Au lendemain de l'incendie ayant tué trois personnes dans le quartier du Prainet à Décines, un climat de peur et d'inquiétude subsiste rue Sully.
Des rubans de signalisation barrent la porte d'entrée du 18 rue Sully à Décines-Charpieu ce mardi 12 mai. Au lendemain de l'incendie d'immeuble, ayant entraîné la mort de trois personnes et blessé quatorze habitants, des équipes de police nationale sont mobilisées dans le quartier du Prainet. Alors que la thèse du règlement de compte reste privilégiée par les enquêteurs, les riverains sont sous le choc. "Nous avons une amie qui habite au 7e étage de l'immeuble qui a brûlé, elle a du partir du travail en urgence car son fils était enfermé dans l'appartement, heureusement il a pu être évacué", témoigne, ému, un habitant du quartier, avant d'ajouter : "Ce ne sont jamais les bonnes personnes qui ramassent. Ce sont les habitants, des gens qui n'ont rien à voir avec ces affaires de drogues."
Au pied de l'immeuble, le père de l'une des trois victimes est en pleurs. Désarmé, il était venu chercher des papiers dans l'appartement incendié. Une requête impossible pour le moment en raison de la mise sous scellé de l'immeuble. " Le bâtiment est sous la tutelle du procureur de la République et pour l'instant nous n'avons pas de date pour que les habitants puissent récupérer leurs effets personnels", indique l'adjoint à la Sécurité de Décines, Jean-Emmanuel Alloin.
"Le stade et l'Arena ont ramené beaucoup de monde pour le trafic de drogues"
L'incendie survient après une série de violences constatées dans le quartier. Le 24 avril dernier, une mère de famille avait déjà reçu une balle perdue dans le mollet alors qu'elle rentrait chez elle avec son fils. Depuis, les habitants du quartier vivent dans la peur. "J'habite ici et j'ai peur. Depuis un mois, je fais très attention quand je sors", explique une habitante du Prainet. "Cela fait dix ans que j'attends d'être relogée. Je veux partir d'ici, je vis dans la peur. Je n'ose même pas témoigner car j'ai peur des représailles", glisse une autre les larmes aux yeux.

Habitant du quartier depuis 43 ans, un Décinois affirme quant à lui avoir constaté le déclin du quartier, notamment depuis la création de l'OL Vallée, située quelques mètres seulement plus loin. "Le stade et l'Arena ont ramené beaucoup de monde pour le trafic de drogues. Le quartier est devenu un gros pôle avec beaucoup de passage et c'est pour ça que ça créé des guerres de territoires", explique-t-il. Il précise : "Avant c'était des guerres internes, maintenant ce sont des quartiers extérieurs qui veulent prendre le pouvoir vu qu'il y a plus de passage". Une habitante installée dans le quartier du Prainet depuis 1997 partage le même constat : "Il y a eu un véritable changement ces dernières années. Je n'ai pas peur, mais maintenant je reste vigilante quand je me promène."
"Des moyens ont été octroyés par les préfecture, mais ça n'a pas empêché un drame"
À la suite de l'incendie, le dispositif de sécurité a été renforcé. Plusieurs équipes de CRS et de polices nationales se relaient désormais sur le terrain pour veiller à la sécurité du quartier. Pour rappel, les forces de l'ordre étaient déjà mobilisées depuis quelques semaines au moment des faits. "La police est là, mais elle n'est jamais postée au bon endroit. Ils profitent de la relève entre les CRS et la Police Nationale pour agir", déplore un habitant.
De son côté, la Ville de Décines demande de nouveaux moyens et notamment la mise en place d'un "Etat d'urgence localisé". "Des moyens ont été octroyés par les préfecture, mais ça n'a pas empêché un drame absolu, donc nous demandons à ce qu'il y ait des moyens 24h/ 24", souligne l'adjoint à la Sécurité, avant d'affirmer : "Nous tiendrons le pavé pour avoir des effectifs nécessaires jusqu'à ce que l'ordre et la sérénité reviennent." En attendant, un couvre-feu a été instauré dès hier et pour tous les soirs, à compter de 22 heures, pour les mineurs. La Ville de Décines affirme que ce dernier est reconduit ce mardi et le sera pour "une durée indéterminée."
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