Michèle Vianès, président de l’association Regards de femmes

"La laïcité ne suffit pas pour être une femme autonome. En revanche, c’est la condition indispensable" (Michèle Vianès)

Michèle Vianès, présidente de l'association Regards de femmes, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"La laïcité est un instrument qui permet à toutes les femmes, partout dans le monde, de dire : je suis un être humain, un sujet de droit."

C'est par ces mots que Michèle Vianès, présidente de l'association Regards de femmes, résume l'enjeu de son dernier livre, "Laïcité et droits des femmes, l'autonomie en question (éditions L'Harmattan)". Elle y défend l'idée que la laïcité, sans suffire à elle seule à garantir l'égalité, reste le seul outil permettant aux femmes de s'affirmer face aux traditions, coutumes ou religions qui les maintiennent en position de soumission.

Elle distingue la critique des religions, assimilées à des opinions qu'on peut légitimement contester au nom du droit au blasphème, du respect dû aux personnes qui les pratiquent. Pour elle, toutes les religions partagent un fond commun "misogyne", les femmes ayant été historiquement écartées du culte au profit d'une filiation masculine.

Sur le voile, elle refuse d'y voir une simple expression de liberté individuelle : à ses yeux, il s'agit d'une "instrumentalisation de l'islam politique", où l'argument religieux sert à faire accepter aux femmes une forme de soumission. Son inquiétude porte surtout sur les enfants : une fillette de trois à cinq ans ne choisit pas elle-même le voile, ce sont ses parents qui en décident à sa place, et la République doit selon elle protéger toutes les petites filles, quelle que soit leur origine. Porter le voile, "c'est peut-être leur choix, mais on est aussi dans l'idée de faire revenir et d'utiliser la religion, d'instrumentaliser les religions pour ceci."

Une séance de dédicace est annoncée le 14 octobre à la mairie du 6e arrondissement de Lyon.


La retranscription intégrale de l'entretien avec Michèle Vianès

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Michèle Vianès. Bonjour.

Bonjour Guillaume.

Michèle Vianès, vous êtes présidente de l'association Regards de femmes une ONG accréditée auprès du Conseil économique et social de l'ONU, et vous publiez ce livre aujourd'hui avec deux acolytes, « Laïcité et droits des femmes ». Vous affirmez que la laïcité est une condition essentielle de l'autonomie des femmes, tout en reconnaissant qu'elle ne suffit pas à garantir l'égalité. Où s'arrête exactement le pouvoir émancipateur de la laïcité ?

Chaque fois que vous avez, au niveau du communautarisme par exemple, une tradition, une religion ou une coutume qui fait que les femmes ne peuvent pas être en égalité avec les hommes, qu'elles ne peuvent pas être autonomes, l'unique moyen de réagir, c'est la laïcité. La laïcité est un instrument qui permet à toutes les femmes, partout dans le monde, de dire : « Je suis un être humain, un sujet de droit, et donc on ne peut pas m'imposer quelque contrainte que ce soit au nom de traditions, de coutumes ou de religions. »

Et comment, justement, distinguez-vous la critique d'une religion et de ses prescriptions de la stigmatisation des femmes qui continuent à s'en réclamer ?

On est dans la distinction entre la critique d'une opinion, parce que la religion est une opinion, et la critique des personnes. On est vraiment dans le droit au blasphème, par exemple. Tout le monde peut critiquer la religion. En revanche, on ne peut pas critiquer les personnes. On fait bien la distinction et, pour nous, c'est justement cette émancipation, cette autonomie, qui est indispensable. La laïcité, je dirais, ne suffit pas pour être une femme autonome. En revanche, c'est bien la condition indispensable. Je dirais que c'est une condition nécessaire, mais pas suffisante.

Où placez-vous, justement, la frontière entre le respect de la diversité culturelle et l'acceptation de pratiques contraires à l'égalité ?

Notre ligne rouge est nette : ce sont les droits des femmes. Une femme est soumise, je pense par exemple à la religion catholique, où les femmes ne peuvent pas accéder à la prêtrise, etc. Nous, on va défendre celles qui veulent être prêtres parce qu'elles s'en sentent capables. Donc, lorsqu'une femme se sent capable de faire quelque chose, on ne va pas lui dire : « Non, tu ne peux pas parce que la religion l'interdit. » C'est là notre ligne rouge et c'est là-dessus que l'on intervient chaque fois, quelles que soient les religions. On s'aperçoit que toutes les religions sont misogynes.

Sur ce livre, en couverture, il y a un dessin de Catherine Beaunez : « Déclaration universelle des droits de l'homme : les femmes n'entrent pas dans les détails. » C'est-à-dire qu'on est encore en 2026 : des livres, vous en avez écrit, des conférences, vous en avez faites. En 2026, comment arrive-t-on encore à publier ce genre de dessin ? C'est-à-dire : « Elles n'entrent pas dans les détails », en parlant des femmes, des droits des femmes.

Oui, tout à fait. Regardez, je vais revenir sur un exemple très précis et très récent. Vous savez, c'est toute cette communauté hindoue qui a voulu empêcher que les femmes soient présentes physiquement. Là, on est bien dans toutes ces traditions. Moi, je parle justement des traditions et du fait que, depuis l'Antiquité, les femmes ont été mises de côté, ont été séparées, cette fameuse séparation. C'est cela qui est dramatique. En particulier quand on voit toutes les religions des origines : pour toutes, le dieu était les ancêtres, les hommes. Donc, il fallait écarter les femmes du culte. On est encore aujourd'hui, six ou sept mille ans après, sur cette même thématique, c'est-à-dire : les femmes, pas aux responsabilités ; les femmes, pas au pouvoir ; les femmes, pas autonomes ; les femmes, soumises à quelque diktat que ce soit. Bien sûr, la religion est une manière très efficace de les convaincre de l'accepter, parce que c'est là la question : pourquoi les femmes acceptent-elles ces soumissions ?

Vous parlez notamment, dans ce livr, il y a beaucoup de chapitres, mais il y a quand même un gros chapitre qui est dédié aux voiles dans le Jumeau de Man. Est-ce que vous considérez que le voile ne peut pas être regardé uniquement comme une liberté individuelle ?

Non. Regardez ce qui se passe dans un grand nombre de pays. Quand on impose aux femmes d'avoir le voile parce que c'est leur pudeur, ou lorsque les jeunes femmes, les jeunes filles ou les petites filles acceptent d'être voilées, c'est-à-dire de considérer que leur corps n'est qu'un sexe, qu'elles doivent avoir honte et qu'elles n'ont pas à se promener dans l'espace public non voilées, c'est-à-dire qu'elles doivent se cacher dans l'espace public, évidemment que ce n'est pas acceptable. Nous parlons d'autonomie des femmes. Donc là, c'est peut-être leur choix, mais on est aussi dans l'idée de faire revenir et d'utiliser la religion, d'instrumentaliser les religions pour ceci. Et, dans le cas du voile, c'est une instrumentalisation de l'islam politique.

Oui, c'est cela. Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose, comme ils disent, d'un peu identitaire aussi dans la manière de le porter ?

Tout à fait. Mais ce que je vous disais tout à l'heure, c'est-à-dire qu'on le fait accepter par les femmes en disant que Dieu vous regarde. Donc Dieu vous regarde, donc vous ne pouvez pas faire cela, et c'est comme cela qu'on le fait accepter. C'est vraiment cette instrumentalisation qui est gravissime. Que des adultes veuillent porter le voile, elles peuvent faire ce qu'elles veulent, quelle que soit l'oppression qu'elles veulent avoir. Mais nous, ce sur quoi on met vraiment l'accent, c'est sur les petites filles. Parce qu'une petite fille de 3, 4 ou 5 ans, ce n'est pas elle qui décide, ce sont ses parents. Et nous, dans la République française en particulier, la protection des enfants peut passer au-delà des parents. On a des lois là-dessus et ce n'est même pas la peine de discuter. Les discussions qu'on peut avoir : on n'a pas besoin de faire de loi, il faut appliquer la protection de l'enfant. Et, comme je le dis assez fréquemment, toutes les petites filles en France doivent être protégées par la République, y compris les fillettes de filiation musulmane.

En tout cas, merci d'être venue nous présenter votre nouvel ouvrage, je vais y arriver, pardon, "Laïcité et droits des femmes, l'autonomie en question », aux éditions L'Harmattan. Merci beaucoup d'être venue sur le plateau, Michèle Vianès.

Est-ce que je peux dire qu'à Lyon, le 14 octobre, il y aura une signature du livre à la mairie du 6e.

Rendez-vous est pris. Merci beaucoup, en tout cas. Bonne journée à tous. Au revoir.

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