Juliette Murtin, porte-parole du collectif Jamais Sans Toit, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"La situation n’a pas évolué pendant les vacances" : à la veille de la rentrée scolaire, 387 enfants dorment encore à la rue dans la métropole de Lyon

Au 4 juillet, le collectif Jamais Sans Toit dénombrait 387 enfants à la rue à Lyon et dans sa métropole. Beaucoup d’incertitude accompagne donc cette rentrée scolaire, alors que les occupations devraient reprendre dans un certain nombre d’établissements. Mais "ce bricolage ne peut pas durer éternellement", alerte Juliette Murtin, porte-parole du collectif.

Alors que les élèves retrouveront le chemin de l’école ce mardi 1er septembre, 387 enfants, dont 26 bébés, dorment encore à la rue dans la métropole lyonnaise, selon le dernier bilan du collectif Jamais Sans Toit réalisé le 4 juillet dernier. Un chiffre multiplié par trois et demi en quatre ans. Juliette Murtin, sa porte-parole, revient pour Lyon Capitale sur la situation en cette veille de rentrée scolaire et sur les inquiétudes qui l’accompagnent.

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Lyon Capitale : comment s’est passé l’été ?

Juliette Murtin : Pour les familles que l'on accompagne, l’été s’est relativement bien passé. D'un côté, il y a l’occupation du parc Blandan (7e arr.), l’école désaffectée dans laquelle vit une centaine de personnes depuis le mois de janvier, dont 60 enfants. On a obtenu la climatisation du site, donc les conditions de vie étaient supportables. Ce qui est plus difficile pour ces familles, en revanche, c’est l’incertitude, parce qu’on ne sait pas du tout où l’on va. De l'autre côté, il y a les 14 établissements scolaires qui étaient toujours occupés à la veille des grandes vacances, principalement à Lyon et Villeurbanne, mais aussi à Vaulx-en-Velin et Vénissieux. Nous avons négocié avec les Villes de Lyon et Villeurbanne pour qu'au moins elles financent des nuits d'hôtel. Mais au 1er septembre, toutes les familles seront de nouveau à la rue. Aujourd’hui, on se trouve dans une sorte de statu quo. Évidemment, ce qui est attendu de la part des pouvoirs publics, c’est que nous reprenions le relais.

Combien y a-t-il de familles à la rue aujourd’hui dans la métropole lyonnaise ?

À chaque rentrée scolaire, nous remettons le compteur à zéro. Malheureusement, la situation n’a a priori pas évolué pendant les grandes vacances. Ce que je peux vous dire, c’est que notre dernier recensement du 4 juillet faisait état de 387 enfants, dont 26 bébés, à la rue. Il nous faut du temps pour refaire le point sur chaque situation. Nous saurons, au fur et à mesure, le nombre d’écoles qui seront ensuite occupées, si tant est qu’elles soient toujours partantes. C’est quelque chose de très contraignant pour les citoyens volontaires, en termes de temps, d'énergie et d'argent. On a dépensé 103 000 euros cette année, soit trois fois plus qu'il y a quatre ans. La nouveauté, c'est que l’on est vraiment sur des occupations qui durent longtemps. A Villeurbanne par exemple, jusqu'à l'année dernière, les occupations d'écoles s'arrêtaient avec l'été parce que des solutions d'hébergement étaient négociées ou bricolées par la mairie. Là, on sait dès le départ que tout va reprendre à la rentrée. On a beaucoup de familles qui entament leur deuxième ou troisième année scolaire d’occupation. Ce n’est pas du tout satisfaisant, pour personne. À titre de comparaison, en 2021-2022, sur l'année scolaire, on avait une durée d'occupation qui était de trois semaines en moyenne, et là, sur la ville de Lyon, on ne peut même pas vraiment faire de moyenne puisque les mêmes familles sont toujours sur place.

Comment abordez-vous cette rentrée ?

Avec combativité. On ne se résigne jamais. Au-delà de la lutte sur le terrain, on continue notre travail de plaidoyer. Cette année de campagne électorale s'annonce fatigante mais elle sera l'occasion d’essayer, encore et toujours, de mettre cette question du sans-abrisme infantile au cœur du débat. Nous sommes en dialogue constant avec les municipalités, dans la mesure où les écoles sont du patrimoine municipal qu'on mobilise. Une première rencontre avec le nouvel exécutif de la Métropole de Lyon est prévue en septembre. Côté État, nous n’avons pas encore échangé avec le nouveau Préfet, nous verrons si le discours est différent, sachant que jusque là, nous n’étions pas sur des perspectives de création de places d’hébergement d’urgence. 

La Ville de Lyon vous a-t-elle communiqué une date de fin d’occupation pour l’école du parc Blandan ?

Pour l'instant, la Ville ne semble pas décidée à nous faire sortir. Nous sommes dans une situation assez complexe puisque le bâtiment appartient à la Ville, mais le terrain appartient à la Métropole de Lyon. Il va donc falloir que la Métropole se positionne afin qu'elle conventionne la Ville. Pour l'instant, nous sommes tous dans une situation d'attente.

Que vous dit la Métropole de Lyon concernant les familles installées dans les immeubles place de Milan ?

Le jugement devait être rendu le 21 août, mais il a été reporté. Nous l'attendons dans les jours qui viennent. 281 personnes, dont 80 enfants, vivent actuellement dans cet immeuble. Il y a notamment cinq enfants de moins de trois ans. L’électricité a été rétablie sur place, mais le suspense concernant la suite est très difficile à vivre pour les habitants. Il s'agit d'un bâtiment vide que la Métropole dit vouloir détruire pour poursuivre des travaux d'agrandissement de la gare de la Part-Dieu, mais aucune demande de démolition n'a encore été déposée en mairie, ce qui veut dire qu'une fois les familles expulsées, le lieu restera vide longtemps...

Qu’attendez-vous de l’État en cette veille de rentrée scolaire ?

Au niveau de l'État, il est clair et net qu'il faut créer des places d’hébergement d'urgence, même si c'est loin d'être l'idéal. Ce sont rarement de très bonnes conditions de vie et il y aurait un tas de choses à améliorer, mais c’est un pansement nécessaire. Au niveau national, on estime qu'il faudrait 10 000 places supplémentaires pour absorber le plus gros de la misère. Pour cela, nous espérons à court terme obtenir un plan de loi de finances rectificative qui ne sera pas effacé par un 49.3. Sur les statistiques que nous avons réalisées ces quatre dernières années pour faire le bilan du quinquennat, non seulement il y a plus d'enfants à la rue, mais parmi ceux qu'on héberge, la proportion de prises en charge officielles est en nette baisse. Sur l’année scolaire 2025-2026, nous avons 97 enfants qui ont accédé à une solution d’hébergement officelle alors qu’ils étaient 179 il y a quatre ans. C’est donc deux fois moins de prises en charge.

Côté bénévoles, il y a forcément de l’essoufflement. On s’interroge sur le sens de nos actions lorsque l’on met des familles à l'abri pendant des années dans une école. On frôle, nous aussi, la maltraitance. Quand on vit dans une école, on ne peut pas cuisiner, on ne peut pas se laver. Les parents et les bébés sont en errance toute la journée. Ils dorment mal. Ce bricolage ne peut pas durer éternellement. C'est une affaire de choix politique. Ce n’est pas acceptable qu'un pays comme la France, qu'un pays riche comme le nôtre, ait tant d'enfants qui dorment dehors. 

Et pour les collectivités ? 

Au niveau local, les municipalités peuvent aussi faire davantage, bien que sur notre métropole, certaines fassent déjà plus qu'ailleurs. On peut le reconnaître. Mais 2027 arrive et il faut se préparer au pire.  Il faudra trouver davantage de patrimoine municipal à mobiliser, faire pourquoi pas des réquisitions. Il existe aussi d’autres démarches, dont des actions en justice, comme l’a fait la Mairie de Lyon en demandant le remboursement de sommes qui avaient été engagées pour mettre à l'abri des familles alors que ce n'est pas la compétence de la Ville. Les collectivités devront, peut-être, entrer dans un rapport de force plus frontal avec l'État. Il s'agit de protéger les enfants de notre territoire. Nous aurons besoin d'aide. 

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