Georges Képénékian, candidat centriste aux élections municipales à Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Georges Képénékian le martèle. Malgré les mauvais sondages et la difficulté d'exister à l'ombre du duel Aulas-Doucet, il ne renoncera pas : "Parce que je ne veux pas que l’avenir de cette ville se réduise à un duel entre Jean-Michel Aulas et Grégory Doucet, qui ont intérêt, d’ailleurs, l’un et l’autre, à ce que ce ne soit qu’un duel.
L'ancien maire de Lyon assume aussi une stratégie différente et dénonce une campagne qu'il juge peu sérieuse : "La gratuité, c’est séduisant. Mais la gratuité des cantines, cela veut dire que, pour mes trois enfants, je n’aurais pas payé la cantine. C’est ridicule. C’est l’anti-redistribution. Ce n’est pas possible. Cela séduit, mais la raison doit revenir dans le champ politique. On ne peut plus faire des annonces comme si on était un demi-dieu descendu sur terre".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Georges Képénékian
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez un “6 minutes chrono” un peu spécial puisque nous sommes avec Georges Képénékian. Bonjour. Spécial puisque nous allons rallonger la durée de cette émission, campagne municipale oblige. Vous êtes candidat à la Ville de Lyon. C’est pour cela que cette émission va être un peu plus longue que les précédentes. Vous avez été adjoint, ancien maire, ce n’est pas votre première campagne électorale. Celle-ci est particulière pour vous : vous l’abordez sans étiquette, entre guillemets en “petit candidat”. On voit que pour les petits candidats, puisque vous n’êtes pas le seul, cela concerne aussi Nathalie Perrin-Gilbert, il y a une vraie difficulté à exister dans cette campagne, fagocitée par le match entre Jean-Michel Aulas et Grégory Doucet. Comment l’analysez-vous ? Comment expliquez-vous cette forme, finalement, d’offre binaire ?
Georges Képénékian : J’avoue que cela m’a échappé. Je n’ai pas compris comment les choses se sont constituées, d’autant que j’avais annoncé ma candidature dès le tout début du mois de février. Donc cela dit quelque chose. Et pourquoi je ne renonce pas ? Parce que je ne veux pas que l’avenir de cette ville se réduise à un duel entre Jean-Michel Aulas et Grégory Doucet, qui ont intérêt, d’ailleurs, l’un et l’autre, à ce que ce ne soit qu’un duel. Deuxièmement, je pense que la manière dont cette campagne, vous me parliez d’autres campagnes, s’est construite ne s’est pas faite dans une ambiance idéale, avec des annonces un peu tonitruantes, un peu dans tous les sens, des gratuités par-ci, des tunnels par-là. Même l’exécutif propose de faire trois bibliothèques. C’est complètement démesuré aujourd’hui. C’est faire fi de la situation réelle de notre ville et des besoins des gens. Donc je veux résister malgré cela, parce que Lyon a besoin d’un vrai débat. Et je souhaite, même comme vous dites si on est en bas du parchemin, porter cette voix. Je vois bien que des Lyonnaises et des Lyonnais que je rencontre depuis un mois, qui commencent à entrer dans la campagne, sont attentifs. Ils n’ont pas forcément envie de ce duel. Donc on y va. Je pense qu’un sondage, jusqu’au coup de sifflet final, n’est pas joué. Nous voulons le jouer et porter une voix différente, un projet, une approche différente.
Mais qu’est-ce que ce débat, centré simplement sur deux listes, occulte de la réalité de la situation lyonnaise ?
Je pense qu’il occulte que nous sommes dans une forme de dégagisme. Pour les gens aujourd’hui…
Vous avez l’impression que c’est un plébiscite contre Grégory Doucet ?
Bien sûr. Je pense que Grégory Doucet, in fine, donne le sentiment d’un fiasco. Mais je pense aussi que cela sera une impasse, parce que ce rassemblement de partis qui sont ceux du gouvernement aujourd’hui autour de lui ne présage rien de bon. On voit bien ce qui se passe au national. Donc je considère, moi, qu’aujourd’hui les solutions, les évolutions, les besoins de notre territoire ne sont pas les bons. J’ai lancé le concept du “prendre soin”. Je me suis écarté du “hard”, de proposer des investissements lourds de ci, de là.
Mais il n’y en a pas besoin, de ces investissements lourds ?
Je pense que, dans un premier temps, nos concitoyens n’attendent pas d’abord des investissements. C’est de la verticalité d’avant. C’est penser, pour eux, ce qui va être bon pour eux et pour l’idée que je me fais de la ville. L’un et l’autre sont dans cette opposition, et je crois que ce n’est pas là. Le “prendre soin”, c’est une manière de revenir au socle, d’aller chercher ce qu’attendent nos concitoyens. 75 % des Français disent ne plus faire confiance aux partis, mais ils continuent de dire que la démocratie est le bon système. Je suis pour un choc de l’offre démocratique.
Qui reposera sur quoi ?
Les cent premiers jours, un mois de mai de la démocratie. Un mois que nous allons organiser pour écouter le maximum de Lyonnaises et de Lyonnais.
Mais n’est-ce pas normalement le rôle d’une campagne ?
Bien entendu. J’ai écouté les Lyonnais, j’ai apporté des solutions. Je parlais de l’après. La complexité des problèmes, que ce soit la sécurité, le logement, personne n’a de solution magique. Et on fait croire aujourd’hui que l’on a des solutions magiques. C’est inquiétant. Que des gens finissent par penser qu’une gratuité systémique dans la ville serait la bonne solution, qu’étendre des métros à droite et à gauche serait la bonne solution… Les Lyonnais sont d’abord à Lyon. Il y a besoin de réduire nos fractures, que chacun retrouve sa place. Les gens demandent le pouvoir d’agir, pas seulement dans une campagne. Les programmes, j’en suis l’anti-programme. Il faut arrêter de proposer des choses que des gens vont croire parce que c’est joli sur du papier glacé. En réalité, qu’est-ce qui va être fait ? Nous entrons dans une période d’incertitude si nous ne pilotons pas la vie.
Se présenter en disant que l’on rentre dans une période d’incertitude mais avec un programme qui est un anti-programme, n’est-ce pas aussi une forme d’incertitude ?
Non. Nous avons prévu quelques opérations, quelques grands principes dans le “prendre soin”. On ne fait pas n’importe quoi. Quand je dis 10 000 logements pour les étudiants et les jeunes travailleurs, c’est comment on va le faire. Cela présuppose que vous réunissiez les acteurs. Un maire ne fait pas. Il permet de faire. Il s’appuie sur les énergies de cette ville, sur les corps intermédiaires, sur les associations. C’est cela qui demande à revenir au pouvoir : avoir le pouvoir d’agir. Je le dis en pesant mes mots. S’occuper de la sécurité, c’est renouer avec nos policiers, leur assurer une qualité de travail.
Mais pour vous, cela ne se règle pas en fixant un objectif d’effectifs de police municipale ou de caméras ? C’est pourtant une grosse partie du débat. Pour vous, ce n’est pas une réalité ?
Nous avons à l’effectif 364 policiers. Aujourd’hui, il y en a 310. On n’est pas arrivé, dans ce mandat, à atteindre l’objectif attendu malgré des augmentations intéressantes d’indemnités. Pourtant, 150 policiers sont passés à Lyon et sont repartis. Si on ne fidélise pas, si on ne rend pas le travail coordonné, intelligent, et pas simplement faire des contraventions ou lutter contre le narcotrafic, rien n’est clair. Il y a besoin de redéfinir. Avant de dire que l’on en veut 500 ou 1 000, il va falloir les trouver. Ils n’existent pas sur le marché. Encore une fois, c’est étape par étape. Je suis un anti-solutionniste. Aujourd’hui, on est tombé dans l’idée qu’un problème égale une solution. Mais rien, dans un organisme vivant, ne se résout en traitant chaque organe séparément. Il faut une vision globale.
En 2026, peut-on être candidat, prôner la modération et expliquer que les solutions ne sont pas simples ? N’est-ce pas une prise de risque, voire une candidature un peu suicidaire ?
Vous pensez que oui. Peut-on gagner quand on n’est pas dans l’ère du temps ? Mais l’ère du temps est questionnée par tout le monde. Nos concitoyens attendent aussi qu’on leur parle avec vérité. La gratuité, c’est séduisant. Mais la gratuité des cantines, cela veut dire que, pour mes trois enfants, je n’aurais pas payé la cantine. C’est ridicule. C’est l’anti-redistribution. Ce n’est pas possible. Cela séduit, mais la raison doit revenir dans le champ politique. On ne peut plus faire des annonces comme si on était un demi-dieu descendu sur terre. La France ne va pas très bien. La ville va plutôt mieux parce qu’elle a des énergies. Je vois des créateurs, des chercheurs, des gens dans les start-up. Très peu s’intéressent à la politique. Si ces femmes et ces hommes ne se remobilisent pas, c’est un déni du politique. Et cela donnera les évolutions que l’on voit bouger en ce moment, particulièrement dans notre ville.
Vous évoquez “particulièrement dans notre ville”. Vous pensez à la mort du jeune militant nationaliste Quentin Deranqu. Vous avez été maire de Lyon. La montée de l’ultra-droite s’est déroulée dans les années 2000, alors que vous étiez aux responsabilités. Comment Lyon est-elle devenue un terrain de jeu pour l’ultra-gauche et l’ultra-droite ? Peut-on se dire qu’on s’est longtemps dit que, tant qu’ils se tapaient entre eux, ce n’était pas très grave, et qu’aujourd’hui on paie un aveuglement ?
Déjà, dire cela n’est pas bien. J’ai toujours respecté la vie. Qu’un jeune garçon meure dans ces conditions est dramatique. C’est une profonde tristesse que notre ville vive cela, qu’elle soit repérée dans toute l’Europe, jusqu’à Donald Trump, comme une ville où des affrontements existent. La tristesse, mais aussi la colère. Comment, moi qui me suis battu contre tous les groupes d’extrême droite lorsque j’étais adjoint, premier adjoint, puis maire… C’est d’une gravité extrême. On a beaucoup de mal à extirper ces phénomènes. Vous annulez une association, elle se renouvelle, comme l’Hydre. On l’a vu avec la Jeune Garde, dissoute et probablement reconstituée. L’enquête le déterminera. C’est un échec collectif. Il y a toujours eu des extrêmes. Mais grâce aux traboules, tout le monde savait se parler. Là, on ne se parle plus. On se hait. Ce n’est pas possible. Je pense que toute la classe politique a laissé monter cette vision haineuse de l’adversaire. Chacun trouve un récit auquel se raccrocher. C’est fini. Ce n’est pas possible aujourd’hui que le Rassemblement national, qui a adopté la stratégie de la cravate, prenne le pouvoir par les urnes, et que d’autres choisissent la stratégie du chaos par la rue. L’un et l’autre mettent notre République en danger, et donc notre ville.
