Fanny Dubot, coprésidente du groupe Les Ecologistes à la Métropole de Lyon et maire du 7e arrondissement, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Coprésidente du groupe écologiste au conseil métropolitain, Fanny Dubot ne mâche pas ses mots face aux premiers mois du mandat de Véronique Sarselli. Sur l'audit financier commandé à un cabinet privé pour 70 000 euros, elle est cinglante : ses conclusions ne diffèrent guère du Compte financier unique voté le même jour, rendant la dépense discutable. Sur la trajectoire financière, elle récuse l'alarmisme de la nouvelle présidente : "ce que l’on retient, c’est que les finances de la métropole sont saines et que tout était transparent".
Fanny Dubot évoque aussi certaines des premières mesures prises par Véronique Sarselli : "il y a une volonté de déconstruire ce qui a été mis en place depuis six ans. La fin de l’encadrement des loyers est, pour reprendre un mot souvent utilisé par la droite, une décision totalement dogmatique. Parce que cette mesure a été mise en place par des municipalités de gauche, certains veulent y mettre fin, alors qu’elle bénéficie concrètement à de nombreux locataires".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Fanny Dubot
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Fanny Dubot. Bonjour. Vous êtes coprésidente du groupe réunissant notamment les élus écologistes au conseil métropolitain de Lyon. Nous voulions revenir avec vous sur l’actualité de cette collectivité, qui n’en manque pas, puisqu’il y a eu plusieurs décisions prises par la nouvelle présidente Véronique Sarselli. Il y a également eu la publication de cet audit financier indépendant qu’elle avait commandé à un cabinet de conseil et d’audit. Cet audit montre notamment une augmentation des charges de fonctionnement et suggère que la métropole serait engagée sur une trajectoire dangereuse, en particulier si vous aviez été réélus. Ce rapport vous a-t-il au moins appris quelque chose ?
Déjà, ce rapport ne m’a rien appris, simplement parce que je ne l’ai pas eu entre les mains.
Il ne vous a pas été présenté ?
Non, il ne nous a pas été présenté. Ce qui nous a été présenté en conseil métropolitain, c’est un PowerPoint, un diaporama réalisé par les services de la métropole, basé sur ce rapport à 70 000 euros commandé à un cabinet privé. Les élus métropolitains, en tout cas ceux de l’opposition, n’ont pas eu accès au rapport lui-même. Quant aux élus de la majorité, je ne sais pas. Par ailleurs, ce que nous a appris ce diaporama n’est pas très différent de ce que nous apprend déjà le Compte financier unique, qui a d’ailleurs été voté le même jour par les conseillers métropolitains. On peut donc déjà se demander si la dépense de 70 000 euros était justifiée. Finalement, ce que l’on retient, c’est que les finances de la métropole sont saines et que tout était transparent.
À écouter Véronique Sarselli, il y aurait pourtant eu une très forte augmentation des dépenses de fonctionnement, notamment liée aux recrutements de personnel.
Il y a eu une augmentation maîtrisée des dépenses de fonctionnement, notamment dans les domaines de la solidarité, qui relèvent des compétences du département et donc de la Métropole de Lyon. Par ailleurs, aucun comparatif sérieux n’a été fait avec d’autres collectivités françaises. Si l’on regarde par exemple la métropole d’Aix-Marseille-Provence, aujourd’hui sous forte contrainte de l’État, on peut considérer que la Métropole de Lyon conserve une trajectoire financière maîtrisée.
Tout était sain et transparent.
On peut donc se demander si cette première décision de lancer un audit financier indépendant était réellement pertinente au regard de ses conclusions. L’une des conclusions de cet audit est qu’il y aurait 1,7 milliard d’euros de dépenses déjà engagées, autrement dit des projets lancés par vous, les écologistes, lors du précédent mandat, sur lesquels il sera difficile de revenir. Cela signifie finalement peu de marge de manœuvre. Y a-t-il une forme d’inéluctabilité pour Véronique Sarselli ? A-t-elle déjà annoncé qu’elle ne pourrait finalement pas faire grand-chose pendant ce mandat ?
Vous savez, c’est le cas à chaque changement de mandat. Quand nous sommes arrivés à la Métropole de Lyon et à la Ville de Lyon en 2020, il existait déjà ce que l’on appelle des “coups partis” dans la programmation pluriannuelle d’investissement, c’est-à-dire des projets déjà engagés. Nous ne les avons pas arrêtés, d’autant qu’ils relevaient pour la plupart de l’intérêt général. Il est donc normal que Véronique Sarselli se retrouve aujourd’hui dans cette situation.
1,6 milliard sur une programmation pluriannuelle d’investissement de 3 milliards, cela laisse encore des marges de manœuvre.
C’est tout de même plus de la moitié.
Oui, mais c’est une situation extrêmement classique en cas d’alternance. Même à la Ville, alors que nous venons d’être réélus, certains projets engagés sous le mandat précédent continuent naturellement.
Elle a annoncé un grand plan d’économies. Selon vous, sur quels secteurs pourrait-il porter ? Où voyez-vous des marges de manœuvre ?
Vous l’aurez remarqué, Véronique Sarselli donne encore très peu de détails sur ses orientations. Pour ma part, j’espère qu’il n’y aura pas d’économies sur le champ de la solidarité : le revenu jeune, le RSA, les politiques en faveur des personnes âgées ou en situation de handicap, qui sont au cœur des compétences de la métropole. Je pense qu’il faut absolument préserver notre système de solidarité.
L’une des conclusions de l’audit indiquait pourtant qu’il serait difficile de continuer à investir autant dans les transports en commun, notamment dans le SYTRAL Mobilités.
Cela m’étonne quand on sait que Véronique Sarselli porte un projet de métro estimé à près de 2 milliards d’euros.
Selon vous, cela signifie qu’elle devra soit le reporter, soit l’abandonner ?
En tout cas, on ne peut pas affirmer vouloir réduire les investissements au SYTRAL Mobilités tout en défendant un projet qui absorberait presque à lui seul l’intégralité du budget du SYTRAL sur un mandat.
Visiblement, l’une des sources d’économies pourrait être les projets lyonnais, puisque Véronique Sarselli a déclaré que “Lyon n’est pas le centre du monde”, en réponse à la liste de projets envoyée par Grégory Doucet. Cela pourrait-il être une piste d’économies ?
Non, je ne pense pas que Lyon soit une source d’économies. Je trouve cette réponse assez déroutante de la part de la présidente de la Métropole. Le maire de Lyon n’a jamais affirmé que Lyon était le centre du monde. En revanche, Lyon est la ville-centre de la métropole. Elle assume de nombreuses charges de centralité puisque beaucoup de Grands Lyonnais viennent à Lyon pour profiter des institutions culturelles, des équipements sportifs, etc. La démarche du maire de Lyon était constructive. Il disait en substance : voilà comment nous voyons l’avenir de notre territoire et voilà comment la métropole pourrait y contribuer. C’était une main tendue, une volonté de dialogue qui n’a pas été totalement saisie.
Les premiers signaux du début de mandat de Véronique Sarselli sont présentés comme un rééquilibrage ou une correction de ce qui ne fonctionnerait pas. Vous parleriez peut-être plutôt d’un retour en arrière, voire d’une remise en cause de vos politiques. On l’a vu récemment avec la volonté de mettre fin à l’encadrement des loyers. Avez-vous le sentiment qu’elle passe surtout son temps à effacer ce que vous aviez mis en place ?
En tout cas, il y a une volonté de déconstruire ce qui a été mis en place depuis six ans. La fin de l’encadrement des loyers est, pour reprendre un mot souvent utilisé par la droite, une décision totalement dogmatique. Parce que cette mesure a été mise en place par des municipalités de gauche, certains veulent y mettre fin, alors qu’elle bénéficie concrètement à de nombreux locataires. Grâce à elle, certains ont gagné en pouvoir d’achat et ont pu échapper à des abus de propriétaires. Oui, il existe une volonté de retour en arrière. C’est la même chose sur les mobilités. Quand on regarde la plateforme qui a été lancée pour permettre aux habitants de signaler des problèmes, on constate qu’ils ne peuvent signaler des difficultés que sur des aménagements récents. C’est assez curieux, puisque ce sont clairement les aménagements du mandat précédent qui sont ciblés.

Il est vrai qu'avec Fanny ce serait plutôt l'immobilisme !