Aurélie Maras
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Rue Grenette : pour Aurélie Maras, la Métropole doit entendre les habitants de Lyon

Aurélie Maras, adjointe écologiste à la démocratie locale, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Face à la volonté de la Métropole de Lyon de rouvrir la rue Grenette aux voitures, la majorité écologiste à la Ville de Lyon oppose les résultats de la concertation qu'elle a lancé sur la piétonisation de la Presqu'île : "Au total, plus de 17 500 réponses ont été recueillies. Très largement, les répondants se sont exprimés en faveur du maintien de la rue Grenette sans circulation automobile. Je rappelle qu’environ 90 000 usagers des transports en commun empruntent quotidiennement la rue Grenette. Ce sont donc autant d’usagers qui ne sont pas bloqués dans les embouteillages liés à la circulation automobile", souligne Aurélie Maras, la nouvelle adjointe en charge de la démocratie locale.

Elle se félicite de la temporisation de la Métropole sur ce sujet que Véronique Sarselli promettait de règler avant l'été : "en début de mandat, ils annonçaient vouloir rouvrir la rue Grenette à la circulation automobile sans associer personne, sans consulter les habitants, ni la Ville de Lyon, ni les premiers concernés, c’est-à-dire les habitants de la Presqu’île. C’était très inquiétant".

La retranscription intégrale de l'entretien avec Aurélie Maras

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Aurélie Maras. Vous êtes adjointe écologiste à la Ville de Lyon, en charge de la démocratie locale. On a beaucoup parlé de l’une des actions que vous avez menées : une concertation citoyenne pour savoir ce que les habitants de Lyon, mais aussi certains habitants de la métropole, pensaient du devenir de la rue Grenette. Celle-ci a été fermée à la circulation automobile lorsque la Ville de Lyon a instauré, il y a environ un an, une zone à trafic limité. Dans le même temps, Véronique Sarselli, présidente de la Métropole de Lyon, affirme vouloir la rouvrir à la circulation automobile. Le résultat de votre concertation semble sans appel : 72 % des personnes interrogées souhaitent maintenir la rue fermée aux voitures. La Métropole estime que cette étude n’a aucune valeur. Pourtant, 17 000 personnes, c’est un échantillon conséquent. Pensez-vous que la Métropole doit nécessairement en tenir compte ?

Pour revenir sur la méthode, nous avons souhaité lancer cette concertation et nous avons été agréablement surpris par la mobilisation des habitants. Ils ont voulu s’exprimer et ont répondu massivement à ce questionnaire, qui comportait également des questions ouvertes. Au total, plus de 17 500 réponses ont été recueillies. Très largement, les répondants se sont exprimés en faveur du maintien de la rue Grenette sans circulation automobile. Je rappelle qu’environ 90 000 usagers des transports en commun empruntent quotidiennement la rue Grenette. Ce sont donc autant d’usagers qui ne sont pas bloqués dans les embouteillages liés à la circulation automobile. Sur le fond, nous avons donc eu une forte participation et un résultat très clair : 72 % des répondants sont favorables au maintien du fonctionnement actuel de la rue Grenette.

C’est un résultat encore plus net que celui des urnes. On s’était dit qu’on y verrait plus clair après les élections municipales et métropolitaines. Le 2e arrondissement est resté dirigé par Pierre Oliver, opposé à cette décision, tandis que la circonscription métropolitaine est restée écologiste, favorable à la fermeture. Pensez-vous qu’il puisse exister un biais politique derrière ces 72 %, compte tenu de l’ampleur du résultat ? Cela pourrait-il avoir été influencé par des militants écologistes ?

Déjà, il faut rappeler que les 72 % correspondent au résultat global des 17 500 répondants, mais ce chiffre est aussi cohérent d’un arrondissement à l’autre. Les premiers concernés sont évidemment les habitants de la Presqu’île. Dans le 1er arrondissement, 76 % sont favorables à l’aménagement actuel. Dans le 2e arrondissement, ils sont encore 66 % à soutenir cet aménagement. C’est significatif, car les premiers concernés sont aussi particulièrement sensibles à la qualité de vie, au niveau sonore et à la qualité de l’air.

Vous évoquiez un volet quantitatif et un volet qualitatif. Qu’est-ce qui ressort de la partie qualitative, dans les réponses plus détaillées ? Pourquoi les gens tiennent-ils à ce que la rue reste fermée ?

C’est justement ce qui est intéressant. Comme le questionnaire comportait des questions ouvertes, un travail d’analyse approfondi a été mené par la mission démocratie ouverte. Il en ressort plusieurs enseignements très intéressants. Parmi les points forts des aménagements actuels, ce qui ressort en premier, c’est l’efficacité des transports en commun. C’est le point le plus cité. On note également un sentiment accru de sécurité pour les piétons, ce qui est évidemment important. Le niveau sonore est aussi un élément central. Même si certaines remarques concernent aussi les klaxons des bus, ce qui montre qu’il y a encore des améliorations possibles. La qualité de l’air revient également souvent. Les habitants évoquent un centre-ville plus agréable, où il est plus facile de circuler, de se rendre dans les commerces et d’accéder aux services publics grâce à des transports en commun plus efficaces. Nous avons également voulu identifier les limites des aménagements actuels. Ce qui ressort, c’est d’abord la présence persistante d’îlots de chaleur. Beaucoup demandent davantage de végétalisation. Nous savons que ce ne sera pas possible partout, mais il existe clairement un besoin d’ombrage et de végétalisation. Autre point important : certains trottoirs restent trop étroits pour les piétons. La rue Grenette est particulièrement concernée, mais ce n’est pas la seule rue de la Presqu’île dans ce cas. Enfin, certaines personnes ont formulé des propositions sur le mobilier urbain installé rue de la République. Tout cela sera publié très prochainement. Vous aurez donc accès à l’ensemble de cette matière qualitative. C’est un enseignement très riche, car il permet d’entrer dans le détail des attentes des habitants et, je l’espère, d’orienter les futures politiques publiques sur la Presqu’île. Je vous fais ici un résumé des tendances principales, mais vous verrez que l’analyse est très détaillée.

La Métropole de Lyon a, pour l’instant, retardé sa décision. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un simple report ou qu’elle finira par mettre en œuvre sa promesse de campagne, à savoir la réouverture de la rue Grenette ? Quels échanges avez-vous avec la Métropole sur ce dossier ?

Heureusement qu’ils ont temporisé. En début de mandat, ils annonçaient vouloir rouvrir la rue Grenette à la circulation automobile sans associer personne, sans consulter les habitants, ni la Ville de Lyon, ni les premiers concernés, c’est-à-dire les habitants de la Presqu’île. C’était très inquiétant. Je rappelle également un élément de contexte : la Métropole de Lyon a débuté son mandat sans aucun exécutif chargé de la démocratie locale et de la participation citoyenne. C’est inédit. Depuis Gérard Collomb jusqu’à aujourd’hui, il y avait toujours eu un vice-président ou une vice-présidente chargé de ce sujet. Ce signal est malheureusement préoccupant. Heureusement qu’ils ont ralenti sur ce dossier. Nous espérons maintenant qu’ils prendront en compte la parole des habitants, qui se sont exprimés massivement dans cette consultation. Nous espérons réellement que la Métropole en tiendra compte. Il existe des rendez-vous réguliers entre les vice-présidents de la Métropole. Pour ma part, je n’ai pas d’interlocuteur direct sur ce sujet, mais le maire de Lyon et la présidente de la Métropole se rencontrent régulièrement.

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