Portrait de Djida Tazdaït par Fantomas © CL

Conserver la mémoire des luttes : le pari des Archives de Lyon

S’engager c’est avant tout agir”, du 3 juin au 11 juillet 2026 les Archives Municipales de Lyon se plongent dans une rétrospective des 60 dernières années de combats lyonnais : féministes, LGBT, antiracistes, non-violents et environnementaux.

Organisée par les Archives de la ville avec des étudiantes et étudiants de l’Université Lyon 3, l’exposition encadrée par Mourad Laangry retrace l’histoire tumultueuse des luttes lyonnaises rappelant l’importance qu’est d’investir l’espace public de nos convictions face à la répression.

Un projet chronologique

L’exposition repose sur cinq années de collecte d’archives privées retraçant étape par étape la progression des luttes sociales au sein de la ville.

On passe d’abord devant une statue de Martin Luther King lors de sa visite à la Bourse du travail de Lyon en plein mouvement des droits civiques le 29 mars 1966.

Puis, est rappelé l’épisode du 2 juin 1975 lorsque 80 femmes prostituées occupaient l'Église St-Nizier à Lyon réclamant d'être considérées comme des êtres humains à part entière face au harcèlement de la police, en pleine révolution MLF.

Le tournant de la Marche pour l’Égalité et contre le Racisme du 15 octobre au 3 décembre 1983 qui a traversée les Minguettes lyonnaises est aussi célébré. Enfin, sont abordées, les luttes environnementales, LGBT et anti-sérophobes dans la seconde partie de l’exposition.

Des archives alimentées de témoignages de vie

Dans le cadre de ce projet, le traitement des archives a une saveur particulière. L’archiviste porte une responsabilité toute autre : celle de collecter les éléments de vie d’acteurs encore vivants qui se confondent avec leurs actions et leurs combats.

Pour l’exposition, plusieurs militants historiques de la société lyonnaise sont mis en avant à travers leurs citations et leurs interviews réalisées par les étudiants.

C’est notamment le cas de Bernard Bolze, fondateur de l’OIP (observatoire international des prisons).

Œuvres et collages issus des archives de l'Observatoire international des prisons © CL

Mais aussi de Serge Perrin du MAN (mouvement pour une alternative non-violente) ayant travaillé sur la résolution non-violente de conflits, aussi bien avec des élèves dans le milieu scolaire qu’avec des représentants d’Israël et de la Palestine, mais aussi sur le refus du service militaire. Tout comme Yvette Bailly, quia tenu aussi à évoquer la place accordée au doute dans l’engagement et l’importance de la famille ou du collectif en soutient face à une militance qui vient “percuter des choix personnels” avec une seule consigne : “ne jamais se laisser interdire quoi que ce soit”.

Évidemment, les multiples combats (sans-abrisme, solitude dans la mort, droits LGBT, sérophobie) de Michel Chomarat sont racontés. Se définissant lui-même “activiste gay”, son témoignage montre l’importance de la spontanéité dans l’engagement, d’aller vers les autres et surtout, “les marges”. Car être engagé c’est être acteur, prendre des risques et reconnaitre la place du danger dans le combat.

Aussi, Marie France Antona, a fait de “l’affaire de sa vie”, les problématiques sociales et migratoires du quartier Moncey dans les années 1990. Elle parle du jour où elle a réalisé que l’on peut “vivre quelque part et ignorer totalement ce qui s’y passe”. Tout comme Christian Delorme, “le curé des Minguettes” ayant participé en 1983 à la Marche des beurs, pour qui l’étymologie du mot “s’engager” c’est-à-dire “se donner en gage” permet de prendre conscience de sa responsabilité.

Enfin, Djida Tazdaït (Zaâma d’Banlieue – “soit-disant de banlieue”) et Agnès Maemble (Amazones et Body Art Athlètes de rue) évoquent à leur tour une vie où il n’y avait “pas le choix que de s’engager” dans l’urgence si l’on voulait s’opposer à la domination et à la stigmatisation exercée contre les cités et contribuer à l’émancipation des populations de quartier.

Des affiches politiques et photos d’époque marquant l’importance de la médiatisation

“Tu crois qu’un an de service c’est seulement chiant ?”, “Non à la pétro-guerre”, “pour lutter contre le racisme en Afrique du sud, à partir de juin, refusez les oranges Outspan !”, “Qui a peur du matrimoine ?”, “Quand les femmes s’aiment” : représentent une partie des nombreux slogans d’affiches qui tapissent les murs de l’exposition. Marques de la médiatisation nécessaire au ralliement à la lutte, ces affiches, tracts et photos sorties des archives témoignent d’une chose : l’engagement passe par l'appropriation de l’espace public.

Une mise en forme artistique plurielle

L’expo ne se contente pas de présenter les archives dans des cadres et des vitrines. Une véritable mise en scène artistique est réalisée pour dynamiser le tout. Sont mis à disposition les œuvres de l’Observatoire International des Prisons illustrant le combat de Bernard Bolze, des caricatures, dessins et croquis, mais aussi le travail de la plasticienne Anne Monteil-Bauer sur l’invisibilisation des femmes de l’histoire.

De plus, d’immenses portraits des donateurs réalisés au graff par Thomas Gresset allias Fantomas, étudiant de l’École Brassard permettent de faire la transition entre les différents récits. Enfin, un arbre à mot a été mis en place au centre de l’exposition sur lequel il est possible d’inscrire nos mots d’engagement, une installation participative permettant d’inscrire le spectateur dans l’action.

L'arbre à mot © CL

Quel bilan de la part des donateurs aujourd’hui ?

À la question “Avez-vous l’impression qu’il y a eu une régression dans l’efficacité des combat ” formulée en interview par une étudiante, Djida Tazdaït, ancienne députée européenne, est mitigée. Ce qu’elle regrette, c’est la “non-applicationpar les procureurs des lois antiracistes de 1970 face a la libération d’une parole haineuse engendrant une montée de la violence”. Malgré tout, elle garde confiance en la génération actuelle et future pour faire subsister la lutte.

Mémoires d’engagement, jusqu’au 11 juillet aux Archives Municipales de Lyon.

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