Le distributeur stéphanois a publié le 30 juillet ses chiffres semestriels. Sa rentabilité progresse mais sa dette également. Deux mois le séparent désormais d'une échéance qu'il ne maîtrise pas.
Sur un an, 372 magasins du groupe Casino ont baissé le rideau. Dans le même temps, la rentabilité du distributeur stéphanois a progressé de près de 14%. Les chiffres publiés le 30 juillet 2026 tiennent dans cette contradiction.
Le groupe fondé à Saint-Étienne en 1898 n'est plus celui qu'il était. Il a vendu ses hypermarchés et ses supermarchés en 2024, quitté l'Amérique latine, changé d'actionnaire. Fin 2022, il comptait encore 200 000 salariés dans le monde. Il en revendique aujourd'hui un peu plus de 24 000. Ce qui subsiste tient en un mot : la proximité, une stratégie adoptée par son plan "Renouveau 2030". L'ensemble compte désormais 6 342 magasins de quartier et de village, dont 86% tenus par des franchisés, en plus de Cdiscount, leur plateforme de commerce en ligne.
Le semestre valide la direction engagée. L'excédent brut d'exploitation ajusté, qui mesure la rentabilité avant amortissements et charges financières, atteint 326 millions d'euros. Une fois les loyers payés, il double presque, à 109 millions d'euros contre 55 millions un an plus tôt. Monoprix et Franprix signent l'essentiel de ce redressement, obtenu par la rénovation des magasins, la réduction de la démarque, autrement dit des vols et des invendus, et la baisse des coûts de structure.

Un redressement qui ne rembourse rien
Le paradoxe s'explique simplement. En se séparant de ses magasins les moins rentables, Casino gagne davantage sur chaque euro encaissé. Mais il encaisse moins. Le chiffre d'affaires recule ainsi de 2,7% au premier semestre, à 3,97 milliards d'euros. Si le groupe met en avant une progression de 0,4%, elle ne concerne que les magasins ouverts depuis douze mois.
Surtout, ce que le groupe gagne ne suffit pas à payer ce qu'il doit. Les 109 millions d'euros dégagés après loyers ne couvrent pas les 116 millions investis dans les magasins. Ils ne couvrent pas non plus les 102 millions d'intérêts versés sur le semestre, auxquels s'ajoutent 23 millions de charges opérationnelles et d'impôts. L'activité a donc consommé 132 millions de trésorerie au lieu d'en produire.
De plus, ce compteur, calculé hors éléments jugés exceptionnels, ignore d'autres sorties bien réelles. La fermeture des anciens hypermarchés continue de peser : le groupe a dû régler 67 millions d'euros de coûts logistiques et de licenciements ce semestre, ainsi que 33 millions pour le remboursement de sa dette immobilière. Plombées par ces hémorragies successives, les liquidités disponibles sont tombées d'un milliard d'euros à 713 millions en six mois. La dette financière nette grimpe, elle, à 1,69 milliard, soit 197 millions de plus qu'en décembre. Ainsi, le groupe annonce un résultat net qui reste dans le rouge, à 205 millions.
Kretinsky l'emporte, les créanciers ripostent
L'avenir du groupe se joue toutefois ailleurs. Le 10 juillet, le conseil d'administration a retenu l'offre de France Retail Holdings, la holding de Daniel Kretinsky et de Fimalac, actionnaire majoritaire depuis 2024. Les banques partenaires ont validé le montage le 23 juillet. Les perdants sont les prêteurs du Term Loan B, ce crédit de 1,4 milliard d'euros passé au fil des ans entre les mains de fonds d'investissement. Leur offre concurrente prévoyait une prise de contrôle du groupe.
Les créanciers ne s'arrêtent pas là. Depuis janvier, ils acceptaient de geler leurs exigences financières, renouvelant cette trêve à trois reprises. Mais le 22 juillet, ils y ont mis fin par un courrier adressé au conciliateur. Leur menace est claire : ils ont annoncé vouloir faire annuler le plan de sauvegarde devant le Tribunal des activités économiques de Paris. C'est cette même juridiction qui devra trancher sur la restructuration globale voulue par Casino.
Pour plus de détails : Casino sous pression : le fleuron stéphanois joue son avenir face à ses créanciers
Quand les créanciers cesseront d'attendre
Trois compteurs arrivent à zéro en une semaine. La trêve accordée par les autres créanciers, banques et porteurs d'obligations immobilières, prolongée le 27 juillet, elle expire le 24 septembre. Les crédits qui financent le fonctionnement quotidien du groupe, des commandes aux salaires, arrivent à échéance entre le 24 et le 29 septembre. Le 30 enfin, ses prêteurs compareront sa dette à sa rentabilité annuelle. Ce rapport atteignait 6,47 fin juin, pour un plafond contractuel de 6,88. Mais le plafond se resserre chaque trimestre : il tombe à 6,11 au 30 septembre.
Le ratio monte, la limite descend, et Casino prévient déjà que les deux vont se croiser. Un cas de défaut s'ouvrirait alors, autorisant les prêteurs à réclamer leur argent sans attendre mars 2027. Le groupe n'en aurait pas les moyens : il dispose de 713 millions d'euros de liquidités, quand la quasi-totalité de sa dette, soit 2,7 milliards, pourrait lui être réclamée. Le groupe demandera à ses prêteurs de ne pas l'invoquer. Philippe Palazzi, son directeur général, dit viser une finalisation « d'ici fin 2026 ».
La restructuration devait être bouclée fin juin. Elle vise maintenant la fin décembre. Une seule date n'a jamais bougé : mars 2027, l'échéance d'un prêt colossal de 1,4 milliard d'euros qui devra être remboursé d'un bloc. D'ici là, le sort du groupe stéphanois se jouera à Paris, devant un tribunal, à une date encore inconnue.
Lire aussi : Casino : "on parle de la disparition d'une entreprise qui a 125 ans"
