue ce jeudi 17 septembre. Trois heures de formation et d’interrogations avant la mise en œuvre d'un groupe de travail dans les prochaines semaines.
"Les violences sexistes et sexuelles ne se combattent ni dans l’entre-soi, ni dans le huis clos, ni dans le silence." C’est par ces mots du maire de Lyon, Grégory Doucet, que s’est ouverte ce jeudi 17 septembre la commission générale de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), initiée par la Ville de Lyon en juin dernier en réponse à l’affaire Roman Abreu, ancien directeur de campagne de Jean-Michel Aulas visé par une plainte pour viol par soumission chimique déposée par une militante Génération Aulas. Pour Grégory Doucet il était donc urgent que le monde politique "se regarde en face" pour que "la honte change de camp." Et d’ajouter : "Je ne demande à personne ici de renoncer à ses convictions, mais de reconnaître qu’il existe des combats que l’on ne peut pas mener en étant dispersés."
Cette commission, ouverte au public, est une première étape pour la Ville de Lyon. D’ici quelques semaines, l’ensemble des groupes de l’hémicycle seront invités à participer à un groupe de travail afin d'élaborer un plan municipal de lutte contre les VSS. Le texte sera soumis au vote d’ici l’été 2027. "Nous devons construire une politique qui survive aux alternances, parce que la protection des victimes ne peut jamais dépendre de la couleur politique d’une majorité", a ainsi expliqué Grégory Doucet.
277 000 femmes victimes en 2023
Pour ouvrir cette première séance de travail, Sylvie Tomic, adjointe au maire déléguée aux Droits et à l’Égalité, a tenu a rappelé que les VSS "ne surviennent pas par hasard." "C’est toute la société qui le permet. Elles sont loin d’être un phénomène nouveau. Il est temps de ne plus rien banaliser, ne rien minimiser", a-t-elle affirmé. Plusieurs volets ont donc été abordés : historique, sociologique et judiciaire. Avec un constat d’abord : 277 000 femmes auraient été victimes de viol, tentative de viol ou d'agression sexuelle en France en 2023. Pire encore, seules 19 390 d’entre elles ont porté plainte, soit 7 %. 73 % de ces plaintes seront finalement classées sans suite, a rappelé Murielle Salle, enseignante-chercheuse en histoire à l’université Claude Bernard Lyon 1. L'un des enjeux était ensuite de comprendre d’où viennent les VSS et quels sont leurs objectifs. Elle répond : "Les violences sexistes et sexuelles sont d’abord un instrument de domination, dans lequel s’inscrit un mécanisme de contrôle qui maintient ou restaure l’exclusion des femmes du pouvoir."
À ses côtés, Élise Michaud, fondatrice du cabinet de conseil en égalité femmes-hommes Olympe et Camille Chalmet, avocate au barreau de Lyon et bénévole dans l’association Stop Fisha, ont également participé à ce temps de formation. La première affirmant que pour lutter contre les VSS, il faut en priorité "s’attaquer" au sexisme quotidien, notamment en entreprise. Et la seconde de rappeler que 95 % des personnes mises en cause dans des affaires de VSS sont des hommes et que 99 % des individus condamnés sont, aussi, des hommes. "Nommer les choses n’est pas le dramatiser, mais c’est situer les choses à leur juste place", poursuit Murielle Salle.
Un fonds municipal d’aide d’urgence
Faisant de la lutte contre les violences sexistes et sexuelle la "grande cause" de son second mandat, Grégory Doucet a, en ce sens, fait plusieurs annonces. La Ville de Lyon souhaite par exemple rendre obligatoire les formations aux VSS dans les associations qu'elle finance. "Cette exigence va devenir la règle, car l’argent public oblige", a indiqué l’élu.
Grégory Doucet a également annoncé vouloir créer un fond municipal d’aides d’urgences et de réparation pour les victimes de VSS. "Nous parlons beaucoup, et à juste titre, de justice, de police, de soins, mais une autre violence bouleverse aussi très concrètement la vie des victimes. Celle, pour une femme de victime de violences conjugales de devoir changer une serrure immédiatement, de devoir payer des nuits d’hôtel, elle peut avoir à faire garder ses enfants ou financer un déménagement dans l’urgence", a-t-il détaillé. Et d’ajouter : "Nous ne pouvons pas accepter qu’une femme reste sous le même toit que son agresseur parce qu’elle n’a pas les moyens matériels de partir." En lien avec les associations et le Centre communal d’action sociale (CCAS), la Ville de Lyon entend donc répondre à ces enjeux, sans pour autant "se subsister à la justice", a encore assuré Grégory Doucet.
La Ville de Lyon souhaite en parallèle augmenter le nombre de places d’hébergement d’urgence et renforcer le soutien aux associations qui organisent les mises à l’abri, sans, pour l’heure, fournir de chiffres précis.
La Ville de Lyon soutient la loi intégrale
Le maire a par ailleurs réitéré son soutien à la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, qui sera débattue en octobre à l’Assemblée nationale, mais demande à ce qu’elle soit financée "à la hauteur du défi." Alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, annonçait 1,5 milliard d’euros pour lutter contre les VSS ce mardi, les associations chiffrent plutôt les besoins autour de 3 milliards d’euros. "Regardons l’écart en face. Une loi qui promet plus de protection sans lui donner les moyens de l’assurer laissera les victimes face au même mur", a-t-il déploré.
Et de conclure : "À notre échelle, faisons de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles notre grande cause. (...) Elle doit engager Lyon toute entière. Nous le devons à toutes celles et tous ceux qui vivent sous la menace. Nous le devons à ceux qui cherchent à fuir la violence et leur agresseur. Nous le devons à celles et ceux qui ont parlé sans être entendus. Nous le devons aux enfants que les adultes et les institutions n'ont pas su protéger."
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