Fabien Bagnon, conseiller métropolitain Les Ecologistes et ancien vice-président en charge de la voirie, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Les premières décisions de Véronique Sarselli sur les mobilités font réagir Fabien Bagnon. Sur le dossier de la boulangerie de Bron, menacée par le tracé du bus à haut niveau de service, l'élu écologiste balaie les accusations de dogmatisme : "Il n'existe pas de solution miracle". Selon lui, toutes les options avaient été étudiées, et toute modification du projet impactera nécessairement le BHNS, la piste cyclable ou les trottoirs.
Sur la rue Grenette, dont la majorité souhaite la réouverture à la circulation automobile, il est tout aussi sceptique. Rouvrir cet axe imposerait de renvoyer les bus rue de la République, au risque de les pénaliser fortement. "Sauf à tout démolir", lâche-t-il, ce que la majorité ne fera pas. Même son de cloche pour l'avenue Rockefeller, où des contraintes réglementaires imposent le maintien d'un aménagement cyclable.
Pour Fabien Bagnon, le schéma est clair : "Les annonces de campagne sont simples, mais une fois en responsabilité, la réalité est plus complexe". "Ce sont des projets structurants", conclut-il, citant en exemple les berges du Rhône aménagées sous Collomb, où "remettre des voitures paraît aujourd'hui inconcevable".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Fanny Dubot
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Fabien Bagnon. Vous êtes conseiller métropolitain d’opposition chez les écologistes. J’insiste sur le terme “d’opposition”, puisque vous découvrez cette facette du mandat. Lors du précédent mandat, vous étiez en charge des mobilités et du vélo à la métropole de Lyon. Votre successeur, Pierre Oliver, a lancé une grande concertation auprès des Lyonnais pour recueillir leur avis sur les rues à rouvrir à la circulation automobile. Nous allons évoquer plusieurs axes concernés. Commençons par l’actualité : à Bron, la nouvelle majorité métropolitaine a annoncé avoir trouvé une solution avec un boulanger menacé d’expropriation sur le tracé du bus à haut niveau de service de l’est lyonnais. Elle affirme que votre volonté d’expropriation relevait du dogmatisme, et qu’il existait une solution permettant de faire cohabiter bus, voitures et piste cyclable. Était-ce du dogmatisme ?
C’est exactement l’inverse. Nous avions étudié toutes les solutions pour éviter d’impacter cette boulangerie. Des propositions avaient été faites aux propriétaires, notamment la possibilité de reconstituer leur activité sur place, mais elles n’ont pas été acceptées. Il n’existe pas de solution miracle. Les services techniques du SYTRAL ont sans doute reçu une commande pour modifier le projet, mais cela impliquera nécessairement un impact sur la ligne de bus à haut niveau de service, la piste cyclable ou les trottoirs. Il pourrait même y avoir un impact sur la circulation automobile.
Parmi les options envisagées : faire cohabiter bus et voitures sur quelques dizaines de mètres, ou réduire la largeur des voies lyonnaises. Certains maires de droite vous reprochaient de refuser toute réduction des pistes cyclables. Une réduction ponctuelle n’était-elle pas envisageable ?
Ces propos sont caricaturaux. À chaque fois, nous avons cherché des solutions. La réduction de la voie lyonnaise avait été envisagée jusqu’à 2,50 mètres, ce qui constitue déjà un minimum. Dans ce cas précis, il est impossible de faire cohabiter tous les modes de transport. Il faudra nécessairement en sacrifier un ou en impacter plusieurs.
C’est l’une des premières décisions de la nouvelle majorité, avec la suspension des travaux sur la rive droite du Rhône. Que révèlent les premiers pas de Véronique Sarselli et de sa majorité ? S’agit-il d’un détricotage de vos politiques ou d’un effet de l’actualité ?
Les mobilités ont été un sujet central de la campagne. Certaines annonces, parfois populistes, ont été faites sans tenir compte de leur faisabilité. Aujourd’hui, la majorité prend connaissance des dossiers et découvre leur complexité, tout en continuant à faire des annonces, notamment sur le BHNS. Il faudra suivre ces projets de près, car leur faisabilité technique pose question.
Concernant la rue Grenette, la majorité souhaite la rouvrir à la circulation automobile. Avant les aménagements récents, il s’agissait essentiellement d’un axe est-ouest. Pensez-vous que cela soit réalisable ?
La faisabilité est complexe et nécessitera du temps. Réouvrir la rue impliquerait de renvoyer les bus sur la rue de la République, sauf à les pénaliser fortement en les mélangeant avec la circulation automobile. Il y a également la question de la rue Serlin, où des aménagements sont en cours. Il ne sera pas possible d’y réintroduire simplement les bus.
Sauf à tout démolir ?
Sauf à tout démolir, ce que la majorité actuelle ne fera pas. J’ai échangé avec Pierre Oliver, qui reconnaît la complexité du dossier. Les annonces de campagne sont simples, mais une fois en responsabilité, la réalité est plus complexe. Ces projets reposent sur des études et des concertations approfondies. On ne revient pas aussi facilement sur de tels aménagements.
Avez-vous conçu ces aménagements pour qu’ils résistent à une alternance politique ?
Non. Il s’agissait d’aménagements durables, pensés pour améliorer la qualité de vie des habitants, notamment à Lyon. Les travaux rue Serlin, par exemple, visent à offrir davantage d’espace, de confort et de sécurité aux piétons, ainsi qu’à végétaliser l’espace public. Ces projets ont été pensés sur le long terme et de manière cohérente.
D’autres axes pourraient être concernés, comme la montée du chemin Neuf dans le 5e arrondissement ou l’avenue Rockefeller dans le 8e. La droite affirme depuis longtemps que vos aménagements ralentissent les véhicules de secours. Une réouverture est-elle envisageable ?
Il n’y a pas de problème concernant les véhicules de secours. Nous avons travaillé étroitement avec les services concernés, notamment avec l’hôpital Édouard Herriot. Ces services utilisaient déjà certaines voies avant les aménagements. Les modifications envisagées seraient complexes. Sur le chemin Neuf, les riverains, qui ont gagné en tranquillité, pourraient s’y opposer. Ces projets ont fait l’objet de larges concertations. On entend aujourd’hui des habitants dire qu’il serait dommage de réintroduire la circulation automobile.
Aviez-vous raison trop tôt ?
Ces décisions sont toujours difficiles à prendre et nécessitent du courage politique. Une fois mises en œuvre, il devient difficile de revenir en arrière. C’est comparable aux berges du Rhône, aménagées sous Gérard Collomb : imaginer y remettre des voitures paraît aujourd’hui inconcevable. Ce sont des projets structurants.
Vous avez peu de doutes sur la capacité de la majorité à revenir sur vos aménagements ?
Nous verrons, mais cela sera compliqué. Sur l’avenue Rockefeller, il existe également des contraintes réglementaires : un aménagement cyclable est obligatoire. Supprimer la piste actuelle poserait un problème légal. Globalement, derrière les annonces de campagne, la mise en œuvre s’annonce difficile.

Après la perte de la métropole, Bagnon et bientôt Lugenstrass nous reviennent penauds, comme ces centaines de vélos épaves sur la ville !
Les seuls penauds sont les gens de droite au pouvoir qui s'aperçoivent que leurs annonces lors des élections n'étaient que de la démagogie idéologique pro-voiture, loin de la réalité des lois humaines et physiques.
🙂