Malgré l’accueil de Comme la chienne et Mausolée, c’est surtout avec Pour Britney que Louise Chennevière s’est révélée au paysage littéraire.
Dans ce livre se croisaient les figures de la narratrice, de la chanteuse qu’elle a tant admirée, et de l’autrice québécoise Nelly Arcan, autour d’une question qui hante Chennevière depuis son premier livre, celle de la sexualisation de la femme et de ce que c’est que d’en être une.
Le dernier livre de l’autrice, Faire la peau, pourrait frapper encore plus fort. Avec un thème déjà entrevu chez Maria Pourchet dans Toutes les femmes sauf une, celui de vouloir briser une chaîne, une sorte de malédiction féminine qui reproduit le malheur et/ou la violence. C’est l’histoire d’une emprise, celle d’une mère, elle-même sous l’emprise des substances, sur sa fille. Et des secrets lourdement enfouis que ces emprises peinent à cacher en réalité. C’est le dévoilement d’une vérité : que l’amour ne va pas de soi entre une mère et sa fille, que la haine au contraire peut prendre toute la place et que la mère peut être “une fiction”, comme l’écrit l’autrice. Que l’écrire, c’est un peu désamorcer quelque chose de cette bombe explosive. Tuer la mère, au moins symboliquement, “faire comme si” est le projet réparateur de Louise Chennevière et il est sublime autant que terrible.
Faire la peau – Louise Chennevière, P.O.L, 288 p., 21 €.