Patrick Romestaing, vice-président de l'association Stop Enfumage, est l'inviuté de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Brûler du bois en 2026, une aberration ? C'est la conviction de Patrick Romestaing, vice-président de l'association Stop Enfumage : "Le bois est à ce jour le combustible le plus toxique pour la santé des personnes et pour l'environnement." Une affirmation qui peut surprendre tant le bois a le vent en poupe dans les politiques énergétiques.
Selon lui, les chaufferies industrielles rejettent une quantité de CO₂ comparable au poids de bois brûlé - "pour faire court, on peut dire que c’est à peu près la même quantité de CO₂ rejetée dans l’atmosphère" - et génèrent des particules fines et ultrafines qu'il juge "dangereuses pour la santé humaine et l'environnement".
C'est pourtant bien ce que s'apprête à faire la Métropole de Lyon à Saint-Genis-Laval, où une enquête publique a été lancée en janvier 2026 pour l'installation d'une chaufferie industrielle à bois. Le projet prévoit de brûler 36 000 tonnes de bois par an, rejetant dans l'atmosphère une quantité comparable de CO₂, sans compter les particules. À titre de comparaison, le projet avorté de Sainte-Foy-lès-Lyon, contre lequel Stop Enfumage s'était déjà mobilisée, atteignait les 110 000 tonnes annuelles. À l'échelle nationale, ce sont 16 millions de tonnes de bois qui partent chaque année en fumée dans ce type d'installations.
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Les chaufferies à bois au cœur de la politique énergétique écologiste
Le paradoxe est saisissant : ces chaufferies sont subventionnées et promues comme énergies renouvelables, au cœur de la politique énergétique d'une métropole portée par des élus écologistes. Une classification héritée d'une convention internationale de 1992, que Patrick Romestaing qualifie d'"aberration intellectuelle" : certes, le bois repousse, mais la compensation carbone ne s'opère qu'en cinquante à soixante-dix ans selon les espèces dixit Patrick Romestaing. Un horizon bien trop lointain face à l'urgence climatique, d'autant que nos forêts, bien qu'en expansion de surface, se dégradent dangereusement. Affaiblies par les canicules, la sécheresse et les parasites, les forêts d'Auvergne-Rhône-Alpes sont désormais, selon un rapport de la préfecture de région de 2024, émettrices nettes de carbone. La forêt ne peut plus jouer son rôle de poumon. Alors, y ajouter des dizaines de milliers de tonnes de bois brûlées chaque année : pour Stop Enfumage, le compte est bon, et il est alarmant.
“Brûler du bois émet davantage de CO2 que les énergies fossiles”
(Atmo Auvergne-Rhône-Alpes)
Philippe Guelpa-Bonaro, vice-président chargé de l’énergie à la Métropole de Lyon, l’a reconnu lors d’une réunion publique à Saint-Genis-Laval : il faudra “25 à 40 ans” aux arbres pour capturer le CO2 émis par la chaufferie. “Les chaufferies à biomasse sont une source de pollution, mais on ne mesure pour l’instant pas d’impact significatif sur la qualité de l’air locale au niveau de ces installations”, rassure Raphaël Desfontaines. Dans l’absolu, “brûler du bois émet davantage de CO2 que les énergies fossiles”, reconnaît-il toutefois.
Le ministère de la Transition écologique, alors qu’il subventionne le bois énergie, le relève lui-même. Citant le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique, il note que la combustion du bois produit plus de CO2 que le fioul domestique ou le gaz naturel.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Patrick Romestaing
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de “6 minutes chrono”. Nous accueillons aujourd’hui Patrick Romestaing. Bonjour, Patrick Romestaing. Vous êtes le vice-président d’une association qui s’appelle Stop Enfumage. Pour les personnes qui ne connaissent pas, j’aimerais que nous commencions cette émission par expliquer ce qu’est cette association Stop Enfumage. Enfumage de quoi ?
Enfumage dans ce qui concerne les messages qui sont envoyés par les responsables politiques et les responsables de la métropole concernant l’installation de chaufferies industrielles à bois consommant de grandes quantités de bois.
Sur le principe, on se dit : le bois, on a toujours brûlé du bois, on a toujours consommé du bois. Pour vous, c’est une aberration totale en 2026 si je comprends bien ?
C’est une aberration dont on ne peut pas ne pas tenir compte en 2026, parce que le bois est à ce jour le combustible le plus toxique pour la santé des personnes et pour l’environnement. Stop Enfumage est né du projet de grande chaufferie industrielle, méga chaufferie comme disait la métropole, à Sainte-Foy-lès-Lyon, limite Francheville.
Oui, qui avait été annoncée par la métropole en janvier 2025. Il y a eu un débat. Finalement, en fin d’année, cela a été annulé. Ils n’ont pas annulé, ils ont dit : on la mettra ailleurs, mais on ne sait pas où. C’était en deux temps.
Dans un premier temps, ils ont dit non. Finalement, ils ont déclaré qu’ils ne feraient pas cette méga chaufferie. Ils feraient différemment, mais il y aurait quand même probablement une petite chaufferie. Dans un deuxième temps, ils ont dit non, ils ne feraient pas de chaufferie. Ils ne positionneraient pas de chaufferie industrielle à Sainte-Foy-lès-Lyon, Francheville.
L’actualité, c’est la chaufferie à bois de Saint-Genis-Laval puisqu’une enquête publique a été lancée en janvier dernier, janvier 2026, J’aimerais revenir sur Stop Enfumage, parce que pour vous, chauffer au bois est une aberration en raison des risques sanitaires. Quels sont-ils ? C’est la grande question.
C’est le sujet numéro un pour les personnes qui habitent à proximité, mais pas seulement à proximité. Lorsqu’il y a du vent, les fumées vont très loin et le risque sanitaire est indiscutable. Beaucoup de publications l’ont désormais mis en évidence dans le débat, des publications très récentes, dans le monde entier et en France. Ce sont des risques majeurs, parce que si l’on fait brûler du bois en très grande quantité, ce sont des dizaines de milliers de tonnes. Pour la chaufferie de Saint-Genis-Laval, il s’agit de 36 000 tonnes de bois par an. C’est énorme. Celle de Sainte-Foy était prévue à 110 000 tonnes de bois par an, c’est gigantesque. Sur l’ensemble de la France, ce sont 16 millions de tonnes de bois qui sont consommées.
Je vous coupe. Ces 36 000 tonnes ou ces 110 000 tonnes de bois brûlées par an, cela équivaut à quoi en termes de rejets de polluants ?
Globalement, pour faire court, on peut dire que c’est à peu près la même quantité de CO₂ rejetée dans l’atmosphère.
Donc 36 000 tonnes de bois brûlées, c’est 36 000 tonnes, grosso modo, de CO₂ rejetées dans l’air.
Un peu moins, mais c’est comparable. Cela signifie que c’est dramatique, parce que ce CO₂ aura des conséquences majeures sur l’environnement. On pourra en reparler. Sur le plan sanitaire, en plus du CO₂, il y a des particules fines et ultrafines qui présentent un danger majeur pour la santé des individus.
Nous sommes donc sur l’enfumage, Stop Enfumage, au sens littéral, des habitants. L’enfumage, comme vous le disiez tout à l’heure, c’est aussi l’enfumage des discours officiels. Le bois est classé comme énergie renouvelable, il est subventionné, il est au cœur de la politique énergétique de la métropole. Vous dites que c’est l’énergie la plus polluante qui soit. Comment expliquez-vous ce paradoxe, que le bois soit au cœur de la politique énergétique de la métropole alors que cela pollue beaucoup ?
C’est une aberration intellectuelle, une négation de la réalité scientifique. C’est en lien avec une convention-cadre internationale de 1992, il y a plus de trente ans, qui indique que le bois étant une énergie renouvelable, on n’a pas à prendre en compte la quantité de CO₂ émise par le bois, alors qu’on en tient compte pour le gaz, le fioul et le charbon. Pour le bois, non, parce qu’il est renouvelable. C’est une vision tronquée, parce que l’on coupe des hectares de forêts pour alimenter ces chaufferies industrielles. Il faut beaucoup de bois et l’on replante. Or, avec les canicules, la sécheresse et les parasites qui se développent, nos forêts vont très mal et ne sont plus en capacité d’absorber la quantité de CO₂ qu’elles devraient absorber pour maintenir une atmosphère saine. Planter du bois signifie qu’il y aura une compensation dans cinquante, soixante ou soixante-dix ans, selon les espèces plantées. Il n’y a donc pas de compensation à court ou moyen terme. Le bois ne peut plus être considéré comme une énergie renouvelable.
Il y a quelque chose qui m’interpelle. Vous dites que nos forêts vont très mal, mais j’avais l’idée qu’elles allaient plutôt bien, qu’il n’y avait jamais eu autant de forêts en France.
Vous avez raison, la forêt en France augmente en surface, mais elle baisse fortement en densité. Les arbres sont en très mauvaise santé du fait des canicules et du réchauffement climatique. Ils ne jouent plus ce rôle de capteurs de carbone. La préfecture de région, dans un rapport de 2024, a mis en évidence que les forêts ne remplissent plus ce rôle d’absorbeur de CO₂. Par raccourci de langage, la préfecture indique que les forêts d’Auvergne-Rhône-Alpes sont émettrices de carbone.
C’est ma dernière question, vous répondez très rapidement. Ne vous trouvez-vous pas dans une position un peu inconfortable ? Vous critiquez une politique menée par des élus écologistes tout en défendant l’environnement. Vous accuse-t-on d’être anti-écolo ?
Nous ne faisons pas de politique. Nous sommes dans la réalité scientifique, dans le constat de ce que disent de nombreux articles, notamment sur la santé des personnes exposées au bois. Indiscutablement, nous sommes hors de la politique. Nous sommes dans un débat qui concerne tout le monde : l’environnement et la santé des citoyens.
En tout cas, merci Patrick Romestaing d’être venu sur le plateau de Lyon Capitale. Pour plus d’informations sur ces problématiques rendez-vous sur www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.

Comme quoi l'écologie du bois ne l'est pas vraiment ! Et les vélos asiatiques livrés en cargo au fuel lourd !
Mais quel enfumage que ce point de vue ! 😀
Le problème du pétrole est que ça remet du CO2 capturé depuis des millions d'années dans le sol, et que c'est ça qui réchauffe la planète, et non pas le cycle naturel du carbone avec les arbres !
Particules ? ça dépend uniquement des filtres qui ne sont (éventuellement) pas mis parce que ça coûte + cher.
Solution ? Certainement pas le nucléaire qui rend inhabitables des terres immenses lorsqu'il y a des "accidents". Et même son exploitation pose problème, sans besoin d'accident (à l'extraction, au traitement, etc).
La solution est dans les normes passives, que ce monde corrompu ne veut pas parce que "normes passives = énormément moins de consommations d'énergie.