L’association Redorons la Guillotière livre les résultats de son enquête pour trouver des solutions concrètes au quartier

Mercredi 17 juin, l’association Redorons la Guillotière présentait les résultats de sa dernière enquête de “ressenti” des riverains. Face à des élus locaux venus sonder le terrain, les habitants ont livré leur diagnostic d’un secteur touché par les trafics, les incivilités et la saleté, mais ont tenu à “être constructif” pour l’avenir de leur quartier. Majorité et opposition se sont engagés à travailler “main dans la main” sur la base des propositions de l’association.

Faites bouger les choses par pitié… J’adore cet endroit, mais je me pose la question de partir”. Ce cri du cœur, extrait des verbatims de l’enquête, résume à lui seul le paradoxe du quartier.

Des scènes de deal à ciel ouvert, des dépotoirs qui s’amoncèlent aux alentours de la place Gabriel-Péri, la Guillotière est perçue par les Lyonnais comme un symbole d’une zone de non-droit et d’un espace public en souffrance permanente.

Un thermomètre local à la représentativité fragile

L’enquête, diffusée en ligne du 13 au 27 avril dernier, se voulait un prolongement des ateliers thématiques menés en 2025 par l’association. Le premier enseignement de cette étude réside dans ses propres limites méthodologiques. Avec seulement 147 répondants pour un quartier qui compte des milliers d’habitants, l’enquête souffre forcément d’une faible représentativité. Mais si l’échantillon est insuffisant, il fonctionne comme un capteur ultra-sensible des habitants qui ont choisi d’y répondre. Julien Casals, membre du bureau de l’association explique que “cela permet d’éviter que des personnes qui n’y vivent pas puissent y répondre”, la Guillotière étant un sujet hautement inflammable et souvent instrumentalisé.

Les chiffres noirs d’un quotidien asphyxié

Et le constat est sans appel. À la question du cadre de vie, le taux d’insatisfaction donne le vertige : 90 % des sondés jugent la propreté des rues insuffisante, 78 % s’alarment du manque de tranquillité publique et 72 % ne cachent pas leur inquiétude quant à la sécurité des biens et des personnes.

Pour ces riverains, l’illégalité s’affiche au coin de la rue, sans amélioration malgré les différentes initiatives de la Ville de Lyon et de la Préfecture.

98 % d’entre eux affirment être encore témoins fréquents de ventes de cigarettes de contrebande, un trafic qui a désormais débordé de la place du Pont pour s’étendre jusqu’aux abords des métros et des artères adjacentes. Le deal de stupéfiants semble être un spectacle quotidien pour 83 % des répondants, tout comme les rixes et les insultes (78 %).

Au-delà de la sécurité, c’est l’évolution commerciale qui inquiète. Les habitants pointent du doigt la fermeture des supermarchés (Casino, Franprix) au profit d’une prolifération de commerces mono-thématiques (salons de coiffure, réparation de téléphones, kebabs…). Le sentiment d’un abandon institutionnel est criant : 70 % des personnes interrogées estiment que les autorités ne se préoccupent pas de leur sort, provoquant une profonde lassitude civique. “Depuis 5 ans, je réponds à ce type de questionnaire, c’est une perte de temps”, s’agaçait un habitant par écrit.

Résistance culturelle et propositions concrètes : l’esprit “Guille” persiste

Pourtant, “le tableau n’est pas totalement noir”, comme le rappelle Xavier Calmard, co-président de l’association, et c’est là toute la complexité de ce quartier mosaïque. Les habitants aiment viscéralement la Guillotière pour sa mixité, sa chaleur et son histoire. Les aménagements de végétalisation et de piétonisation récents (place Péri, rue Saint-Michel, rue Gilbert Dru) sont salués par la moitié des sondés.

L’association Redorons la Guillotière refuse de baisser les bras et préfère “être force de proposition”. Sur le terrain, l’action associative maintient le quartier en vie. C’est le succès du Festival des Cuisines du Monde, véritable vitrine de l’identité cosmopolite et festive de la Guillotière, ou encore l’organisation de journées citoyennes comme le Clean up day, ayant permis de ramasser plus de 8 000 mégots sur les quais en moins de deux heures.

Plus de sécurité et de propreté oui, mais avec tout le monde, sans exclure et en aidant celles et ceux qui en ont besoin” rappelle un participant, résumant l’ADN d’un quartier qui réclame de l’ordre, mais refuse de perdre son âme solidaire.

Consensus politique ? Chiche !

Et si la Guillotière devenir le laboratoire d’une cohabitation politique inédite ? Avec une mairie écologiste et une Métropole nouvellement gérée par la droite, on pourrait presque l’imaginer tant les discours étaient consensuels. Fanny Dubot, maire écologiste du 7e reconnaît que le dialogue n’étaient pas facile durant le début du mandat précédent car “tout le monde était à fleur de peau et qu’il n’y avait pas une qualité de dialogue entre élus et habitants” et loue les démarches “constructives” de l’association. Et promet qu’elle se servira cette enquête et des propositions pour “construire la feuille de route de la Guillotière pour le second mandat”.

Le nouvel adjoint à la sécurité de la Ville de Lyon, Philippe Prieto, s’engage sur “le respect des arrêtés municipaux, notamment sur le contrôle des terrasses et des activités commerciales illicites”.

Pierre Oliver, vice-président (LR) à la Métropole en charge de la voirie assure que les projets d’aménagements se feront en totale collaboration les services des mairies d’arrondissements écologistes et promet de mettre en place rapidement des réunions de travail avec la mairie centrale, la Métropole et les services de l'État “pour trouver des solutions ensemble” tout en “écoutant les associations”.

Cette promesse de “travailler ensemble” a clairement été le leitmotiv de la soirée et les riverains sans aucun doute surveilleront de très près les actes. À la Guillotière, un dialogue de façade ne suffira pas pour apaiser le quartier.


Les propositions par thématiques de l’association Redorons la Guillotière

• Sécurité & tranquillité publique

Sécurité : Faire de la Guillotière un quartier test en expérimentant les nouvelles brigades anti-incivilités de la Ville et de sécurité des transports de la Métropole.

Réglementation : Limiter l’ouverture nocturne des commerces après 22h et encadrer la vente/consommation d’alcool.

Contrôles & vidéo : Multiplier les contrôles (hygiène, fiscaux) et déployer la vidéo-verbalisation.

• Propreté & cadre de vie

Gestion unique : Déléguer la propreté de la Ville à la Métropole pour un service global unifié.

Déchets & Sanitaires : Supprimer les silos de collecte (sauf verre/compost), soutenir la collecte des cartons et installer des cabines de toilettes doubles automatiques.

• Plan commerce ambitieux

Attractivité : Remettre à plat le périmètre de sauvegarde , implanter une grande surface nationale et élargir le secteur du Manager de Centre-Ville.

Régulation : Lancer une action “Enseignes & Façades” pour faire respecter le Règlement Local de Publicité, contrôler les terrasses et étalages.

• Voirie, urbanisme & végétalisation

Aménagements routiers : Sécuriser les carrefours (feux, passage piéton, radar) et verbaliser les vélos/trottinettes en infraction.

Bâtiment du CLIP : Rénover ses façades, le mettre en lumière, réaménager la place Ballanche et ouvrir son parking sous-utilisé au public.

Végétalisation : Transformer la rue de Marseille en Zone de Rencontre et verdir les axes secondaires comme la rue Basse-Combalot et la rue Montebello (basses plantations).

• Relations usagers

Gouvernance : Faciliter et structurer l’accès direct aux élus référents et aux adjoints de la Ville et de la Métropole.

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