Philibert Varenne et Nicolas Millet, ministre de la République des Canuts, à Lyon

A Lyon, on produit du vin sur la colline de la Croix-Rousse

Nicolas Millet at Philibert Varenne, auteurs de livre Le vin de la Croix-Rousse sont les invités de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Nicolas Millet et Philibert Varenne sont respectivement ministre du Bouchon et ministre de la Soie et de la Culture à la membres de la République des Canuts.

Ils viennent de publier, Nicolas Millet en étant la cheville ouvrière, le livre Le Vin de la Croix-Rousse - A chacun son verre (éditions Libel).

Extrait : "Sur la colline de la Croix-Rousse, là où les canuts tissaient la soie, pousse depuis quarante ans une vigne. Trois cents ceps de gamay, plantés en 1986 par une poignée de gones facétieux, au cœur du parc de la Cerisaie. Ce livre est leur histoire et bien davantage. Car derrière ce petit clos se déploie toute la civilisation du vin à Lyon : ses origines millénaires sur les pentes de la colline, ses batailles commerciales entre amphore romaine et tonneau gaulois, ses bouchons et leurs pots de beaujolais, ses mères lyonnaises et leurs tables généreuses. De Rabelais à Gnafron, de la Mère Brazier aux chocolatiers de la place, c’est un Lyon savoureux et populaire qui prend vie ici – celui des vendanges en cortège, des brandons brûlés sur la grande place, des mâchons arrosés et des bonnes amitiés scellées au fond d’un verre. La République des Canuts fête ses quarante ans. Elle vous invite à lever le pot !"

La vigne de la Croix-Rousse : 300 pieds de vigne, 300 parrains, 300 bouteilles.

Nicolas Millet et Philbert Varenne racontent l’histoire de cette vigne unique à Lyon, ses quelque 300 parrains et les vendanges qui réunissent chaque année les membres de la République des Canuts. Les 38e vendanges de la République des Canuts se sont déroulées le 29 août dernier. Cette année, 300 bouteilles du vin de la Croix-Rousse sont attendues.

Au-delà du folklore, ils expliquent aussi comment cette vigne contribue, selon eux, à "entretenir le lien social" et à transmettre une partie du patrimoine et de l’histoire de la Croix-Rousse.

Vendanges, mâchons, Prix Canut, parrains des ceps et histoire viticole lyonnaise : découvrez les coulisses d’une tradition parfois méconnue des Lyonnais.

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La retranscription intégrale de l'entretien avec Philibert Varenne et Nicolas Millet

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de "6 minutes chrono". Pour commencer cette rentrée, deux invités : Nicolas Millet, bonjour, et Philibert Varenne, bonjour. Nicolas Millet, vous êtes la cheville ouvrière de ce livre qui vient de sortir aux éditions Libel, "Le vin de la Croix-Rousse, à chacun son verre à soi". Philibert Varenne, vous avez aussi participé à ce livre. Le vin de la Croix-Rousse : on sait tous qu'il y a une vigne à la Croix-Rousse, mais finalement très peu de Lyonnais savent qu'il y a une vigne à la Croix-Rousse et qu'il y a une République des Canuts. Vous êtes le ministre de la Soie et de la Culture et vous êtes le ministre du Bouchon de la République des Canuts. Pouvez-vous nous expliquer rapidement comment 300 pieds de gamay se sont retrouvés, en 1986, au cœur du parc de la Cerisaie ?

Philibert Varenne: C'est une tradition. Il y avait déjà des vignes à la Croix-Rousse. C'est donc, quelque part, un retour aux sources. Très vite, lorsque l'association a été créée, l'idée était de mettre une vigne pour faire un petit clin d'œil au passé. N'oubliez pas non plus que nous sommes parrainés avec Montmartre et qu'à Montmartre, à la République de Montmartre, il y a aussi une vigne. Leur vin est beaucoup moins bon que le nôtre, mais c'est un autre sujet ! Le vin qui existe dans la région, aussi bien dans les Coteaux du Lyonnais que dans le Beaujolais, c'est du gamay. Nous avons donc planté 300 pieds de gamay et chaque pied a un parrain qui est membre de la République des Canuts. La République des Canuts, aujourd'hui, est une association qui compte à peu près 500 membres : 300 pieds de vigne, 300 parrains.

Nicolas Millet, pourquoi, finalement, ce livre, « Le vin de la Croix-Rousse, à chacun son verre à soi » ? Quelle était l'idée ?

Nicolas Millet : Comme l'a dit Philibert et comme vous l'avez dit, peu de Lyonnais connaissent finalement cette vigne. Il est important de dire que cette vigne n'est pas là par hasard. Philibert vient de le dire : à 200 mètres de notre Clos des Canuts, il y avait déjà une vigne. C'est indiqué sur une carte de 1750 et, sans doute, dès le Moyen Âge, notamment pour le vin de messe, on avait déjà des vignes. C'est important de souligner cela et de souligner aussi cette articulation entre les vins du Sud, le célèbre Condrieu, déjà connu des Romains, et les vins plus au nord, comme le Beaujolais.

Faire connaître cela, est-ce que, finalement, ce livre n'est pas aussi un prétexte pour parler de la Croix-Rousse ?

Nicolas Millet : C'est un prétexte pour parler aussi de la Croix-Rousse. On croise toujours les choses puisque ce livre a eu un prédécesseur, qui est maintenant bien diffusé, qui s'appelle « Le Lettré de la Croix-Rousse », qui a été édité deux ans avant. L'idée était effectivement de parler, cette fois-ci, pas tant du quartier en tant que tel que de l'activité de la République des Canuts, dont parlait Philibert, et de ce qui fait l'une des originalités de ce quartier, c'est-à-dire une histoire viticole très ancienne, puisque le vin est venu à la Croix-Rousse bien avant l'eau.

Vous racontez les vendanges, les brandons, le paradis, le Prix Canut, les bouteilles remises aux parrains, dont on parlait. Il y a donc un folklore autour de cette République des Canuts, mais finalement, quelle tradition lyonnaise cherchez-vous à préserver et à transmettre ?

Philibert Varenne : J'aime rappeler que le plus important, à la République des Canuts, c'est le lien social. Bien sûr, on s'amuse, bien sûr, on rigole, tout cela est vrai, mais le point le plus important, c'est le lien social. Une association qui réunit 500 membres, ce n'est pas commun. On a fait les vendanges il y a dix jours et on était plus de 200 pour les faire. Les gens ont plaisir à se retrouver parce que, parfois, à la Croix-Rousse, on peut se sentir un petit peu isolé. Là, au contraire, c'est quelque chose qui rassemble, et c'est ce que j'aime beaucoup. On se rassemble autour du vin, autour des mâchons éventuellement, autour du Prix Canut. Il y a plusieurs manifestations, mais la chose fondamentale pour moi, c'est le lien social.

Je reviens sur ce que vous disiez : vous avez fait les vendanges. En nombre de bouteilles, combien allez-vous en produire à peu près ?

Philibert Varenne : Grosso modo, on a 300 pieds de vigne et il faut à peu près un kilo pour faire une bouteille. Là, on a ce qu'il faut. On a fait sept bennes à peu près, donc on a ce qu'il faut et on va bien avoir nos 300 bouteilles. Chaque parrain aura donc bien sa bouteille.

À une époque, il y avait des parrains. Il y a eu, je crois, Michel Noir, il y a eu peut-être Francisque Collomb, de mémoire. Il n'y a plus d'hommes politiques qui sont parrains aujourd'hui ?

Nicolas Millet : Le maire de Lyon a toujours un pied. Le maire du 4e arrondissement a également un pied. Il y a donc un certain nombre de personnalités qui ont effectivement un pied. J'en profite pour dire que chaque Lyonnais peut être candidat. Il faut attendre un an, un an et demi avant d'avoir un cep, compte tenu du renouvellement, mais chaque Lyonnais peut être candidat pour parrainer un pied. Bienvenue !

Si on se projette un peu dans 40 ans, dans 50 ans, qu'est-ce que vous aimeriez que les Lyonnais de 2066 puissent encore retrouver dans le Clos et dans l'esprit de la République des Canuts ?

Il y a quelque chose qui m'amuse aujourd'hui : on parle beaucoup d'écologie, on parle beaucoup de nature. On s'aperçoit que les jeunes, je parle des jeunes qui ont 20 ou 30 ans, ne connaissent en fait pas la nature. Cette vigne, quelque part, c'est la nature qui vient à la rencontre des citadins. Je pense que c'est cela. D'ailleurs, régulièrement, on fait des visites d'écoles qui viennent voir ce qu'est la vigne, voir comment on fait du vin. Il y a ce côté-là qui est aussi absolument très intéressant : apporter la nature directement dans la ville. Je pense que, dans 50 ans, on fera toujours du vin à la Croix-Rousse.

Le ban est fermé. Et voici le livre qu'il faut que vous vous procuriez, parce qu'on y apprend beaucoup de belles choses. C'est aussi, comme vous le disiez, du lien social, mais c'est aussi notre histoire à nous. Merci messieurs, d'être venus sur le plateau. Et pour plus d'informations, rendez-vous sur Lyon Capitale. À très bientôt, au revoir.

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